Protector - Excessive Outburst of Depravity

Chronique CD album (47:31)

chronique Protector - Excessive Outburst of Depravity

Allez, avouez : en dehors du Big 4 of Teutonic Thrash (Sodom, Destruction, Kreator, Tankard), combien de groupes de Thrash allemand connaissez-vous vraiment ? Je ne parle pas d’avoir déjà entendu le nom, ou d’avoir assisté à 10 minutes d’un show lors d’un festival en Lorraine : je parle de bien maîtriser au moins un album. Allez, parmi ceux-ci, combien : Holy Moses, Exumer, Assassin, Despair, Accu§er… ? Dust Bowl peut-être, plus récemment ? Mekong Delta ça ne compte pas : ils font partie des rares précurseurs du Techno-Thrash aux côtés de Coroner et Watchtower, c’est trop facile. Et vous ne pouvez même pas répondre Wehrmacht : comme Sacred Reich, ils sont américains (et plutôt Crossover)… Non, en Allemagne il y a quasiment toujours un peu de Heavy Speed dans la sauce, ou à l’opposé du bon vieux Death, qui systématiquement métisse le propos. Du coup on a beau opposer comme une évidence le Thrash germain au Thrash ricain, les effectifs des troupes sont franchement moins impressionnants de ce côté-ci de l’Atlantique.

 

Il y a pourtant une formation méritante que l’on oublie trop souvent, sans doute parce qu’elle se frotte d’un peu trop près à la sphère velue du Death : Protector. Moi qui vous cause depuis l’autre côté de l’écran, j’ai vu passer dans les mags d’époque les chroniques de A Shedding of Skin et The Heritage, mais n’ai jamais vraiment franchi le pas, l’argent manquant (… à l’époque on cassait sa tirelire pour acheter des disques, mais oui) et une réputation de groupe de 2e, voire de 3e division collant un peu trop aux basques des loustics. Et c’est vrai qu’après 4 albums sortis entre 1988 et 1993, on n’a plus trop vu leur logo aux 2 « T-faux » (… pour faucher, pas pour contredire). Pourtant l’aventure ne s’est jamais vraiment arrêtée. C’est juste que Martin Missy, le chanteur historique, a fini par se lasser de ses compères et a décidé de troquer sa Volkswagen pour une Volvo à l’occasion d’une relocalisation dans la patrie d’ABBA et Ace of Base. S’ensuivit un long silence radio qui ne fut véritablement rompu qu’en 2013 avec la sortie de Reanimated Homunculus. Depuis lors, tous les 3 ans le groupe sort invariablement un nouvel album. Et comme vous êtes balaises en calcul mental vous aurez compris qu’il aura fallu 4 coups de semonce pour que le lapin se réveille enfin et s’occupe finalement du Excessive Outburst of Depravity présent.

 

Alors c’est vrai, on peut considérer que le Thrash de Protector mérite un suffixe « /Death ». Quoique si l’on voulait être plus purement descriptif, on pourrait oser un « Thrash/Black old school », parce que les Suédo-germains perpétuent une tradition qui remonte à l’époque de Persecution Mania et Agent Orange. En effet leur micro subit les assauts de cordes vocales finies à l’acide nitrique, et côté riff ils nous promettent régulièrement des apocalypses de fer et de feu ainsi que Tonton Angelripper le faisait à la grande époque. Tiens, dès l’impressionnant « Last Stand Hill », cette remontée à la fois sournoise et virevoltante de la guitare, ça ne vous rappelle pas un certain « Sodomy & Lust » ? Et à 3:00 sur « Shackled by Total Control », cette attente lourde, prometteuse d’une explosion libératrice (… qui, en l’occurrence, ne viendra jamais vraiment), ça ne vous rappelle pas « Magic Dragon » ? Les années passent et Protector reste fidèle à cette recette ancestrale que Sodom, de son côté, a fini par abandonner, pour y revenir ces dernières années, sans la fiévreuse conviction et l’impact mortel de son benjamin expatrié.

 

Car on peut le dire, si Decision Day et Genesis XIX nous ont clairement laissé un goût de « trop vieux, trop tard », ce n’est pas du tout le cas de cet Excessive Outburst of Depravity foutrement excitant ! Dans un registre qui alterne entre « La Harpie des Champs de Bataille » et « Commencé à la grenade, fini sous une chenille », les Allemands tantôt foncent et canardent, tantôt avancent avec sagesse et détermination vers une victoire certaine. Alors gardons-nous de trop idéaliser ce Thrash de fond de tranchée : le groupe ne brille pas toujours sur les refrains (bof bof « Perpetual Blood Oath ») , et s’il fait le taf sans décevoir, c’est parfois sans excès de génie. Ainsi « Open Skies and Endless Seas » est plutôt pépère-mercenaire (quoique la fulgurance soudaine qui accompagne le solo à 3:17 défonce le fuselage !), « Infinite Tyranny » montre les crocs mais n’aboie pas toujours de manière très convaincante, quant à « Referat IV B 4 » il est jouissivement bourrin, mais quand même un peu bas du front. Par contre « Last Stand Hill » et « Pandemic Misery » constituent une entrée en matière dont l’efficacité rappelle que la blitzkrieg a été inventée outre-Rhin. « Perpetual Blood Oath » offre de beaux sprints surmotivants, « Toiling in Sheol » continue de mettre la pression à la boîte de vitesse, tandis que « Shackled by Total Control » met près de 6 minutes pour explorer de nombreux décors – mouvements effrontément Punk, refrain de chambrée (pas ce que le titre a à offrir de mieux), slow-mid tempo à gros godillots et accélérations furieuses (dès les premières secondes). Et comme un vieux briscard sait travailler sa sortie, « Morse Mania » allie vitesse et accroche pour nous mitonner des aurevoirs sous-entendant « C’était cool : on remet ça dès que possible ! ».

 

Et puisqu’elle est allée se rafraîchir la tourelle au pays du gros son, la formation en profite pour faire appel à des artisans locaux afin que l’on puisse entendre jusqu’au plus petit os craquer sous les panzers. C’est donc Robert Pehrsson (de Death Breath !) qui a couché tout ça sur bande, tandis que Patrick W. Engel (au CV plus long que la liste des postes d’urgentistes à pourvoir chez nous – on y retrouve d’ailleurs Destruction et Sodom) se charge du mix et du mastering.

 

Alors c’est vrai, le fort de Protector ce n’est pas l’originalité : celui qui découvrira le groupe à l’occasion de ce 8e opus risque de penser avec nostalgie aux meilleurs moments du tout début de la carrière de Sodom. Mais l’énergie létale qu’il dégage est foutrement réjouissante ! Et cet Excessive Outburst of Depravity est de loin le meilleur remède contre ces petites frustrations que le groupe de Tom Angelripper a créé chez ses fans ces dernières années…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: acide, combatif et exaltant, le Thrash mâtiné de proto-Black/Death pratiqué par Protector sur Excessive Outburst of Depravity continue de propager une bonne parole que peu de groupes en dehors de ces vétérans allemands ont réussi à faire retentir avec autant de panache depuis la sortie de Agent Orange. Pas révolutionnaire, certes, mais foutrement réjouissant !

photo de Cglaume
le 02/09/2022

3 COMMENTAIRES

Crazypumpkin

Crazypumpkin le 02/09/2022 à 14:59:57

A Shedding of Skin reste un de mes albums favoris de Thrash/Death malgré toutes ces années! Une petite pépite (trop) souvent méconnue!! (quel batteur di dju) :)

Pingouins

Pingouins le 02/09/2022 à 18:50:04

Un ptit problème d'années non ? Il apparaît en 2023 sous la fiche du groupe :D.
Le lapin est dans le futur ! On le savait déjà remarque...

cglaume

cglaume le 02/09/2022 à 19:41:04

C’est réparé ! Merci Pingou !!

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