Unprocessed - Gold

Chronique CD album (57:32)

chronique Unprocessed - Gold

Vous avez sans doute entendu parler de ces reconversions improbables qui se sont multipliées ces derniers temps, après que certains aient goûté mais peu apprécié des mois et des mois de télétravail, tantôt à bûcher comme des glands sur des feuilles Excel hostiles, tantôt à bullshiter des heures en réu’ devant des slides expliquant combien l’offshoring n’avait pas boosté les KPI autant qu’escompté. C’est comme ça que Luc des RH s’est retrouvé à donner des formations poteries près de Montpellier, et qu'Ursula a atterri près de Beaune pour trier les grappes de Chardonnay plutôt que de gérer des équipes en 3x8 dans les entrepôts d’« Amazonie »… Mais de telles reconversions ont également pu être observées dans le monde de la musique électrique. Oui, parfaitement. Tiens, prenez les Allemands d’Unprocessed : à l’époque de la sortie d’Artificial Void ceux-ci faisaient figure d’espoirs sérieux de la scène Modern Prog / Djent. L’acuité technique d’Animals As Leaders, la sensibilité d’un Vola, des touches Electro ouvrant d’autres portes encore – sans oublier une saine faculté à éviter les roucouleries teen qui plombent le micro d’un Periphery par exemple (… ceci malgré, c’est vrai, quelques passages un poil sucrés). Bref, on avait de bonnes raisons de voir en eux de futurs grands de la scène…

 

Et c’est là que, Patatras : virage à 180° (… ou presque). Mais tentez donc l’expérience « Fabulist » pour constater par vous-mêmes ce que le groupe est devenu :

 

Pop ouatée, tenues de premiers communiants… Et en larges nappes gluantes, encerclant les derniers vestiges d’une belle technique guitaristique, de pleins seaux de gimmicks émo-RnB.

 

« … Passe-moi un sac en papier, vite, je sens que ça va sortiiiiiiiir !!! »

 

Soupirs & gémissements, trémolos ados baignant dans leur coulis d’autotune : c’est toute la classe de 6e B qu’Unprocessed a aujourd’hui décidé de convaincre, ceci à grand renfort de tous ces tics atroces qui donnent envie de viser la tête quand on a le malheur de croiser un animateur d'NRJ sur les ondes.

 

Je suppose que ce sont les bons retours provoqués par la sortie de l’album précédent, ainsi que la reconnaissance de Jinjer, Animals as Leaders (qui leur ont demandé d'assurer leur première partie) et de festivals de taille conséquente (Rock an Ring, Summer Breeze…) qui ont dû conduire le groupe à se dire : « Ça y est, on est au sommet, on peut tout se permettre ! ». Alors OK, si ça a poussé Manuel Gardner à faire son coming out et, dans le même mouvement, à devenir une figure militante du mouvement LGBT-CQFD++, c’est une bonne chose. Par contre que ça l’ait incité à foutre à bas tous les garde-fous pour se lancer dans la fusion du Djent Prog avec le RnB et la TikTok K-Pop, c’est vraiment malheureux ! Car il y a là de quoi faire vomir à gros bouillons dans les chaumières métalliques ! Et pourtant le lapin qui vous cause n’a pas l’estomac sensible... Alors c’est vrai que The Bunny The Bear avait déjà tenté des horreurs similaires par le passé, mais au moins ces animaux-là donnaient-ils dans la démesure flashy, et pas dans la barbe-à-papa prépubère écœurante.

 

Mais ne tombons pas dans le lynchage aveugle. Car il reste sur Gold des traces – dextérité instrumentale, intelligence mélodique, expérimentations heureuses – du Unprocessed que l’on a jadis aimé. D’ailleurs, si l’on tique quasi-immédiatement sur ce chant tête-à-claques, on ressent tout de même un plaisir ambivalent sur les deux premiers titres de l’album, « Rain » ayant parfois la classe folle d’un mélange Scale The Summit / Animals As Leaders, tandis que « Redwine » enroule adroitement ses coulées mélodiques autour du tic-tac complice d’un réveille-matin (… par contre, dites, ces violons : on ne serait pas déjà là dans le too much le plus caractérisé ?). Et le riff qui démarre « The Longing » : ne serait-il pas lui aussi de ces merveilleuses Spontexeries organiques qui titillent là où ça fait du bien ? Malheureusement, au fur et à mesure que l’on progresse le long de la tracklist, on s’enfonce de plus en plus dans des langueurs loungy et des émois molletonnés irritants… Mais malgré cet écueil l’album réussit bon gré mal gré à garder une certaine classe. D’ailleurs une poignée de mélodies délicates (celles de « Mint », de « Closer »…) auraient sans doute pu connaitre un destin tout autre si elles avaient été confiées à Devin Townsend. On apprécie également quelques effets déroutants mais au final assez réussis (les « toc toc » en stéréo sur « Velvet »...), un début de « Portrait » qui rappelle le Leprous dépressif mais inspiré des derniers albums, ainsi qu’un « Berlin » entièrement germanophone et ayant la bonne idée de s’encanailler ponctuellement du côté de l’EBM.

 

On peste, on rage contre la direction prise par le Unprocessed 2.0... Pourtant l’apport d’un certain feeling RnB à des compos plus ou moins affiliées à la sphère Metal n’est pas systématiquement voué à l’échec. J'en veux pour preuve le dernier Nova Twins qui réussit ponctuellement cette fusion. Le problème c'est que les Allemands se sont vraiment trop lâchés en la matière, et les rares fois où ils tentent de se donner une contenance en jouant aux métalleux purs et durs (vers 3:05 sur « The Longing », par exemple), ils ne réussissent qu’à remuer le méchant souvenir de vilains groupes de Biactol Metalcore plutôt que d’évoquer une quelconque fureur musicale. Alors, « Adieu Unprocessed, on t’aimait bien » ? C’est bien possible. Ce qui est sûr en tous cas, c’est que malgré quelques traces des qualités passées du groupe, je ne peux décemment mettre la moyenne à un tel album – eh, oh : on n’est pas sûr Wish Metal Webzine ici !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: « Grandeur et décadence de petits prodiges du Djent proggy »… Après un Artificial Void qui nous avait mis les sens en émoi en 2019, Unprocessed revient avec un album qui fusionne Djent technico-progressif, Electro-Pop mielleuse et RnB autotuné pour un maximum de souffrance auriculaire. C'est à se demander si on ne serait pas ici en plein scénario uchronique, ou s’il ne s’agirait pas carrément de la plus grosse private joke de l’histoire de la musique…

 

 

photo de Cglaume
le 26/09/2022

3 COMMENTAIRES

Pingouins

Pingouins le 26/09/2022 à 14:09:43

Question : combien de fois tu te l'es envoyé, pour se donner une idée des souffrances pour la cause ? :D

cglaume

cglaume le 26/09/2022 à 14:46:39

Entre dix et vingt fois je pense.
Comme tout ce que je chronique

8oris

8oris le 26/09/2022 à 18:25:45

Chiant comme la mort. On dirait du Polyphia fainéant avec une voix encore plus fainéante.
Comme quoi, la bonne fusion, c'est pas donner à tout le monde...
 

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