Hathors - Hathors

Chronique CD album (45:08)

chronique Hathors - Hathors

(Pour ceux qui n’ont pas envie de s’enquiller un roman, vous pouvez directement sauter au troisième paragraphe de cette chronique).

 

Messieurs Dames, aujourd’hui notre conférence va porter sur un sujet à la fois vaste, passionnant mais aussi particulièrement polémique. En effet, mon intervention d’aujourd’hui va tous nous permettre de remettre en perspective cette bonne vieille notion de « musique populaire» souvent associée à tort à une simple démarche commerciale de la part des artistes. Passé le cliché adolescent de base qui veut que la musique populaire soit, par définition, un produit réalisé par des vendus et des pourris incapables de faire autre chose que de la daube, je me propose de redéfinir le terme ainsi : musique composée, jouée, enregistrée (voire produite) pour plaire au plus grand nombre. Les anglo-saxons ont d’ailleurs très bien assimilé ce concept quand ils parlent de « pop music » dans laquelle on peut aussi bien retrouver du rock, du hiphop ou de l’électro (on y trouve d’ailleurs aussi bien de la daube que des choses nettement plus chouettes)… On est loin de notre variété à la française.

 

Certes la démarche est assez différente des esthétiques extrêmes dont nous avons l’habitude. Ces dernières jouant plus sur une espèce de volonté de déplaire, de choquer et de se différencier, elles finissent généralement par séduire un public d’initiés, souvent un brin élitiste. Ce n’est pas le cas  dans le cas des musiques populaires puisque ici, les musiciens sont motivés par un désir de séduire, de frapper juste, d’imprimer les mémoires le plus vite et le plus profondément possible. A mon sens, les deux dernières décennies stigmatisent l’âge d’or (puis la décadence) du rock populaire. Nirvana, Radiohead,les Pixies, Smashing Pumpkins, Noir Désir, Sepultura, Queens of the Stone Age,Nine inch Nails sont autant d’exemples que nous aurions beaucoup de mal à réduire à un phénomène purement commercial aux qualités esthétiques douteuses. Une fois de plus, on est loin de Johnny Hallyday.

 

De plus, il se trouve que c’est particulièrement difficile d’être populaire sans justement  perdre son identité et/ou faire de la merde. N’importe qui ne pond pas des riffs à trois accords aussi bons que ceux de Cobain, n’importe qui ne pose des rythmiques d’enculés comme Dave Grohl, N’importe qui n’écrit pas des textes comme ceux de Cantat, etc.  Steve Brodsky le disait à l’occasion de la sortie d’Antenna, seul album de Cave In sorti sur une major : il est plus difficile de composer une bonne chanson à trois accords que de se dire que l’on va essayer de remplir le frigo en faisant des concerts et en vendant des disques.  En effet, développer une musique populaire n’est pas juste un état de fait ; ça découle aussi d’une intention, d’une attitude. On ne fait plait pas au plus grand nombre en se faisant juste plaisir à soi-même malgré ce que des tonnes de pseudo artistes essayent de nous faire croire en passant à Taratata.

 

(Oui le quatrième paragraphe, c’est ici :)

 

Prenez Hathors par exemple. Avec ce power trio suisse pourtant peu connu, il est difficile de croire qu’à aucun moment du processus d’écriture de leur album éponyme,  ils n’ont pensé à emballer leur public vite fait bien fait. Du gros riff à trois accords, des refrains ultra catchy, des arrangements omni présents, des titres courts… C’est presque indécent, j’ai l’impression de me faire draguer par ma platine.  Et je n’ai pas encore parlé de ce son tantôt propre comme un sou neuf, tantôt granuleux et plein très typé 90’s. Je n’ai pas non plus parlé de l’organe du guitariste qui s’avère être un chateur hors pair autant à l’aise sur des registres grunge très écorchés que dans les contrées de la ballade doucereuse. Je pourrais finir cette liste sur la très grande variété des titres de l’album mais nous y reviendrons.

 

Après on en revient au talent et à la difficulté d’écrire de bonnes chansons populaires qui fonctionnent sans tomber dans la caricature. Déjà, à l’écoute de ce disque, on retrouve assez étrangement énormément de références plus que familières, plus ou moins bien digérées : une bonne grosse dose de QOTSA et des Foo Fighters pour le son et le coté burné, un trait de Soundgarden sur certaines mélodies et autres lignes de chant, une pincée de Nirvana pour les velléités punkoïdes ou noisy et même quelques touches de Nine Inch Nails sur quelques arrangements. Le chant se fait d’ailleurs très proche de celui de Reznor quand il part dans les contrées les plus écorchées de son éventail. Du coup, même si tout ça est souvent très (TRES) bien écrit, ça manque un peu de fraicheur et d’originalité mais passons… Certains d’entre vous (moi compris) sont assez cons pour chopper une érection à la simple évocation d’une seule des cinq références que je viens de citer.

 

Références, c’est fait. Originalité, c’est fait. Passons donc au nœud du problème : la qualité et la pertinence. J’ai déjà dit que les chansons de Hathors sont bien écrites mais sont-elles pour autant bonnes ? Difficile voire impossible de répondre, subjectivité oblige. Cependant, si on se fait retourner la tête assez facilement sur les quatre premiers titres du disque sans trop y réfléchir, les choses se compliquent pas mal par la suite. En effet l’entrée en jeu des fameuses et obligatoires ballades froisse un peu mes tympans. Alors oui, c’est toujours consensuel, plein de pathos, assez bien torché, merveilleusement bien chanté mais aussi très peu inspiré. L’impression d’y entendre une caricature des ballades de Soundgarden ou de Nirvana plane tout au long de titres comme Because its hurts ou The lonely road. Les titres suivants sont également assez inégaux en qualité, la faute à certains arrangements trop balourds ou à certains riffs trop barbants, un peu comme si le groupe avait tiré ses meilleures cartouches dès le début du disque…  Et c’est d’autant plus chiant que le chanteur a la vilaine tendance à surjouer de son organe (oui, encore lui) sur ces titres en question. Ce manque de constance du groupe tend à renforcer cette impression de plus avoir affaire à un catalogue qu’à un album de rock. Heureusement que des titres comme Keeping Secrets, Hula Rock, Plastic toy ou encore le très bon et conclusif Light a match and burn us down sont vraiment très bons et ont pour eux la qualité des vrais tubes : ils suscitent sans arrêt l’envie de les écouter puis de les réécouter encore.

 

On en revient donc au nœud du problème : il est très difficile d’écrire des bonnes chansons, surtout si, en plus, on s’impose la contrainte des musiques populaires (concision, efficacité, variété). Je crois qu’il est encore plus difficile d’écrire un album entier dans cette dynamique et cette plaque en est la preuve indiscutable, surtout si l’on tient compte du fait que cet âge d’or du rock populaire de qualité et bien fini. Cela dit, les gars d’Hathors écrivent des tubes, c’est déjà pas mal et il paraît qu’en plus, ça suffit de nos jours.  En résumé, cet album d’Hathors, s’il porte en lui la malédiction de ce rock populaire des années 90 reste toujours plus intéressant et plus frais que les dernières livraisons de Weezer, de Soundgarden et d’autres Smashing Pumpkins… Et ça suffit amplement à votre serviteur. Rangez vos cahiers, je crois que vous avez cour de math maintenant.

photo de Swarm
le 14/03/2013

1 COMMENTAIRE

el gep

el gep le 15/03/2013 à 14:21:01

Certes la démarche est assez proche même des esthétiques extrêmes dont nous avons l?habitude. Ces dernières jouant de plus en plus sur une espèce de volonté de plaire, de ne pas choquer et de ne surtout pas se différencier, elles finissent généralement par séduire un public de paresseux, souvent un brin beaufs. C'est exactement le cas des musiques populaires.

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