Schrodinger - Santa Sierra

Chronique Maxi-cd / EP (25:10)

chronique Schrodinger - Santa Sierra

C'est très Punk – « On s'en branle, 'y a que la zic qui compte! » – ou alors so 2019 – « Dessine une tête de mort et un nichon au crayon HB. De toutes façons, une fois dans l'app Deezer, on n'y voit plus rien... » – de se foutre complètement de la vitrine graphique de son album. Mais ce n'est clairement pas la démarche de Schrodinger, dont le premier EP peut s'enorgueillir d'une superbe pochette qui non seulement tout à la fois intrigue et flatte la rétine, mais en plus résume avec beaucoup de pertinence son approche de l'art métallique. Le goût des belles choses, une tendance certaine au second degré, le chic pour les contrastes savoureux... En un coup d’œil les Niçois réussissent à nous livrer une belle séquence de leur ADN musical.

 

Et par la barbe de ma grand-mère, cette fois l'habit – la pochette, donc – fait le moine! Car si Santa Sierra tape fort dans la pupille, l'oreille prend encore bien plus cher. Mais au final c'est encore le cœur qui se fait le plus violemment souffler, car c'est là que ces 6 titres sacrément culottés finissent de fignoler leur champignon atomique. Parce que, allez, je vous spoile dès à présent la fin de la chronique: on cause ici d'une galette qui va finir sans mal dans mon Top 10 de l'année en cours.

 

Mais nous sommes entre personnes de bonnes familles, et des présentations en bonne et due forme s'imposent donc. Schrodinger, je te présente mon ami(e) lecteur(/rice). Ami(e) lecteur(/rice), ces messieurs à fière allure sont 1) Julien Aldeguer, guitariste qui a « progué » au sein de Disharmony en compagnie de Romain Goulon, 2) Adnane Tellou, chanteur talentueux qui croone ou shrieke, avec gouaille ou sensualité, 3) Rémi Sérafino, qui bat la mesure et le beurre Thrash dans les rangs des Cliché Boys et de Crusher, et 4) Guillaume Marill, dresseur de basse qui opère surtout sur scène. Et ces musiciens confirmés ont décidé de laisser respirer leur créativité afin que celle-ci, enivrée de riches fragrances latines, Rock, Djent – bref, tutti frutti – crée son propre parfum Smart Nawak metal, quelque-part entre Carnival in Coal, Twelve Foot Ninja et une version ensoleillée de Dog Fashion Disco. Eux citent également parmi leurs influences Mr. Bungle, les Red Hot, Animals As Leaders, Incubus... C'est que ça commence à faire un sacré éventail de références! Je vous fait un bouquet avec?

 

Quand ils prennent la forme de glaces multi-boules aux saveurs difficilement compatibles – fourme d'ambert, ananas, nuoc mam, poivron –, qui plus est généreusement recouvertes de crème fouettée au champignon, les mélanges peuvent peser lourdement sur l'estomac. Et c'est exactement le contraire de l'effet que nous fait Santa Sierra, dont les 6 titres coulent avec une évidence et une chaleur qui ne peuvent laisser indifférent. Si l'abord jazzo-djenteux du félin « Love And Saucers » peut donner l'impression que l'on écoute un disciple progueux de Destrage, ou le petit frère non retors de Sneaking Past Dogs, on réalise vite que les loustics sont bien plus barrés et séduisants que ça. C'est du moins la conclusion à laquelle on arrive au terme du bondissant « Plastic Donkeys » qui allie Rock ensoleillé (le Toehider à chemise hawaïenne approuverait), grosse mosherie Death Metal et craquage nawako-8bit.

 

Mais le meilleur reste encore à venir sur les cinq minutes du morceau-titre, qui mérite plus que tout autre son étiquette Fusion barrée. Glaçons dans les verres, cuivres illuminant le ciel bleu, strings fluos sous les colliers à fleurs, basse dodue, Rock graisseux, accroche au max: on tangue et chavire quelque-part entre Diablo Swing Orchestra, Twelve Foot Ninja et Carnival in Coal, à côté des enceintes, les pieds dans le sable, les yeux mi-clos, le déhanché sensuel, l'index et le petit doigt fièrement dressés. Bordel que c'est bon! Et la suite de se dérouler avec le même implacable pouvoir de séduction, parfois agrémenté de Rap Metal et de Ska (« 420 »), parfois plus « Pop-sous-la-couette », entre Faith No More et le « More Than Words » d'Extreme (« Superman »), et puis à nouveau au firmament, sur « Slack », entre Piano Rock pour crooner américain, Modern Black parfumé au Heavy épique et Sexy Hip-Hop baigné dans une Electro bobo onctueusement groovy, la chose finissant sur une puissante mosh part onirique à la Textures...

 

Je rêve ou tu as vraiment les yeux humides?

 

C'est donc une entrée fracassante dans nos vies d'amateurs de Metal intelligent mais barré / barré mais intelligent que fait Schrodinger. Parlant à la fois à nos tripes, nos neurones et nos zygomatiques, le groupe nous comble en réussissant à faire de ces mélanges innovants de véritables tubes. Du coup, comme le chat de l'autre Schrödinger, je me retrouve tiraillé aux limites du paradoxe, à la fois extatique devant tant de talent, et déprimé à l'idée qu'il va être quasiment impossible de faire mieux la prochaine fois... Messieurs, votre mission suivante, si vous l'acceptez, sera donc de dissiper ces doutes provoqués par un démarrage presque trop fort tellement il est bon.

 

 

 

PS : bien que tout ici soit fait maison, l'EP bénéficie d'un son de maboul. Et tu m'étonnes: la tirelire a été cassée pour se payer un mastering au Kohlkeller studio! Sans parler du super boulot abattu par Sébastien Camhi au Studio Art Music. Aucune raison, donc, de continuer à hésiter...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: c'est à Nice que les Australiens de Twelve Foot Ninja ont rejoint d'ex-membres de Carnival in Coal pour fonder une nouvelle entité pratiquant une Fusion Modern Metal extrême / Latino / Rock / Youpla Boum débordant de soleil et de feeling. Quoi? J'ai tout faux sur le line-up? Peut-être, mais pas sur la description. Avis aux amateurs de Nawak Metal intelligent expertement canalisé!

photo de Cglaume
le 14/10/2019

2 COMMENTAIRES

Margoth

Margoth le 14/10/2019 à 13:50:37

Bon, j'ai pas pu résisté et j'ai claqué le code download avant d'avoir reçu le cd... Eh bien, voilà qui est foufou : voilà une excellente proposition de ce que pourrait donner un nouvel album de Mr. Bungle à l'heure d'aujourd'hui. En écoutant distraitement, on pourrait presque se faire avoir. Shrödinger, le Greta Van Fleet de Mr. Bungle (la volonté de pousser le bouchon créatif plus loin en plus) ?

cglaume

cglaume le 14/10/2019 à 14:16:39

<3

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