Minipony - Ajna

Chronique CD album (42:42)

chronique Minipony - Ajna

Une pochette qui rappelle Witness de Vola.

Un patronyme situé à mi-chemin entre les crinières roses de Mon Petit Poney et la machine à écrire so british de Miss Moneypenny.

Des interludes intitulés « . », « .. » et « … ».

Un album enregistré chez Joe Duplantier de Gojira.

Un pays qu’on n’avait pas encore eu l’occasion de couvrir sur CoreAndCo : l’Équateur.

 

Autant d’informations aussi diverses que variées qui contribuent à donner l’impression d’une drôle de salade musicale, du style où l'on retrouve côte à côte morceaux de pastèque, Bleu de Bresse, raisins secs, chorizo, asperges et brisures de Spéculoos. Certes, il y a de bonnes chances qu’un tel gloubi-boulga génère des haut-le-coeur chez quiconque n'a pas endurci son palais outre-Manche, mais qui sait : si ça se trouve nos papilles vont se retrouver confrontées à une véritable explosion de saveurs… Bien malin qui saurait prédire le résultat d'un tel cocktail à partir de données aussi disparates sans s’en mettre une bonne lampée par derrière la cravate. Alors pas d’autre option : à vos marques, ready... >PLAY !

 

Quand « . » débarque dans les écouteurs, ça crache direct' dans le ventilo : white noise inamical et bruits plus ou moins dérangeants en guise de collier de fleurs offert à l’auditeur pour lui souhaiter la bienvenue, on se sent aussi peu à l’aise que lors de la première écoute de l’intro de Blessed Are The Sick (Morbid Angel). On aurait dû se douter que le mariage du chorizo et des Spéculoos n’allait pas de soi ! Mais le premier véritable morceau n’arrive qu’avec « Irresponsable ». Et celui-ci donne la vraie mesure de ce qui nous attend par la suite : au programme une sorte de Djent noisy sur le fil du rasoir, servi sur son lit de paille de fer et de tension psychiatrique. Derrière le micro, une sacrée barjot, Emilia Moncayo, qui s’étrangle, menace, s’énerve, growle, mi-sorcière mi-championne de combat de rue, telle la méchante petite-sœur de Yasuko Onuki (Melt-Banana).

 

… Amateurs d’ASMR relaxant et de caresses d’oreille à la plume d’oie, fuyez pendant qu’il en est encore temps !!!

 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Imago – l’album précédent de Minipony, qui annonçait déjà bien la couleur – le discours promotionnel décrit Ajna comme un album de Technical Death Metal / Progressive Metal / Experimental Metal. Autrement dit le mariage de Gorod, Vola et Solefald. Eh bien oui mais en fait non : pour vous la faire courte ce 2e album est plutôt à la croisée du Punk noisy-zarbi de Melt-Banana, d’un Djent épineux vecteur de tétanos, et d’un Metal extrême broussailleux allant du plus retors des Death malaisants jusqu’aux convulsions Mathcore de Dillinger. Pas du petit lait, quoi. Et effectivement les premières écoutes sont rudes : ça secoue sans ménagement, ça balance des décharges électriques dans les oreilles comme un prof de Sciences Nat’ dans le système nerveux d’une grenouille fraîchement disséquée, ça hypnotise, ça tressaute, ça éructe, ça tabasse avec le systématisme d’un autiste souffrant de violents accès schizophréniques.

 

Et pourtant on se surprend à aimer ça !

 

Pourquoi ? Parce que le groupe joue les funambules de l'extrême sur la fine frontière séparant souffrance et plaisir, ceci en injectant de l’organique, du juteux, du sexy même, au milieu de ses saccades – qu’il rend pour l’occasion caoutchouteusement groovy, ou puissamment addictives. Ainsi « Don 18 » est l’occasion de titiller nos terminaisons nerveuses, non seulement avec des bipbips coquins, mais également – ou plutôt "surtout" – avec de subtiles apports latins (cf. les rythmiques et les textes). Par ailleurs, pour ne pas laisser ses assauts abrutir l’auditeur, le groupe truffe ses pistes de fausses fins qui permettent de calmer le jeu avant de balancer de plus belle des mandales dont l’impact se retrouve d’autant renforcé. Et pour que ces 40 minutes ne soient pas qu’une masse informe de plaisirs mitigés, outre des interludes relativement glauques, Minipony y fait fleurir des titres à fort pouvoir d'attraction magnétique. Les plus emblématiques de ceux-ci sont « Filippos Lullaby », tube au merveilleux déhanché reptilien qui progresse insidieusement jusqu’à un grand final imparable, mais également « Shadow », qui invite à un abandon cervical total et – plus encore que la piste 5 – fait surgir au beau milieu de ce noir album les silhouettes troublantes des Nova Twins, impression découlant de l’adoption d’un chant plus clair, dédoublé, et au sex-appeal indéniable.

 

Je vous jure.

 

Alors oui, l’écoute d’Ajna pourrait bien porter atteinte à l’intégrité de vos oreilles externes, moyennes et internes, du pavillon à l’enclume en passant par la trompe d’Eustache. Mais au niveau du dos comme des tympans, un massage un peu rude est parfois nécessaire pour un bien être plus durable. Une chose est sûre : le poney nain dont il est ici question est du genre à sévèrement ruer dans les brancards, et il risque de désarçonner plus d’un cavalier du dimanche. Par contre ceux qui auront réussi à s’accrocher suffisamment fermement à sa folle crinière profiteront d’une ébouriffante cavalcade qui fera naître chez eux une puissante envie de reviens-y.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: vous vous êtes toujours demandés ce que cela pourrait bien faire de se prendre une bonne grosse châtaigne, mais vous n’avez jamais osé goûter au 220V, les tubes de Claude François vous ayant toujours laissé de marbre. Eh bien l’expérience auriculaire Ajna va vous offrir l’occasion rêvée de découvrir les plaisirs insoupçonnés des spasmes nerveux continus provoqués par le contact prolongé avec une clôture électrique. Imaginez un mélange noir entre la musique de Melt-Banana, un Djent inamicalement noisy et un Metal extrême contorsionniste… Vous l'avez ? Sauf que non : contre toute attente, la chose s’avère étonnamment digeste, voire ponctuellement carrément sexy !

photo de Cglaume
le 20/06/2022

2 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 20/06/2022 à 19:05:05

J'ai écouté 2-3 titres et je plussoie le côté "Melt Banana". C'est vraiment très très cool....A creuser mais merci pour la découverte!

cglaume

cglaume le 20/06/2022 à 20:17:13

Toujours content que des oreilles réceptives passent par là 🙂

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