Sleep Terror - Probing Tranquility

Chronique CD album (30:29)

chronique Sleep Terror - Probing Tranquility

Attention, gros risques d’avalanche droit devant! C’est que sur Probing Tranquility, Sleep Terror nous propose une ébouriffante séance de hors piste lors de laquelle les glissements de terrain rythmiques sont légion, et les épaisses couches de notes méthodiquement empilées menacent à tout instant de nous submerger. ‘z’avez enfilé vos moufles et accroché le tonneau de tord-boyaux au collier du St Bernard? Allez zou, on y va!

 

Non, Sleep Terror n’est pas le petit cousin américain de Nyctophobic, bien que les uns et les autres semblent avoir du mal à dormir sans une veilleuse allumée sur la table de nuit. À vrai dire ce one-man-band – bébé du « guitar hero » de l’extrême Luke Jaeger (Vile, All Shall Perish) – serait plutôt à rapprocher d’Emiliano Sicilia (vous ne connaissez pas encore? Allez vite découvrir Devotion Materialize) dans une version au scrotum lourdement chargé, entre Necrophagist et Beneath The Massacre, mais pas que. "Pas que" parce que la description serait carrément incomplète si l’on passait sous silence deux éléments-clés de la personnalité de ce « groupe »: 1) des influences modernes issues du meilleur de la scène djent/mathcore 2) de multiples écarts à la stricte orthodoxie extrême-métallique qui laissent penser que Luke doit régulièrement s’enfiler un petit album de Mr Bungle (la référence facile mais incontournable de l’incongru musical) entre 2 Spawn of Braindrill.

 

Assez logiquement, la carte de visite Probing Tranquility s'avère quasi-idyllique, entre prouesses techniques hallucinantes, plans hyper accrocheurs, ceinture noire de brutalité (sans besoin pour cela du moindre gruîîk – on est sur un album instrumental pour ceux qui n’auraient pas saisi la référence à E. Sicilia) et vitesse supraluminique, tout ça en laissant quand même suffisamment de place au groove. En cela, le groupe a de quoi séduire les fans de Gorod qui ne seraient pas contre un poil de rugosité supplémentaire. Par contre le format est des plus ramassé: aucun des 15 morceaux ne dépasse les 3 minutes! Cela n’empêche cependant pas Luke de caler un nombre affolant de riffs et d’idées juteuses au millimètre carré. La succession de ceux-ci amène d’ailleurs régulièrement les sourcils à se hausser à des hauteurs inversement proportionnelles à la profondeur des abysses où chute notre mâchoire inférieure, celle-ci béant largement tantôt sur un solo rappelant le Death de Human (« Probing Tranquility »), tantôt sur l’enchaînement d’une magnifique mosh part flamboyante et d’une pause dans la plus pure tradition Bunglienne (« Hypersomnia Rationale »), tantôt sur des envolées death grandioses et torturées – on pourrait presque dire "cosmique" et penser à Mithras – suivies de pointillés djent (« Ascetic Meditation »), tantôt sur un vieux plan rock funky concluant un sprint à la Spawn of Possession (« Autoerotic Spy », qui finit par ailleurs sur un vieux plan blues rock!). Accrochez-vous, ça va très, très vite! D’autant que, vous l'aurez compris, la règle chez Sleep Terror, c’est de coller 20 riffs là où un groupe normal en propose 3, et de ne ralentir le tempo que lors de réguliers coups de volant infléchissant à chaque fois la trajectoire mélodico-rythmique d’au moins 90 degrés. Alors c’est sûr, ça secoue les grelots, mais la qualité et la variété du matériel proposé sont telles qu’on s’accroche, et qu’au final on prend un panard pointure 58.

 

Malheureusement, on est obligé de reconnaître que quelques points noirs entachent quelque peu cet excellent album. Le plus évident tient bien sûr dans la configuration one-man-band. On aurait vraiment envie qu’un véritable groupe – avec une batterie plutôt qu’une BAR, et pourquoi pas un growleur de service – s’approprie ces compos pour les rendre plus organiques et les propulser dans une dimension plus « live ». Autre reproche: le rythme auquel ces plans plus excellents les uns que les autres nous sont balancés est tellement soutenu qu’on peine à assimiler durablement la structure des morceaux. S’il capitalisait un peu plus sur son matériel en faisant tourner plus longuement et plus régulièrement ses riffs, Luke aérerait son propos et renforcerait l’impact des différentes parties qui, pour le moment, s’enchaînent à un rythme un peu trop effréné. Enfin, sur la durée on constate que des automatismes se mettent en place, et que les interruptions originales qui donnent sa patine « nawak » à Sleep Terror se ressemblent étrangement d’une fois à l’autre, qu’elles soient bluesy, funky ou Bunglesques.

M’enfin ce lourd paragraphe "bureau des réclamations" ne fait que traduire l’amertume de ne pouvoir librement attribuer un 9/10 à cet album qui était à 2 doigts de le mériter amplement.

 

L’intersection des publics de Necrophagist, Animals As Leaders, Beneath The Massacre et Emiliano Sicilia n’est sans doute pas des plus larges. Néanmoins cette sélection de metalheads avertis sera comblée par l’arrivée de ce nouvel (...entre guillemets) arrivant sur la scène du metal extrême hyper exigeant et non conventionnel. Jetez donc une oreille attentive à ce premier album de Sleep Terror: il y a de bonnes chances pour que ça vous coupe l’envie de dormir…

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: virtuosité instrumentale, brutalité et vitesse extrêmes, modernité, groove, non-conformité… Le tout sur un mode instrumental. A conseiller aux fans de Beneath The Massacre (surtout) et Animals As Bungle (aussi)!

 

 

 

photo de Cglaume
le 13/04/2012

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