Mel-P - Interview du 29/11/2012

Mel-P (interview)
 
La 1ere interview – et plus encore, le 1er album – fait partie de ces moments où l’on a encore le droit de poser ce genre de question: d’où vient le nom Mel-P ? Melting-Pot ? Pêle-Mêle ?
Ça vient de "Melting Pot", l'idée étant de signifier par cette expression qu'on venait tous d'horizons musicaux différents, avec l'intention d'en faire une unité. On ne regrette pas d'avoir pris ce nom, mais c'est vrai qu'il interroge ou suscite souvent des blagues pourries (genre sur les Spice Girls...). Ça nous fait nous rendre compte à quel point il est important d'être original :)
 
Le groupe mêle metal moderne, dub, ambiances psyché… Quelle est la « ligne de conduite stylistique » que vous respectez lorsque vous vous attelez à la composition de nouveaux morceaux ?
Ce n'est pas forcément calculé, ça vient tout seul quand on compose ou qu'on arrange, on fait ce qui sonne bien à notre oreille. On aime le metal et l'idée de progressivité dans la musique, alors on cherche souvent dans cette direction, forcément. Et puis on fait de la musique instrumentale, alors on doit raconter des choses avec notre musique, poser des ambiances, des paysages sonores. Ce n'est pas forcément faire de la musique figurative, mais plutôt réfléchir sur ce qu'on veut faire ressentir à l'auditeur, le tenir en haleine, le surprendre ou le déranger.
 
J’ai trouvé une certaine similitude entre votre démarche et celle du groupe Kong (la dimension « space-ragga » en plus). Connaissez-vous ce groupe des Pays-Bas ? J’en profite pour vous demander également : quelles sont vos influences (Dubwar peut-être ?), ainsi que vos plus gros panards musicaux actuels ?

Non, on ne connaît pas, on a commencé à jeter une oreille dessus du coup. On écoute plein de trucs, mais pas forcément de groupes qui font la même chose que nous en réalité. Niveau influences et panards musicaux, c'est assez différent d'un musicien à l'autre...

Mathieu (batterie) : Textures, The Ocean, Haken

Micka (basse) : Mushuggah, The Dillinger Escape Plan, Amon Tobin

Thomas (programmation, claviers, trombone, effets) : Radiohead, Björk, Malher, Le Sacre du Printemps (Stravinsky)

Cyril (guitare) : Sleepytime Gorilla Museum, Metallica, Estradasphere

 
Au sein de Mel-P, vous êtes quelques-uns à bénéficier du statut de réfugiés politiques après avoir fui le régime tyrannique d’Ohreland (et donc les rangs de Sebkha-Chott). Avoir été dans un groupe aussi barré, ça dénote forcément une approche décalée de la musique (et les choix de Mel-P vont d’ailleurs dans ce sens): vous verra-t-on injecter un peu de cette composante « nawak » à la musique du groupe, ou en avez-vous soupé ?
La démarche est très différente. Nous ne souhaitons pas spécialement qu'on nous rapproche de ce groupe; ce qu'ils font ou cherchent à faire est très loin de là vers où nous essayons d'aller. Pour l'injection de "nawak", disons qu'on est en pleine composition pour un autre album, donc la question tombe à pic ! Anima Asylum a été enregistré il y a déjà pas mal de temps, même s'il n'est sorti que cette année. On a envie de créer encore, chercher des choses neuves et pas forcément s'aligner sur des groupes qu'on apprécie beaucoup, dans le style "Bungle" notamment. Mais rien n'est exclu, il se pourrait qu'on fasse partir certaines sections de morceaux dans le mur, même si ce ne sera certainement pas la tendance générale.
 
Mel-P a fait le choix de l’approche purement instrumentale… Mais est-ce vraiment un choix, ou bien n’avez-vous pas encore trouvé chaussure vocale à votre pied de micro ?
Un peu entre les deux. On n'a pas forcément trouvé le mec qui nous a donné envie d'ajouter de la voix, mais on s'est aussi rendu compte en faisant des essais que le chant "cassait" quelque chose dans nos morceaux. Tout devenait assez fade, en particulier sur les anciennes compositions de notre premier EP, alors que pour beaucoup, elles sonnaient comme des compos pour chanteur sans chanteur. L'intégration de machines et sampling nous a définitivement convaincus que c'était ce qu'on voulait faire, et l'idée sur notre prochain album sera vraiment d'exploiter beaucoup plus ce volet que sur Anima Asylum.
 
Puisqu’on entend relativement peu parler sur l’album, forcément, quand cela arrive, on se demande bien qui et pourquoi : que faut-il donc savoir sur ce qui est dit au cours de « Sollicitudo » (un peu après la marque des 4 minutes) ?
C'est le fruit d'un travail de postprod' où l'on cherchait une "texture" à ce solo. On a fait plein d'essais avec plein de samples différents qu'on a triturés et on est arrivé là-dessus. Si vous avez la patience de chercher, vous pourrez certainement trouver la source. Mais on ne le dira pas ;)
 
Attardons-nous également sur l’autre morceau sur lequel on entend des paroles. L’utilisation de cet extrait d’interview de Coluche à la fin de « Letabilis » apporte un réel supplément de profondeur au morceau. Comment vous est venue cette brillante idée ? Par contre les bruits de guerre initiaux ainsi que la phrase conclusive semble placer la thématique du titre sur les sentiers de la guerre: faut-il en conclure que la seule chose à retenir du discours de Mister Colucci, c’est sa tirade sur la situation des anciens combattants ?
Non, le thème de ce morceau a été pensé en triptyque. Les bruitages de guerre ne sont qu'un moyen de faire passer un message. Le sample de Coluche également. Ça aurait pu être un autre sample, celui-ci nous convenait globalement bien (enfin pas à tous il me semble me rappeler :)). J'étais très mauvais à l'école sur les études d'œuvres et leur analyse, et tu me demandes ça ! :) Sans rire, je trouve ça super dommage d'expliciter des idées qu'on a cherché à faire passer d'une manière un peu subtile. Du coup, je te colle sur celle-là.
 
Ce titre, Anima Asylum, c’est une référence au groupe Soul Asylum? Et pour rester dans le latin: cet emploi immodéré de la langue morte romaine au sein de vos titres, je suppose qu’il y a une bonne raison à cela - bien que la raison ne me semble pas évidente (en même temps, au vu de « Faoulus Unity Neoplastik Khaotik » et « Ahkbes Ttohc », vous semblez être amateurs de titres aux sens plus ou moins cachés) ?
Mel-P est un projet musical qui tourne beaucoup autour du thème du glauque, du dérangeant, de l'oppressant. On était plusieurs à associer le latin à l'imagerie de ces thèmes (merci à l'Eglise, notamment, pour sa contribution). Sur scène, nous incarnons des personnes un peu obsessionnelles, asociales, déconnectées... Comme sorties d'un asile resté à l'écart du monde et qui guérirait ses patients à coups de magie, d'isolement, de claques dans la gueule et de vers en latin... S'il y avait une référence à trouver, ce serait plutôt dans le côté le plus sombre des Comics qu'il faudrait chercher...
 
Avec « Anima.I », « Anima.II » et « Agonia », « Anima Asylum » comporte trop plages « interludesques » aussi courtes que… peu dansantes (pour dire les choses avec tact)! Qu’est-ce qui vous a poussés à les inclure à la tracklist ? Atteindre le chiffre magique de 10 titres ?
Non, ça n'est pas la raison. On a travaillé longtemps avec des ambiances comme celles-ci sur scène. Aurélien, qui les a écrites pour l'album – et qui a d'ailleurs fait un boulot énorme sur le mixage et la postprod' –, a cherché à faire quelque chose d'assez minimaliste. Je pense qu'il a réussi !
 
Je suppose que « Nyourk » est une référence au « Niourk » de Stefan Wul ? Vous êtes fans de SF dans le groupe ?
Pour Stefan Wul, pas du tout !! :) Par contre, on aime tous la SF.
 
Pour un album instrumental, je trouve que le livret d’Anima Asylum est particulièrement garni en textes divers. Comment s’inscrivent-ils dans l’univers du groupe ? Et pourquoi ces lettres manquantes ?
Ce sont des poèmes que l'on aime bien et qui sonnent comme on aimerait que Mel-P sonne si c'était un recueil de poésies. Pour les lettres, une amie graphiste a fait la pochette et nous a proposé ce rendu. On a accepté, c'est tout con !
 
Continuons d’ausculter le livret : c’est marrant, la première personne que vous remerciez, c’est Angela Merkel ? C’est vraiment elle qui a enregistré et mixé l’album ? ;)
Non c'est un collègue suisse à elle.
 
La qualité et l’originalité de votre démarche vont forcément vous amener à être signés… Avez-vous déjà entamé ce genre de démarches ? Par exemple auprès de la Klonosphere – qui vous irait comme un gant ?
Oui, nous avons commencé un peu à chercher, en effet. On va insister un peu plus prochainement, pourquoi pas auprès de la Klono ! On en connait certains, ce sont des mecs super sympas, c'est vrai que ce serait cool ;)
 
Je ne suis pas très tradition, mais celle-ci me tient à cœur: je vous laisse le mot de la fin !
Merci ! On va simplement conclure avec une petite info d'actualité. Notre site internet vient d'ouvrir : http://www.melp-music.com/
Il y a toutes les infos qui convergent dessus, pour les programmateurs et labels comme pour les auditeurs et amateurs de notre travail: dates de concerts (le 17 novembre à Rennes par exemple), audios et vidéos, inscription à la newsletter du groupe, infos sur notre nouvel album en construction et les autres projets qui bourgeonnent, contacts pour les ventes de CD ou la technique, liens vers nos comptes facebook et twitter sur lesquels nous sommes assez actifs... Bref, du rêve quoi :)  Il ne faut pas hésiter à venir jeter un œil et une oreille :)
 
photo de Cglaume
le 04/12/2012

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