Entombed - Left Hand Path

Entombed - "Left Hand Path"
chronique Entombed - Left Hand Path

Oui bon, je sais, c’est très con de bloquer là-dessus, n’empêche, il y a un truc qui m’a toujours gêné avec Left Hand Path (dont le titre signifie en gros « La Voie du Malin », ou plus littéralement « La Voie de la Main Gauche »): sur la pochette, ce putain de sentier bifurque à droite. Il est con à ce point le Dan Seagrave, ou bien un petit farceur a-t-il appliqué un retournement vertical à son œuvre, pour le fun? C’est ballot quand même… M’enfin au-delà de ce détail – ridicule, oui, j’en conviens –, ce bleu-noir spectral, ce cadre sylvestre froid et malfaisant (... et cette communauté patronymique proche de l’osmose: Entombed / Dans Seagrave… Ils étaient faits pour s'entendre!): le groupe aurait difficilement pu trouver une illustration plus appropriée pour nous plonger en un clin d’œil dans le sombre univers de cet album, dont les fondations – faut-il le rappeler? – soutiennent jusqu'à aujourd'hui le lourd édifice "Old School Death Metal from Stockholm".

 

Bon, le passage par la case bio me semble inévitable en de telles circonstances, mais on va essayer de faire court – la plupart d’entre vous connaissant sans doute déjà la musique. Démarrée sous le nom de Nihilist en compagnie de Johnny Hedlund (Unleashed) et de Leif "Leffe" Cuzner (décédé en 2006), l’aventure Entombed commence effectivement en 1989, après qu'une mésentente persistante entre Johnny et Nicke ait conduit la première moutude de la formation dans une voie sans issue. Le groupe sort alors But Life Goes On, démo sur laquelle les influences initiales – faites essentiellement de punk et de hardcore – se retrouvent définitivement noyées dans un bouillonnement death metal particulièrement baveux, quoiqu'également relevé de quelques embardées grindy ainsi que de longues errances glauquissimes à travers les brouillards glacés de décélérations aussi doomy que marécageuses – merci Autopsy pour l’influence cruciale à ce niveau.

 

C’est en juin 1990 que sort finalement ce 1er album cultissime, sur le non moins cultissime label Earache records – qui abrite alors en son sein les Napalm Death, Carcass, Morbid Angel, Bolt Thrower & co. Et pour parachever ce mythique tableau, c'est au sein de la crèche Sunlight Studios, sous l'égide du roi mage Thomas Skogsberg, que naquit notre messie discographique... Jouez hautbois, vrombissez morbusettes! L’auditeur qui débarque sur le seuil de ce monument d'un genre (alors) nouveau se voit judicieusement accueilli par le morceau titre qui, après un cri évoquant la chute dans le vide d’un pauvre hère fraîchement éventré, pose d’emblée les données de l’équation: 1) des grattes dont le son évoque une séance de labour dans la vase d’un vieux marais, 2) une fougue 100% punk accompagnée du jeu de batterie cru de circonstance, 3) des éructations de zombie hardcore mal luné – avec un peu d’écho pour la touche evil –, 4) une accroche et un groove indécents… Et puis des pauses inquiétantes en milieu hostile, dans le froid, la nuit et la certitude funeste d’être entouré de spectres mal intentionnés. Vous voyez le genre? De ces parenthèses lugubres qui procurent les mêmes frissons que ceux provoqués par ces vieux films dont s'inspirent manifestement nos jeunes suédois – cf. la ritournelle lancinante vers 3:51, empruntée à « Phantasm », mais qui évoque tout autant « Halloween » ou encore « l’Exorciste ». Le son est mat, l’air saturé, les guitares hésitant sans cesse entre les registres « coulée de lave », « essaim de frelons » et « brume grésillante »... Bref: c'est la teuf du snuff!

 

Mais la chronique d'un tel album ne saurait se cantonner à une simple bio accompagnée d'un paragraphe descriptif maladroit. Elle nécessite avant tout que soient évoquées ces régulières éruptions de chair de poule, causées par ces passages nombreux sur lesquels clignote avec force l’indicateur lumineux « LEGENDE ». Le morceau « Left Hand Path » lui-même en est blindé, avec parmi les morceaux choisis: le cri introductif, la reprise de volée qui suit immédiatement avec son court solo speedé, le formidable rassemblement de forces obscures qui se produit sur le ralentissement à 0:59 et qui se retrouve secoué de soubresauts incroyablement groovy dès 1:40, l’alternance formidable entre leads incisives et rythmique basaltique à 3:13 et cette visite de cimetière qui commence à mi-morceau. Et quasiment tous les morceaux possèdent cette patine caractéristique des monuments ayant été les témoins de l'histoire avec un grand H. Le décollage du nuage de guèpes en ouverture de « Drowned » est du même accabit, ainsi que le réveil de la créature des profondeurs auquel on assiste à 0:15. Sur « Revel In Flesh », le groupe laisse plutôt parler le punk « guilleret » qui sommeille en lui, ce qui ne l'empêche pas de déclencher un chaos de tous les diables à 0:55, moment à partir duquel s'élève une mélodie aussi speedée qu’enlevée. « When Life Has Ceased » se contente, lui, de toucher au sublime lors d’un sprint de folie à 2:58, tandis que « Supposed To Rot » fait mine de proposer un petit mid-tempo craspec et ventru, avant d’ouvrir grand les portes d’un toboggan conduisant loin, au plus profond des abysses.

J'imagine sans mal qu'une telle énumération puisse sembler quelque peu indigeste, mais elle est le compte-rendu incontournable (et non exhaustif) d’une quantité hallucinante de purs moments de bonheur métallique. « Bitter Loss », qui arrive peu après, fait encore partie de ces monuments qu’on ne peut passer sous silence tant ils sont l'incarnation de l’avancée triomphante de ce groupe pionnier. Bordel: « It’s just your own bitter looooooooss !! ». « Morbid Devourement » continue sur une formidable chevauchée à fond de train conclue sur un putain de coup de fouet, et seul « Abnormally Deceased », encore plus formidablement sur la brèche, peut décemment lui succéder.

 

Finalement, c’est un peu con: c’est « The Truth Beyond » qui fait le plus pâle figure dans cette tracklist de rêve, ce qui, après un tel déluge d’expert déchaînement de forces, laisse un petit goût amer en toute fin de course… M’enfin les bonus que sont le simple mais efficace « Carnal Leftovers », et surtout le génial « Premature Autopsy » – avec ses vocaux infernaux – font passer sans problème cette toute petite pilule.

 

Conclure la chronique d’un album légendaire est un peu vain, mais exécutons-nous. Ecouter Left Hand Path, c’est un peu comme regarder « L’Exorciste » ou lire « Le Seigneur des Anneaux »: c’est une expérience marquante, unique, accompagnée de ce parfum caractéristique qui se dégage des œuvres incontournables. Signe qui ne trompe pas: l'album résiste remarquablement au temps qui passe, et nous fait décoller de nos baskets en 2012 avec tout autant de force qu’en 1990. La marque des grands.

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: la violence massive de la créature du marais, l’énergie folle du punk, les brumes spectrales de cimetières abandonnés… Plus ce vrombissement sismique, caractéristique du son de toute une scène. Ecouter Left Hand Path, c'est parcourir l'un des chapitres majeurs de l'histoire de cette musique qui nous est chère…

photo de Cglaume
le 18/11/2012

3 COMMENTAIRES

R.Savary

R.Savary le 18/11/2012 à 12:30:31

Et merci à Nicke "royal" Andersson qui est derrière Entombed (batterie-compos-basse-voix-logo) et le Death Suédois de Stockholm (tous ce sont inspirés de ses fanzines, il a fait le logo de Dismember, y a joué de la basse/guitare en "guest musicien" sur leur premier album, et beaucoup se sont inspirés de Nihilist et de ce premier Entombed) !!!

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 18/11/2012 à 14:11:34

Moi je dirais plutôt" lire l'Exorciste" et "regarder le Seigneur des Anneaux" mais je chipote. THE premier album de Death écouté au lycée en classe de première et un coup de maître par un groupe inimitable.
Allez je me le réécoute.

vkng jzz

vkng jzz le 19/11/2012 à 12:45:34

HUH !

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