Scale The Summit - The Migration

Scale The Summit - "The Migration"
chronique Scale The Summit - The Migration

Une pochette d’album en dit parfois long sur son contenu. Et c’est tout particulièrement vrai avec celle du 4e opus de Scale The Summit. Car, en dehors de l’évidente adéquation de ces montagnes à pattes avec la thématique de l’escalade de sommet (signification quasi-littérale du nom du groupe), ainsi que celle de leur déplacement en groupe vers on ne sait quel horizon lointain avec le titre The Migration, c’est encore de la musique des américains que ce tableau parle le mieux. En effet, comment évoquer ce savant mélange de puissance, de majesté et de fraîcheur – celle des grands espaces extérieurs – avec plus de justesse qu’à travers ces paisibles et cyclopéens mastodontes un tiers animaux / un tiers minéraux / un tiers végétaux? D’autant que cette judicieuse absence de visage souligne avec à propos le caractère purement instrumental de l’œuvre. C’est ce que les téléphiles appelleraient sans doute l’osmose audio-visuelle parfaite…

 

« Puissance, fraîcheur, végétal? T'as abusé du mezcal ou bien il s'agit de musique de hippies jouée par d’anciens Monstroplantes? »

 

Rien de tout cela. Scale The Summit est un groupe de (relativement)  jeunes musiciens extrêmement doués qui ont manifestement grandi en écoutant des musiques exigeantes, [ainsi que / et donc] les Devin Townsend et autres Textures. En tous cas ce sont les influences qui ressortent le plus nettement de ce cocktail métallique mêlant guitar-hero-eries de bon goût, metal moderne à tendance djenteux et musique progressive pratiquée au grand air, le tout sans que la moindre corde vocale ne vienne s’immiscer dans la discussion guitaristique. Evitant la bête démonstration des exhibitionnistes à gros manche, le groupe propose une musique dense, tressée en imposantes arabesques lead, mais qui pourtant fait preuve d’une évidence mélodique et d’un aérodynamisme rares. L’écoute de ces 40 grosses minutes fait jaillir des images plus ou moins fugaces, aurore paisible dans une clairière ensommeillée, vol en deltaplane dans des paysages montagneux, scintillements complexes capturés par des toiles chargées de rosée, courses opposant souffle de vent espiègle et cours d’eau bondissant, vagues épaisses de rayonnements solaires… Tiens, imaginez une version « Vieux Campeur » d’un Animals As Leaders débarassé de sa coquille geek, colorez avec les vert-pastel de Terria et Synchestra (Devin Townsend) puis vernissez avec quelques interventions solo rappelant le bonheur matinal de certains titres du The Extremist de Joe Satriani. Reculez d'un pas, puis d'un autre. Vous voyez le résultat? Eh bien on n’est pas loin du compte, là.

 

Pour ne rien gâcher, le son est particulièrement léché, ce qui nous laisse profiter à plein du complexe – mais pourtant, du coup, limpide – enchevêtrement des trames guitaristiques, tout comme du moelleux de l’épais matelas de basse. On évite en outre l’habituel travers intrinsèque aux albums à forte dimension prog’, les morceaux restant dans un format somme toute raisonnable (pas plus de 6 minutes) – même si une certaine homogénéité d’ensemble tend à fondre les 10 morceaux en un long et agréable voyage plutôt que de les laisser vivre séparément comme autant de friandises aux saveurs bien marquées.

 

A vrai dire la seule chose que l’on pourrait regretter, c’est une seconde moitié d’album un peu plus assagie, entre l’interlude « Evergreen » où l’on s’abandonne à une solitude mélancolique, un « Willow » un peu trop doux et un court « Sabrosa » offrant le tableau d’un royaume de Morphée figé dans une paisible immobilité. Mais à vrai dire, ce qu’on retient surtout de The Migration, ce sont ces moments de pure magie où le groupe égale le grand Devin dans l’art de déployer des mélodies célestes dont l’ampleur parle directement à l’âme (et c’est un vieil athée qui vous dit ça!). Comme sur la floraison luxuriante qui intervient à 1:57 sur « Odyssey ». Comme lors de la manifestation de cet écho céleste merveilleux concluant « Atlas Novus » sur un moment de pure sérénité. Comme ce passage à 0:40 sur « The Olive Tree » qui irradie une toute-puissance bienveillante. Ou encore comme le final de « Narrow Salient » qui n’est que gloire, lumière et divinité musicale.

 

Découvrant sur le tard le monde merveilleux des Houstoniens (si, ça se dit), c’est sans surprise que j’apprends qu’ils ont d’ores et déjà tourné aux côtés de Dream Theater, Protest The Hero, Between The Buried And Me, Cynic, Periphery  ou encore The Contorsionist. Et ce n’est pas tellement étonnant, tant de talent ne pouvant décemment stagner éternellement dans les bas-fonds de la 2nde division. Alors si vous faites partie de ce public qui chérit les œuvres d'Animals As Leaders, Textures et Devin Townsend, profitez de ce nouvel album pour aller respirer l’air pur des sommets: sûr qu’il y a là de quoi vous oxygéner les oreilles!

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: sur The Migration, Scale The Summit nous propose une rando’ « metal moderne instrumental » aux confins d’une nature aux paysages grandioses. Imaginez Animals As Leaders qui aurait écrit son Terria à lui: vous avez là une bonne idée de ce que vous réserve cette aventure discographique… 

photo de Cglaume
le 11/11/2013

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