Cortez - Interview du 20/02/2013

Cortez (interview)
 

Hello, Hello, c'est parti pour l'interrogation écrite… Première question : qu'est ce que vous avez bien pu branler pendant ces sept dernières années bon dieu ?!?

 

Antoine : En ce qui me concerne, 7 ans coïncident avec mes débuts dans le monde de la lutherie. Musicalement, à cette période, je jouais avec un autre groupe prénommé Berserk for Tea Time. J’étais donc bien loin de penser qu’un jour je me retrouverais à remplacer Sam, guitariste de Cortez. Le silence temporaire de Cortez en dit long sur ce que peut représenter le parcours de vie de chacun des membres d’un groupe. « Initial » premier album du groupe a reçu un bon accueil, et en effet, cette probante galette leur a permis de fouler la scène en compagnie de bons groupes. Il s’agissait donc d’un très bon point de départ ! Cependant, pour raisons principalement personnelle, ils ont décidé de prendre du recul quelques temps… Ces quelques temps ce sont transformés en quelques années…puis en Phœbus ! Il s’agissait donc d’un mal nécessaire, puisque nous sommes bel et bien là… chauffés à bloc !!

 

Je vois que sur la très chouette photo promo qui tourne ces derniers temps, on voit trois loustics de face et un de dos, au loin. Vous m'expliquez un peu ?

 

Antoine : Et bien ces 3 hurluberlus que tu aperçois de face sont ceux que tu retrouveras à chaque concert, puisque comme tu le sais, nous sommes un trio. Mais en réalité, Sam (de dos) est la 4ème roue du carrosse. Il est à nos yeux un élément indissociable du groupe. Il a entre autre composé les guitares de l’album, mixé « Phœbus », et réalisé notre clip. Pour raisons familiales et professionnelles Sam a quitté la Suisse il y a 2 ans, et depuis là, c’est donc moi qui ai repris le flambeau au poste de guitariste. Dès lors, Sam s’est transformé en ce qu’on pourrait appeler notre directeur artistique. Le fonctionnement de groupe parait un peu particulier, mais nous convient bien à tous.

 

Bon, du coup comment Antoine s'est retrouvé à tenir le manche dans le groupe ? Pas trop déstabilisant de se retrouver à gérer plusieurs amplis sans parler des compos à tiroir du groupe ? Y a-t-il eu un legs d'instrument ?

 

Antoine : Greg, le batteur du groupe, que je connais depuis un certain temps, m’a contacté pour me proposer de prendre la place de guitariste, donc de remplacer Sam. Je t’avoue avoir été un peu flatté de la proposition alléchante, puis comme tu peux le constater, j’ai accepté. De connaître les membres du groupe a simplifié mon intégration. Disons que je savais clairement ou je mettais les pieds, et dans quelle aventure je m’embarquais. Tout comme eux d’ailleurs, car si j’acceptais ce poste c’était pas pour se voir une fois toutes les 2 semaines pour une répète, mais pour aller de l’avant avec des projets concrets ! D’apprendre ces compos existante ne m’a causé aucun problème, au contraire je dirais même ! Vraiment stimulant et intéressant pour moi d’apprendre ces morceaux et de rentrer dans leur univers qui m’attirait beaucoup ! Ces morceaux font partis de moi désormais, j’ai pas du tout l’impression de jouer la musique de quelqu’un d’autre. Elle me colle à la peau, et j’interprète ces compos au plus proche de ce que ressens ! Non, pas de legs d’instrument… étant luthier, je me suis fabriqué mes propres guitares estampillées Cortez. En relation avec la musique que nous jouons, j’ai imaginé les guitares, puis j’ai posé tout ceci sur papier, et une fois satisfait du résultat sur dessin, et bien j’ai lancé la fabrication. C’est vraiment un bon sentiment de jouer sur ces propres instruments !

 

Puisqu'on parle un peu de technique, le gros nerd que je suis adorerait grappiller un peu plus de détails sur votre config… j'avoue avoir essayé de décrypter ce que j'ai pu voir sur vos énormes pedalboards lors de votre passage à Toulouse mais je ne pense pas y être tout à fait parvenu.

 

Antoine : Il s’agit d’un concept imaginé par Sam au début de Cortez. Je m’en suis inspiré et je l’ai transformé, modifié, et amélioré à mon goût afin de me sentir à l’aise. Cette question, on me la pose souvent… étant donné qu’il m’est arrivé une fois d’expliquer le fonctionnement basique de tout ceci à un guitariste, qu’il s’est approprié le truc en se prétendant être l’inventeur d’un système révolutionnaire, et bien j’ai une certaine réticence à en parler désormais. Mais on peut parler du micro du chanteur si tu veux… Laisse moi terminer en rajoutant que ce n’est pas le fonctionnement le plus important, mais « l’effet » que celui-ci procure…et oui c’est un pedalboard !

 

Bon, fini les maths, passons à la philo… je sors mon Wikipedia et je lis ceci : "Un phébus est une figure de style consistant à obscurcir un propos en travaillant trop la forme." Il est aussi question du Dieu du soleil dans je ne sais quelle mythologie… Le titre de votre album a-t-il un rapport avec tout ceci ?

 

Greg : Phœbus est l’équivalent d’Apollon, Dieu de la musique et de la lumière. Et de lumière, il est aussi question, dans le fait que Phœbus était le nom d’un cartel organisé par des fabricants d’ampoules dans les années 20. Le but était de limiter la durée des ampoules et d’en augmenter le prix, tout en se partageant les territoires, sans risque de concurrence. C’est en fait la première tentative d’obsolescence programmée. Toutes ces significations nous paraissaient soient belles, soit représentant un aspect intéressant du comportement industriel humain. En pleine crise financière et identitaire de notre société, tout ca nous parlait.

 

En allant fureter du coté des autres interviews du groupe, j'ai lu que Greg concluait celle de nos collègues de Zikanuaire sur un petit hommage à Aaron Swartz, serait-il possible d'approfondir ? Les thématiques du copyright, de la justice aveugle et/ou de la déshumanisation du système font-elles partie de votre univers ?

 

Greg : Aaron Swartz était un génie de l’informatique qui a co-crée les creative commons, sorte de nouveaux copyright, bien plus adapté aux nouveaux types de cultures en vogues en occidents. Ces droits autorisent donc les créateurs à choisir de quelle manière ils veulent protéger leur travail, ou pas. Le « ou pas » est important, car dans notre monde ou tout se télécharge, se découpe, se transforme et se reforme en une nouvelle création dans laquelle on ne perçoit même plus les premiers éléments empruntés, il est complètement inutile de se battre contre le partage des sources utilisées. Phœbus est facilement trouvable si on le cherche en téléchargement gratuit. Des sites le distribuaient avant même que je l’aie dans mes propres mains. Aaron à failli prendre 35 ans de prisons et 1 million de dollars d’amende… c’est insensé. Tout ça parce qu’il voulait mettre en accès libre des documents universitaires… qui sont actuellement trouvable sur Pirate Bay… Vous pouvez combattre internet, mais à la fin c’est toujours lui qui gagne. Vous pouvez pousser au suicide un mec qui vous à volé sans s’enrichir, et vous aurez 10 personnes pour prendre le relais dans le monde entier. Les multinationales qui vivent du copyright sont en mode « total défense » depuis qu’internet à brisé leurs rêves d’enrichissement. Napster est né quand les majors ne voulaient pas changer les prix de la musique, pour augmenter leurs marges. Elles se sont rendues coupables de paresse et se sont fait dépassées par la technologie et la créativité possible sur internet. Et maintenant elles veulent faire de quelques personnes les coupables officiels de leurs pertes. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que ceux qui mettent à disposition de la culture sur internet, n’en font pas de l’argent. Ils partagent et c’est tout. Ou comme Pirate Bay, ils mettent en liens des gens qui veulent partager ce qu’ils ont. On voit bien depuis 2008 et la crise financière, que ceux qui l’ont crée, soutenu par de nombreux Etats qui n’ont condamné personne, qu’il n’y a aucune morale quand il s’agit de faire de l’argent…ou de perdre l’argent des contribuables. Mais ces gens ne supportent pas ceux qui les empêchent d’en faire, même si ces derniers ne s’enrichissent pas. Ils doivent faire face à des gens qui pensent que l’intérêt commun est de partager tout ce qu’ils trouvent important de le faire. Pour eux c’est amoral de faire ça… mais comment une personne amorale pourrait me convaincre de mon immoralité ? Ces gens sont simplement dépassés pas l’époque dans laquelle ils vivent. J’espère que tout le monde regardera « TPB AFK », le documentaire sur les concepteurs de The Pirate Bay, qui montre comment 3 mecs qui ne passeraient pas de temps ensemble sans une passion commune pour l’informatique, et qui n’enfreignent aucune loi, se retrouvent condamnés parce qu’ils permettent à des gens de partager leurs données. Donc si je présente 2 personnes qui ne se connaissent pas et qu’ils s’échangent des disques, je suis condamnable ? C’est le principe qui compte, pas le nombre. Internet à changé le monde dans le sens ou ceux qui gouvernent n’ont rien compris de ce qu’il était possible d’en faire, et toute cette agressivité qu’ils montrent contre ceux qui sont plus modernes et malins qu’eux, n’est que la preuve qu’ils se sentent dépassés. Et s’ils avaient compris que ces procès ne changeaient rien, ils utiliseraient leur fric et leur temps à créer des solutions modernes, au lieu de vouloir faire perdurer des principes qui ne marchent plus, sauf si on boucle à nouveau le net… Mais vous verrez que dès qu’ils pourront faire leur propre Pirate Bay made in Universal Studio, ils le feront. Ils essaient simplement d’éliminer leurs concurrents avant de lancer leur propre produit, identique, puisqu’ils ont 10 ans de retard sur le monde. C’est une bataille pour le contrôle de certains marchés, dont les produits peuvent s’échanger sur le net. Ce qui est marrant, c’est que quand en 1924, le cartel Phœbus fut créé et siégeait en Suisse, un groupe de fabriquant en partie suédois l’a bien fait souffrir en vendant des ampoules moins chères, et il fut prouvé que c’était légal. Aujourd’hui Wikileaks et The Pirate Bay viennent de Suède et endommagent des cartels culturels et politiques qui font tout pour que la modernité et la créativité n’aient pas d’impact sur leurs activités…mais comme on dit…on n’arrête pas le progrès.

 

Allez cette fois, je vous épargne la question traditionnelle sur cette scène suisse qui nous fout continuellement les boules à générer des groupes plus ultimes les uns que les autres… Du coup, si vous le voulez bien, j'aimerais bien recueillir vos avis sur la scène française de ces dernières années (si ! si !).

 

Antoine : Doppler, c’est fini et c’est bien dommage. Je ne les ai vu qu’une seule fois, et je m’en rappelle très bien ! Y’a Pneu aussi que j’aime vraiment bien. En plus de produire de la bonne musique, ce sont vraiment des bons gars. A ceux qui ne les connaissent pas je vous invite à aller les voir, ça vaut le détour ! Plebeian Grandstand, avec qui nous avons sorti un Split LP en septembre. Verdun avec qui nous avons partagé la scène à Toulouse début février. Tantrum, As we Draw, General Lee, Birds in Row, Comity, Aside from a day, Spinning Heads et ceux que j’oublie ou que je ne connais pas encore…!

 

Greg : Moi je suis fan de Celeste ! Je ne les connais pas spécialement, mais tout ce que j’ai vu et entendu d’eux m’a toujours plu, en terme d’image, de son, de radicalité, de constance, d’intégrité. Chevreuil est également un super groupe, innovateur et courageux. J’adore aussi Electric Electric qui sont intelligents, cultivés, et qui ont de très bons goûts. J’avais bien aimé A.H. Kraken. Haut & Court sont supers. Je pense qu’une des différences entre la Suisse Romande et la France, c’est qu’on n’a pas de major label, ne de circuit de variété. Et ces créneaux attirent surement trop de monde en France à faire de la merde et perdre leur temps. J’ai joué il n’y a pas longtemps en support de « Stuck in The Sound » et je dois dire que j’y ai vu tout ce que je déteste dans la musique, même si j’ai trouvé un des mecs assez cool (je n’ai pas causé avec les autres). Dans le même genre, vous avez eu aussi la « Team Nowhere » (même que j’aimais bien…mais j’étais jeune…pardon). En Suisse Romande on a moins ces questions de gloire qui se posent et donc il y a peut-être moins de pollutions commerciales dans les ambitions des groupes…mais c’est en train de changer aussi, et on peut voir se poindre pas mal d’essais de « variétisation » de la scène.

 

Ultime et dernière question avant de vous fiche la paix : va-t-on encore attendre 7 années avant d'avoir à nouveau de vos nouvelles ?

 

Greg : On avance comme on peut… Mais je suis sur que si on fait un album dans 2-3 ans et qu’il est nul, vous saurez nous dire qu’on aurait mieux fait d’attendre 7 ans ! Plaisanterie à part, perso, j’aimerais bien voir jusqu’ou ce groupe peut arriver, en restant le même groupe. Cortez ne va pas se transformer pour plaire, c’est clair, mais je pense qu’à voir l’engouement autour de Phœbus, on peut convaincre du monde sur scène et espérer avancer un peu, voyager, tourner, et préparer la suite.

 

Merci beaucoup pour l'interview, longue vie à vous.

 

Antoine : merci à toi pour ton intérêt à Cortez, fait plaisir !! Et oui j’espère bien que ça durera…A bientôt !

photo de Swarm
le 06/03/2013

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