Sadist - Firescorched

Chronique CD album (39:13)

chronique Sadist - Firescorched

Dites donc, ils auront mis le temps pour pondre le successeur de Hyaena, les Italiens ! C’est qu’elle a été lâchée dans la nature depuis un sacré bail (en 2015) leur hyène, quand même… Quoi ? Spellbound en 2018 ? Sans dec’ ? Bordel on ne reçoit pas les promos Scarlet Records ou quoi ? Bon eh bien nous voilà pris en flagrant délit d’être complètement à la rue… En même temps il faut bien admettre que le 7e album du groupe ne nous avait pas plus chamboulés que cela. Du coup on n’avait pas forcément les projecteurs braqués sur le QG de Sadist ces derniers temps. Mais c’est une bonne chose que les Transalpins aient désormais rejoint Agonia Records (… où ils retrouvent Pestilence, Atheist, Arsis & co), vu que le canal de communication existe bel et bien, pour le coup, entre l’écurie polonaise et la maison du Core et du Reste.

 

Firescorched est donc le 9e album du groupe. Et pour être sûr que celui-ci nous brûle la couenne auriculaire bien en profondeur, les marquis de Sade ligures (Tommy Talamanca et Trevor Nadir, aux commandes depuis les 90s) se sont entourés de pointures chaussant tout aussi grand qu’eux : Jeroen Paul Thesseling à la basse (Obscura, ex-Pestilence... bref ça joue) et Romain Goulon à la batterie (ex-Agressor, ex-Benighted, ex-Necrophagist, ex-fan des 60s petite Baby Doll). Du coup si l’album est médiocre, peu de chance qu’on puisse mettre ça sur le dos de l’interprétation…

 

Au menu de cette nouvelle cuvée, des histoires et des chansons à l’ambiance horrifique – la pochette fournissait un indice assez clair en ce sens. Et heureusement qu’on nous le signale explicitement, parce que si l’on se fie simplement à ce qu’en perçoit l’oreille, c'est loin d'être évident : on a surtout l’impression de repartir pour une nouvelle expédition en ces contrées lointaines, pas forcément accueillantes mais néanmoins fascinantes, où la jungle est dense, la végétation généreuse en épines, et les odeurs capiteuses – bref, back to Tribe ! Allez, appuyez sur « Play » : vous entendez l’appel du prêtre-chamane ? Vous percevez la rondeur des riffs, et le glouglou de la basse ? Vous arrivez à ne pas vous faire distancer par le groupe sur ces sentiers nocturnes taillés à la machette à travers une végétation étouffante ? Peu de risque qu’un maniaque nous éviscère avec sa tronçonneuse, ou qu’un zombie décati nous grignote les yeux dans un tel décor... Ecoutez cette clairière musicale qui s’ouvre à 2:50 sur « Accabadora » : si frissons horrifiques il devait y avoir, ce serait à la limite parce que notre périple nous a menés au milieu de vieilles ruines mayas squattées par une tribu d’adorateurs de Kukulcan.

 

Vous l’aurez compris, Firescorched continue de faire vivre la mémoire du Sadist sublime qui nous avait émerveillés sur Tribe. On y retrouve ce chant acariâtre, ces guitares tourmentées, cette basse gouleyante, ces ambiances sombrement exotiques… Et ce clavier, qu'on jugerait au premier abord trop kitch et clinquant pour faire convenablement le job, mais qui, par on ne sait quelle magie, contribue à nous emmener loin là-bas. Via des nappes vaporeuses sur « Fleshbound », un poinçonnage très typé en ouverture de « Finger Food », ou un enrobage flashy sur « Three Mothers ». Sur toute une grosse première moitié de l’album, on retrouve des sensations proches de celles ressenties en 1995 : la recette a parfaitement traversé les années, sans se dénaturer, sans rabâcher ni sembler forcée. On savoure donc, en notant quelques singularités bienvenues : les tressautements rythmiques presque brésiliens (en exagérant fort) de « Burial of a Clown », la chaleur Techno-Thrash des riffs ainsi que ces voix au détachement typiquement Cynic-ien sur « Aggression Regression », le chant de gorge sur fond de trilles électroniques à la fin de « Fleshbound »…

 

Forcément, arrivé à ce stade on croit dur comme fer dans un happy ending à l’américaine. Avec feu d’artifice, roulage de pelle à la princesse délivrée et lonesome cowboy qui part au pas vers l’horizon. Malheureusement, bien que Romain se décide enfin à y dégainer ses blasts plus fréquemment, la « face B » s’avère un peu plus rugueuse. La décélération commence sur « Three Mothers and the Old Devil Father », amenée par un synthé sonnant plus pincé que jamais, une rythmique qui se traîne parfois lourdement, et des dehors légèrement plus retors. Evidemment tout cela reste particulièrement fin, mais commence à se manger moins facilement sans faim. « Trauma », qui mêle les méandres spatiaux de Voivod aux dissonances sinueuses du Spheres de Pestilence, continue de faire retomber le soufflé (...mais je comprendrais que certains s’insurgent de tels propos). Quant au morceau-titre, il loupe un peu le coche en remplaçant la jungle bengalaise de Tribe par les bois mal famés du Blair Witch Project. Bref : on espérait mieux...

 

Logiquement, l’écoute de Firescorched nous laisse avec un sourire assez franc, quoiqu'hésitant à l’approche des commissures, le dernier tiers de l’aventure faisant moins bosser nos zygomatiques. Et c’est d’autant plus ballot que l’impression finale laissée par un album doit beaucoup au tout dernier titre. Néanmoins il faut savoir objectivité garder et savourer ce neuvième album pour ce qu’il est : la meilleure occasion qui nous ait été donnée depuis longtemps de se délecter de ce Death complexe, à la fois dandy et routard, dont Sadist est l’un des seuls (LE seul ?) représentant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: 9e album d'un Sadist célébrant ses 31 ans, Firescorched est sans doute celui qui retourne avec le plus de succès dans l’univers de Tribe, sans pour autant rabâcher, singer maladroitement les années fastes, ni dénaturer le propos du groupe. On se régale de ses deux premiers tiers, mais on regrette un peu une fin légèrement en-deçà du reste, et l’absence de « morceaux-chocs » qui permettraient de remporter une plus franche adhésion.

photo de Cglaume
le 17/05/2022

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