David Bowie - Toy

Chronique CD album (120:38)

chronique David Bowie - Toy

Bordels et discographies post-mortem

 

Quand la discographie d’un musicien est plus importante après sa mort, ce n’est jamais bon signe. Pour Bowie, depuis 2016 c’est l’avalanche de disques live, de coffrets de démos avec 43 fois le même morceau (seuls les fans des Stooges aiment ça, cf. le coffret de Fun House), d’albums d’abord remasterisés avant d’être quelques mois après vendus en versions remixées (la nouvelle manie), avec une pochette différente, de «pictures discs » pour ceux qui la préfèrent au mur plutôt que sur la platine, de compilations improbables (une compilation de remixes version « dance », « club », celle là je ne l’avais pas vu venir), sans parler des versions « collector » ou « record store day », et j’en oublie… Alors oui il y en a 2-3-4 qui valent largement l’écoute, mais ils sont bien minoritaires face à tout le « reste ». Nous sommes bel et bien dans ce qui ressemble davantage à un pillage plutôt qu’à un hommage. Et, en véritable coup de poignard dans le dos, ce qui renforce ce sentiment de pillage à tire-larigot, c’est le soin graphique qui a été apporté à ces « productions ». Le chiffrage est justifiable, 83% des visuels sont immondes. C’est juste improbable. Un novice qui voudrait se lancer dans le Bowie par streaming serait largué face à ces disques aux multi dates dans tous les sens - dont les tracklistings en seraient dépourvus - et ces pochettes ubuesques quand la discographie de Bowie, de son vivant, est un parcours, une progression initiatique avec des visuels à l’avenant. Et le tant attendu Toy déboule au milieu de tout ça, en récoltant avant toute écoute, l’oscar de la pochette la plus moche, la plus impensable, de toutes les pochettes moches déjà sorties.

 

Pour l’histoire, et en grossissant le trait, Toy est un album issu de répétitions entre des festivals, de morceaux que Bowie avait créés et enregistrés pour certains dans les 60’s, et créés et commencé à développer puis laissés en chantier dans les 60’s/70’s. Des morceaux qu’il avait envie de rejouer et qu’il a réunis en mode album proposé et refusé par le label d’alors. Aujourd’hui je comprends grandement le label. Album « disparu » des radars alors que Bowie lui-même en faisait la promotion à l’époque avant de savoir qu’il serait refusé. Il s’est donc créé au cours des années un mythe et des légende autour de lui : « Quoi, un album entier de Bowie jamais sorti ??? » « Oui mon fils, le mystère perdure par-delà les raisons ». C’est un peu l’équivalent du second Death Breath dont Nicke Andersson fait la promotion dans les interviews depuis 15 ans.

 

Pour les aficionados de Bowie, cette sortie est décevante, car elle avait dans le temps leaké – alors que le terme n’existait pas encore, et leaké avec d’autres titres, réellement nouveaux, qui eux avaient été composés sans être des réinterprétations de morceaux de jeunesse du musicien. Du coup rien de complet à se mettre sous la dent. Et pour les non-aficionados, cette sortie ne peut être plus que décevante, également. Ce n’est pas brillant. Distrayant au mieux. De ces vieux titres répétés pour être rejoués en concerts, certains avaient déjà été éparpillés sur des face b, des maxi-singles ou des compilations, et pour plusieurs, les versions en concert que l’on peut trouver sur plusieurs albums live sont bien plus motivantes, plus fraîches, que les versions de Toy bien trop « propres ». Elles sont encore bien meilleures quand le chanteur les introduit en concert. Il fournit souvent 2-3 mots pour les annoncer et on ressent le plaisir et l’énergie qu’il a à les jouer. Et quoi de mieux d’annoncer sur le VH1 Storytellers pour son "Can’t Help Thinking About Me" de ses débuts qu’il y figure les pires paroles qu’il n’ait jamais écrites, les citant au public, se demandant comment il put écrire quelque chose de la sorte ! On sent l’affection, qu’il a pour les morceaux, pour la période, les deux pleins de défauts, et il partage le tout. Forcément l’écoute est différente que sur cette version plate de Toy. Et ces titres sont bien plus pertinents quand inclus dans une set-list plutôt que comme ici tous compilés.

 

Mais tout ceci aurait pu être pardonné (sauf la pochette) si, comme je l’évoquais plus haut, les morceaux absents ne l’étaient pas. C’est vraiment la vache qui rit. Ils nous font le coup des morceaux disparus dans l’album disparu qui apparaît…. Et dans la catégorie des grands absents sont nommés "Uncle Floyd" et "Afraid". Et là ces morceaux sont très très bons. Surtout le premier. Certes ces deux morceaux après l’échec de Toy ont été retravaillés pour figurer sur le véritable album suivant, Heathen, mais les deux versions de chacun des morceaux ont toute raison d’exister officiellement. Surtout qu’elles ne sont même pas sur le coffret Brillant Adventure sorti fin 2011 qui est censé contenir un max d’inédits alors que pas tant que ça en fait. Heureusement ces morceaux existent depuis longtemps sur le net ou différents disques pirates, mais c’est vraiment regrettable de ne pas pouvoir enfin les avoir en version propre sur un disque « officiel » avec de véritables droits SACEM…

 

Avec ce projet amputé et cette couverture, on peut bel et bien parler d’arnaque (en grossissant le trait). Rendez-nous le Toy de 2001 comme il était censé sortir, c’est tout ce que je demandais… Alors circulez, il n’y a rien à voir, et si vous voulez écouter les très vieilles chansons de Bowie (avant "Space Oddity" en gros), n’écoutez pas les albums d’antan aux productions périmées et parfois difficiles à surmonter, allez plutôt écouter les 5 premières pistes des BBC Sessions de Bowie at The Beeb où là, en live, on se rend compte que certaines d’entre elles avaient quand même vraiment de la classe. Et c’est ce que Toy aurait dû nous amener à dire.

 

PS : on me dit dans l’oreillette que le titre "Shadow Man" – un titre pourtant fortement apprécié par certains – a des allures de Reine des Neiges.

 

Cette chronique fait partie du dossier sur David Bowie We were strangers when we met (Hey David Bowie !)

photo de R.Savary
le 08/01/2022

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