Panzerballett - Hart Genossen - Von Abba bis Zappa

Chronique CD album (56:57)

chronique Panzerballett - Hart Genossen - Von Abba bis Zappa

Dites les potos: vous qui – en personnes avisées – aimez la musique qui doit autant à la neurochirurgie qu’à la dentelle d’Alençon et aux zouaveries de Tex Avery, vous êtes sans doute au courant que les allemands de Panzerballett viennent de sortir leur 5e album, Breaking Brain. Nein? Pourtant la musique de ces zigotos a tout pour vous plaire: extrêmement exigeant, leur Nawak Jazz Metal donne l’impression d’être interprété par un Mekong Delta déluré ayant truffé sa popote de saxo et de polyrythmies à la Meshuggah. Et vas-y que ça tricote, et vas-y que ça hors-sujette à tout va, et hop un petit tour par le festival Jazz à Antibes, et bam un grosse défouraillerie à la Dillinger, et pan un peu de Funk sourire en coin… Ça n’arrête jamais! Et avec le bagage technique qu'ils se trimbalent (le batteur Sebastian Lanser joue chez Obscura, sans compter que tout ce petit monde est issu des meilleures écoles et conservatoires de ce côté-ci d’Alpha du Centaure), les zozos auraient tort de se priver!

 

Mais je vous parlais de Breaking Brain, alors que ce n’est pas du tout le sujet du papier d’aujourd’hui. ‘faut pas croire: on ne va pas non plus se laisser dicter notre conduite par la despotique Mme Actualité, oh, hé! (quoique… la  chro arrive!). Non non, nous saisissons juste cette occasion pour un retour vers le 3e album du groupe, celui qui a suivi la sortie de l’anonymat: Hart Genossen - Von Abba bis Zappa. Pourquoi celui-là? Parce que c’est l’unique que je possède en dehors du dernier, tiens donc! Qui plus est, la simple évocation de son titre m’offre une occasion rêvée pour évoquer l’une des caractéristiques fondatrices de l’univers de ces Munichois: une bonne part des morceaux qu’ils proposent ne sont en fait « que » des réinterprétations particulièrement osées de « classiques ». Et en la matière, cet opus propose du lourd de chez lourd avec – parmi ce qui nous parlera le plus – le « Gimme, Gimme, Gimma » d’Abba, le générique des Simpsons (de D. Elfman), le « Mein Teil » de Rammstein, ainsi qu’un pot-pourri concocté à partir de 6 titres de Franck Zappa.

 

Oh mais je vous vois venir: si si, le groupe a beaucoup de choses affriolantes à proposer, même si cela se fait souvent par le truchement de reprises. Envoyez-vous donc la version « Buena Vista Social Club / Cesaria Evoria » du tube de la bande à Till Lindemann, et vous comprendrez ce que je veux dire. Pareil pour l’excellent ravalement de façade de « Gimme, Gimme, Gimme » qui glisse dans un univers Math/Funk/Jazzy et bénéficie par la même occasion de lignes de basse qui auraient aussi bien pu finir sur un album d’Infectious Grooves.

 

Bon alors, certes: la complexité des structures et le fréquent passage en mode 100% instrumental pourra en perturber certains. D’autant qu’il faudra aussi être capable d’accueillir avec le sourire certaines pantalonnades qui nous emmènent un peu loin des bruyantes avenues de Metal City – comme cette version 2.0 du morceau « Ein Bisschen Frieden », grand gagnant allemand de l’édition 1982 de l’Eurovision (bordel, il faut entendre comment le groupe dézingue le titre via de violentes décharges électriques jouissivement saignantes!). Et puis il ne faudra pas non plus que le « Dgeaaaaaaaaaa-zzzzz » vous refile trop de boutons. Mais si ces 2 points ne sont pas insurmontables pour vous, ‘di diou que le jeu en vaut la chandelle! Alors certes, personnellement le dernier tiers de l’album me parle un peu moins – trop de chant crémeux, trop de fouillis foutraque, trop de hors sujets. Et puis – oui, je sais – je ne connais ni n’aime Zappa assez pour faire tout un plat du Grand Final que d'autres trouveront sans nul doute super Zappétissant. Par contre, pour le reste: quel panard! Bien sûr, il y a ces reprises dont je vous parlais plus haut. Mais également cette compo’ originale, « Bird Wild Wen », qui marie télégraphie à la Fredrik Thordendal et funkeries catchy (ce riff initial, ça ne serait pas un peu celui du « Lady (Hear Me Tonight) » de Modjo?). Ainsi que l’incroyable reprise du « Jadoo » de Passport (... moi non plus je ne connaissais pas) qui donne l’impression d’entendre une version cuivrée du « Cowboys From Hell » de Pantera. Ou encore l’extraordinaire « The Mediterranean Breeze » qui met du temps à démarrer, mais qui mélange rapidement musique Klezmer et Metal affuté. Rhâââââââ!

 

Alors oui, c'est vrai: la musique de Panzerballett ne possède pas l’accroche immédiate de la galette punk rock préférée de votre petit frère. Mais les allemands offrent suffisamment de points d’ancrage émoustillants pour qu’on rentre sans efforts dans l’album, en sachant que celui-ci continue de se révéler pendant trèèèèèèèèès longtemps au cours des nombreuses écoutes que vous ne pourrez-vous empêcher d’effectuer tant le goût de reviens-y de celui-ci est prononcé. Du coup la Commission des Sages accorde le label rouge « CoreAndCo Tech’ & Taré » à Hart Genossen sans que l'ombre d'un doute n'effleure le moindre de ses membres...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: trépidations fiévreuses, spasmes saxophiles, dextérité instrumentale ébouriffante, sourire en coin de chirurgien Nawak, velours pourpre de club de Jazz chicos, funk, pop, violence et groove…. Hart Genossen - Von Abba bis Zappa c’est tout ça, c’est Mekong Delta qui découvre Mr Bungle et Meshuggah et qui décide de tout envoyer valdinguer. C’est à la fois hyper exigeant et complètement à la cool. Tout ça, donc, plus des reprises complètement improbables et addictives...

photo de Cglaume
le 01/02/2016

0 COMMENTAIRE

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements