Frontierer - Orange Mathematics

Chronique CD album (52:50)

chronique Frontierer - Orange Mathematics

Bon. On va dire que j'ai un peu d'expérience dans les trucs qui font du bruit. Calculating Infinity, je l'ai assez poncé pour pouvoir m'en faire des boucles d'oreille. Jane Doe, Centralia, Ecce Lex et compagnie, ça doit faire quinze ans que ça n'a pas quitté les piles de disques qui reviennent régulièrement délivrer leurs délicieuses atrocités à mes tympans.

 

Mais il s'est passé quelque chose quand je suis tombé sur cet Orange Mathematics de Frontierer. Je me suis dit « Putain, ça, c'est EXTREME ». Pour vérifier ma théorie, je suis allé lire les commentaires sous leurs vidéos sur un fameux site de vidéos en ligne, car c'est là que se trouvent les experts (enfin non, mais bref, passons) : « Le fax le plus brutal que j'aie jamais entendu » ; « Un peu comme si Danza et Car Bomb avaient enfanté l'apocalypse » ; « L'équivalent musical de mâcher 5 chewing-gums » ; « Holy shit ».

Je n'étais donc pas seul à faire cette (fine) observation : c'est extrême.

« Ça donne envie de se manger », comme disait l'une de mes connaissances.

 

Si le début de cette chronique peut sembler étrange, c'est que le premier rapport avec Frontierer est forcément très subjectif : ou bien l'on est écrasé par la déferlante et l'on s'y noie, et l'on ne revient donc plus jamais, ou bien l'on s'y noie de toute façon, mais quelqu'un nous sort de l'eau, nous ranime à coups de massage cardiaque sans rythme bien établi, et on y retourne direct y plonger dedans pour se laisser emporter. Même si elle froide, comme c'est probablement le cas en Ecosse, d'où est originaire le groupe (excepté le chanteur, qui lui est du Missouri et officiait notamment dans A Dark Orbit ou When Knives Go Skyward, les autres membres faisant aussi partie de Sectioned). Les trente premières secondes d'exposition déterminent probablement de quel côté de la vague on se trouve. C'est le coup de foudre ou l'arrêt cardiaque.

 

L'oeuvre de Frontierer est d'une intensité rarement égalée. On y retrouve de nettes influences de The Tony Danza Tapdance Extravaganza, Dillinger, Converge et ce genre de fieffés filous de la violence chaotique mise en musique, mais avec une tension, une hargne, une radicalité, une intransigeance si marquée tout au long de la cinquantaine de minutes que dure ce disque qu'il est difficile d'en sortir indemne, même en ayant baigné dedans depuis des années. On contemple les dégâts au sortir de la tempête, en espérant ne pas retrouver trop de morceaux de soi éparpillés ici et là par l'urgence et l'intensité de ce disque.

 

Tous les morceaux ont leur spécificité et sont reconnaissables entre eux, mais on aurait du mal à pouvoir en extraire un riff ou un rythme de mémoire. Quelques secondes par-ci par là, plutôt des souvenirs d'impact, une mémoire presque plus musculaire que musicale. L'intro vibrante de « Tunnel Jumper », les ralentissements à ondes gravitationnelles du morceau d'ouverture « Bunsen », les breaks de « Bleak », le « We're only here to breath » final de « Crystal Turbine » aux antipodes de ce que l'on ressent à l'écoute du morceau qui fait lui aussi son petit effet...

 

La production de Pedram Valiani, le guitariste (car rappelons que le groupe s'autoproduit, fait sa propre promo et organise ses tournées, sans signer sur aucun label, gardant toute son indépendance) est excellente et correspond exactement à l'ambiance étouffante et presque dépourvue de respiration de l'ensemble. Si ce n'est peut-être l'électronique « IALCCA », mais dont la relative accalmie ne fait que rendre plus vulnérable à l'éruption de « Delorean Trails » qui s'ensuit. L'outro du morceau de clôture « Dusk » laisse lui aussi un peu d'air, mais les hurlements de Chad Kapper, qui scande « This is not the end, it's a new beginning » laisse planer la menace, même une fois l'album terminé.

 

Si vous voulez faire pleurer Robert le Trve blackeux ou Jeannot le deathcoreux, les « trve-though-boys », votre prof de karaté, enfin en fait n'importe qui (même celles et ceux qui pensent écouter des trucs pas gentils gentils dans la vie), cet album est pour vous. Même si c'est plutôt une violence que l'on s'infligera à soi-même, ce petit plaisir caché que les autres ne pourront jamais comprendre : c'est trop bon. Et comme tout ce qui est bon, ce disque n'est clairement pas pour tout le monde. Mais il est addictif. Et à chaque fois, c'est la même claque qui vient en remettre une couche sur les hématomes déjà présents.

 

On en viendrait presque à penser que c'est de la violence gratuite. Et bien c'est le cas : le groupe diffuse sa musique en téléchargement à prix libre sur bandcamp, donc vous pouvez aussi les soutenir. Mais attention, ça brûle, ça coupe, ça explose : ce truc est une arme. Clairement l'une des plus grosses claques de ces dernières années, confirmée trois ans plus tard par leur album Unloved.

 

Mais il va falloir s'y préparer : Frontierer sort son troisième véritable album cet automne. Et d'après son principal compositeur, Pedram Valiani (encore lui), « It will be pretty fucking heavy ». Si vous avez suivi les quelques mots qui précèdent, tout porte à croire que ce ne sont pas des paroles en l'air. L'automne sera chaud !

photo de Pingouins
le 23/07/2021

2 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 23/07/2021 à 22:59:24

Ouais, un sacré album et presque déjà un album sacré. Un peu répétitif parfois et pas de grosse évolution depuis Unloved, on dira que c'est l'album de la confirmation.
En live, avec un bon son, il paraît que c'est une purge totale.
A noter que le groupe a sorti une vidéo documentaire sur Youtube plutôt sympa: https://www.youtube.com/watch?v=fj6GHObfiq0

Pingouins

Pingouins le 24/07/2021 à 02:00:06

Ouais, le genre de concert où j'aimerais vraiment pouvoir aller et en ressortir vivant pour pouvoir en parler ! Unloved, je le trouve un tout petit poil plus "propre". En tout cas j'ai hâte d'entendre le prochain fin septembre !

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