Trepalium - From The Ground

Chronique CD album (21:10)

chronique Trepalium - From The Ground

Fermez les yeux. Pendant que vos guiboles continuent de battre frénétiquement la mesure et que la totalité de votre corps signifie son approbation en oscillant en rythme, vous voyez passer derrière vos paupières closes des images oubliées: la formation Jazz féline des Aristochats qui fait swinguer les vieilles péloches de Disney. Une version crapuleuse et enfumée du club où Michael jouait les « smooth criminals ». Un univers plein de borsalinos et de bretelles, où des gangsters de quartiers boivent des whiskys avec des demoiselles à la vertu aussi petite que leurs gants sont longs. Ça sent la sueur, l’eau de Cologne bon marché, le cendrier pas frais…

 

Ouvrez les yeux. Non, vous n’êtes ni au Blue Note, ni au Caveau de la Huchette, ni en train de regarder l’adaptation ciné de Dick Tracy. Vous écoutez From The Ground de Trepalium. Et vos terminaisons nerveuses n'en peuvent plus de hurler "KIIIIIIIFFFFF!".

 

Sur Voodoo Moonshine, le Big Band de Harun Demiraslan et Sylvain Bouvier (désolé, je fais court en ne citant que les membres les plus en vue – le batteur faisant désormais partie de l’aventure Igorrr) avait révolutionné le petit monde du Metal extrême en proposant un formidable prolongement à l’expérience menée 8 ans plus tôt sur « Sick Boogie Murder », autrement dit en badigeonnant 6 titres entiers de cuivres sudistes et de vaudou canaille. De ce côté-ci de l'écran on avait tellement claqué des doigts que l’EP avait fini en haut de notre Top 2014.

 

La barre était placée tellement haut… Forcément, le risque était grand que la suite se finisse en coïtus tristus. Ou au moins frustratus. D’autant qu'au niveau des arrangements le boulot avait été tellement monstrueux la première fois qu’il n’était a priori pas question d’embarquer à nouveau un brass band dans l’affaire. Du coup on croisait les doigts très fort en espérant ne pas avoir à réarborer le masque grimaçant qui nous avait dicté la chronique de H.N.P.

 

Le suspense n’aura finalement pas été maintenu jusqu’à son terme ultime. En effet les heureux possesseurs d’un pass Hellfest 2019 (que nous fûmes) eurent l’occasion de constater sous le chapiteau de l’Altar que les quelques extraits du nouvel album étaient plus que convaincants. Et la bombe From The Ground de confirmer ce diagnostic de la manière la plus éclatante qui soit. Toujours aussi monstrueusement groovy, toujours plein de ces petits déhanchements rythmiques juteux, débordant d’un swing toujours aussi insolent, les compos du groupe conservent leur croustillante patte « Club de Jazz des bas fonds » grâce au renfort de Gérald Villain. Celui-ci tantôt se lance dans une pirouette Piano Rock, tantôt passe de la patine Hammond sur une musique qui, bien que subtilement rétro, déploie une puissance et une force de persuasion maoussissimes (parfaitement!). Autre apport important à cette cuvée 2020, Renato Di Folco (Flayed, les Tambours du Bronx) s’approprie la place de son prédécesseur avec naturel et panache. A priori plus à l’aise, et fort d’un registre plus large, celui-ci s’éloigne des marécages Death pour imposer un registre "Rock" gouailleur & couillu – qui plaira autant aux fans de Pantera qu’à ceux de Clutch – permettant non seulement au superbe « Secretly Depressed » de bénéficier d’un fabuleux refrain ascendant, mais également à « Feelin’ Cold » de s’épanouir jusqu’au bout de sa logique bluesy. C’est ce qu’on appel un remplacement gagnant (...même si je n’ai absolument rien contre Kéké)!

 

Vu le ton adopté par le chroniqueur jusqu'ici, il semblerait logique que cette rutilante nouveauté se voit attribuer un 9, si ce n’est un 9.5 bien dodu. Et pourtant, jetez un œil là-haut: on reste bloqué un cran en-deçà. Quelques raisons (mineures) à cela. Pour commencer un « Everything Is Supposed to Be Ok » final qui – s’il possède cette dynamique « du départ » qui sied parfaitement aux morceaux queue-de-pelotons – s’avère être le moins marquant des titres de l’album. Quoique le qualificatif "marquant" utilisé ici ne soit peut-être pas le plus judicieux étant donné que la première moitié du riff principal nous marque dès la première écoute « She’s So Heavy » des Beatles au fer rouge dans la crâne (réécoutez la reprise de ce titre par Coroner, vous me direz si le rapprochement ne vous saute pas aux yeux). L’autre point qui « pèche » c’est la durée de ce qui reste officiellement le 5e album des Français: 21 minutes et 10 secondes. Ce qui fait quasiment deux minutes de moins que l’EP Voodoo Moonshine. Maiiiiiis, euuuuuh!! Après, le bon côté de cette relative brièveté c’est que l’opus ne souffre d’aucun temps mort. Mais qu’est-ce que la fin arrive vite, dis!

 

On pourrait encore palabrer des heures sur le plaisir profond procuré par un titre comme « From The Ground », sur l’impression que les couplets de « Aimless Path (Part I) » ont été composés pour servir de bande-son à ces moments où Baloo agite son derrière dans la jungle (devenue ici cabaret), ou encore à cette formidable invitation à la danse du scalp que constitue le monstrueux break débarquant à 1:18 sur « … To The Sun ». Mais il est maintenant temps de vous passer le relais: allez donc vous désaltérer directement à la source From The Ground. Et pensez à bien écarter les tables et les chaises avant, parce que vous allez avoir besoin de place pour vivre l’expérience pleinement!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: attention, album phénomène! From The Ground combine groove de mammouth, guitares de barbares, Rock graisseux et ambiances de cabaret pour assurer à 2020 des soirées au moins aussi chaudes que celles de la décennie écoulée.

photo de Cglaume
le 06/03/2020

9 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 06/03/2020 à 09:17:59

Je n'ai écouté que les morceaux disponibles sur Youtube et franchement, je ne vois aucune évolution par rapport à leur dernière sortie. Ce sont toujours le même genre de plans de guitares, les mêmes ambiances. Ok, c'est groovy, ok, ça envoie mais c'est devenu bien trop propre pour moi. Il y avait un côté très légèrement malsain dans la musique de Trepalium et ce côté là a totalement disparu.

C'est d'autant plus criant avec l'ajout des synthés et ce nouveau chanteur chanteur bien trop propret. Désolé mais Kéké et sa voix graveleuse au grain si particulier me manque éperdument. Renato manque de hargne, de punch, de gnac. Il est là mais sans présence.

Et puis le côte "bayou", c'était surprenant quand Voodoo Moonshine est sorti, ca se prêtait bien au format de l'EP (format court qui permet ce genre de folies artisitques) mais on a l'impression qu'ils ont un filon et ne parviennent ni à le dépasser, ni à s'en défaire. Alors quand je vois qu'on crie au génie, je trouve ça un peu trop dithyrambique. Oui, c'est bon, oui ils sont doués mais ce n'est pas eux qui vont révolutionner le game, qui apportent un nouveau souffle au métal français, au contraire même ils le "rockisent" plus qu'autre chose.

En fait, Trepalium, c'est devenu du Step In Fluid avec un chanteur doué et qui fait parfaitement l'affaire pour...du Step In Fluid. Dommage que la frontière entre les deux projets d'Harun soit si mince.

Et 21 minutes? Sans déconner? C'est pas un peu l'arnaque? On n'a rien depuis 2016, c'est un peu maigre comme retour.

Sur ce, je vais aller m'écouter un bon vieux "Necropolis" ou "Inner Hell", là ca groovait avec des poils, des vrais.

cglaume

cglaume le 06/03/2020 à 10:14:08

On est d'accord uniquement sur la durée de l'opus :P

cglaume

cglaume le 06/03/2020 à 10:42:25

Pour info / erratum : les parties d'orgue Hammond, c'est Harun lui-même qui s'en charge

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 06/03/2020 à 11:49:29

Pareil que 8oris: c'est propret ne serait-ce que sur la chant. Quand, Voodoo Mooshine sentait le vieux cigare et le rhum trad, là, j'ai l'impression que c'est la clope menthol et le Mister Cocktail.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 06/03/2020 à 11:50:44

LE chant et Voodoo MooNshine, zut !

cglaume

cglaume le 06/03/2020 à 13:06:51

Mais laissez vous happer par le groove crenom de bon sang de bois ! :p

8oris

8oris le 06/03/2020 à 13:29:14

En tout cas, Crom-Cruach résume parfaitement l'idée avec son histoire de cigare vs.

Sur Secret Depressed, le plan de transition à 0:52, c'est THE plan qui nous est ressorti dans à peu près tous les morceaux, c'est toujours le même genre lick. On a le même à 0:29 sur From The Ground. Je veux bien qu'Harun ait une patte, mais là, c'est un peu trop...tout le temps pareil en fait.

Et puis c'est pas tellement l'absence de grooves que je trouve dommageable, c'est plutôt que ce soient un peu tout le temps les mêmes. Bon après, je ne juge que sur 2 morceaux donc bien possible que je me trompe et que l'album regorge de pépites groovesques mais j'ose croire que le groupe a mis en avant première ces deux meilleures morceaux.

cglaume

cglaume le 06/03/2020 à 16:43:47

L’album est court : tente une écoute complète, oui :)

Tookie

Tookie le 10/03/2020 à 16:02:56

Non non non, attendez les gars, j'vais vous dire ce qu'il faut penser.

C'est bien, mais pas top.

Ok, c'est un peu court. Mais 8oris, je te rejoins sur beaucoup de choses (le chanteur (bien vu l'image Crom !), l'absence d'évolution -mais ça, à la limite, ça ne me dérange pas-, mais pas la comparaison Step in fluid avec Trepa !
Et puis, le côté groove...mouais...plan plan tout ça. Autant sur H.N.P ça passait parce que c'était plus rude, autant là...ben bof quoi !
En revanche, 20 min ça m'irait mais le problème c'est que j'arrive à m'emmerder un peu sur les dernières : c'est vrai que c'est devenu gueulard et ça gâche tout ! J'ai réécouté les précédents et cet EP souffre vraiment de la comparaison.

Non vraiment, pas moyen d'être excité par cet EP et pourtant, vraiment, je l'attendais.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements

  • Winteriip II - Metal Hardcore Festival à Tours le samedi 18 Décembre 2021