Moonspell + Rotting Christ + Silver Dust le 31/10/2019, L'Etage, RENNES (35)

Moonspell + Rotting Christ + Silver Dust (report)

Alors que pour les plus jeunes, Halloween rime avec chasse aux bonbons, les moins jeunes comme une raison toute trouvée pour se prendre une bonne biture sous fond thématique et les encore moins jeunes, l'angoisse de voir arriver toute une armada de gamins insupportables et encore plus moches qu'à l'accoutumée sur le pas de leur porte – mais au moins peut-on se débarrasser de tous les bonbecs dégueulasses et périmés qui traînent dans la maisonnée, c'est déjà ça – pour moi, cela rime comme un début de marathon concert sur Rennes. Aller-retour, soit quasi-400 bornes, dans la même journée – les joies des obligations professionnelles, toussa, toussa – tous les six jours et ce, sur trois semaines consécutives. Les géants du pétrole seront ravis de me voir passer plus souvent à la pompe, ma forme physique un peu moins mais qu'importe : au vu des affiches de ces trois concerts, le jeu en vaut la chandelle. Et puis, on n'a qu'une vie après tout, si l'on doit patienter que tous les astres soient bien alignés pour faire quelque chose, on a amplement le temps de crever quatre ou cinq fois avant d'y parvenir...

 

Bref, vis-à-vis de mes affinités purement personnelles, cette première date s'apparente davantage à une sorte de mise en jambes tant la double tête d'affiche Rotting Christ et Moonspell ne font pas partie des choses que j'écoute le plus par rapport aux deux concerts à venir sur les deux prochaines semaines. Tout particulièrement Moonspell, dont je ne suis pas spécialement au fait depuis belle lurette, que je me suis même permise de snober au Hellfest de cette année en clamant l'excuse de l'incompatibilité d'humeur. Au moins, c'était l'occasion de se rattraper, même si je ne cache pas qu'il s'agit à la base de Rotting Christ qui explique le fait que je me sois bougée le cul en terres bretonnes. Un groupe qui fait partie de mes « jamais vu », que j'apprécie sur de très nombreux points mais que, paradoxalement et comme beaucoup d'autres au vu de mon énorme marge de manœuvre sonore, je n'écoute finalement que trop peu. Ou tout du moins pas assez pour apprivoiser toutes les subtilités de sa musique, aussi extrême, singulière que mystique, qui n'en manque clairement pas.

 

Malgré tout, il faudra patienter avant de goûter aux délices méditerranéens puisqu'il s'agit des Suisses de Silver Dust qui foulent les planches de l’Étage en premier lieu. On leur reconnaîtra qu'ils permettent aisément de nous rappeler que l'on est la veille de la fête des morts, ce jour-même où il incombe de (se) faire peur avec un rock/metal aux influences des plus fourre-tout qui ne se contente pas que d'en mettre plein les oreilles mais également plein les mirettes avec une forte dimension théâtrale. Ziqueux grimés de leur tenue victorienne (Tim Burton, toujours...) et écrans diffusant des images oscillant entre boucles visuelles hallucinées et véritables scènes filmées qui sentent bon l'horreur de série B sont au programme et il faut admettre que cela rend très bien. D'autant plus via ce frontman qui en fait des tonnes niveau prestance scénique, appuyant à lui tout seul toute la crédibilité théâtrale du spectacle, quitte à parfois en faire trop – le « vous êtes fantastique » dès le premier titre, cela ne tient même plus du pompeux mais carrément de la démagogie. Qu'importe ces quelques excès sporadiques, la manœuvre paye extrêmement bien pour Silver Dust tant le public s'amassant aux avant-postes, à l'affluence plutôt honorable pour une première partie que personne ne semble connaître, s'avère aussitôt réceptif au délire, ne se faisant pas prier pour un sou à répondre aux nombreuses sollicitations du vocaliste jusqu'à finir à genoux pour mieux jumper joyeusement. Musicalement parlant, il y a moult choses intéressantes à retenir, même si l'on retiendra peut-être une première impression qui manque de cohérence d'ensemble. Car Silver Dust peut à la fois partir vers des moments rock très « cold wave » que des délires goth-metalliques, voire se montrer autrement plus remontés comme des coucous suisses dans des veines groovy et sautillantes qui n'auraient pas forcément fait tâche chez System Of A Down. Le tout enrobé avec de multitude d'autres gimmicks comme des boucles électroniques et autres sonorités plus traditionnelles (arabisantes notamment), montrant d'ailleurs le cruel manque d'un véritable claviériste sur scène. Bref, ça pioche à droite et à gauche, c'est extrêmement varié et même s'il manque peut-être une sorte de « socle de référence à l'identité musicale Silver Dust » histoire d'amener une cohérence de masse, il faut reconnaître néanmoins que ce qui nous a été présenté, lorsqu'on le prend à titre individuel est plutôt bien fichu. D'autant plus que le spectacle est rodé, se permettant même d'exhiber du solo neo-classique en battle avec un clavier malheureusement samplé à grand renfort d'une gratte nous éblouissant de mille feux via sa « rosace » miroir. Parce que oui, ça en fait des tonnes je vous disais mais au moins le rendu est aussi propre (les projections vidéo notamment, clairement home-made mais qui n'ont rien à envier au travail des professionnels) que maîtrisé. A voir avec plus de moyens et d'expérience mais il est possible que l'on tienne à terme avec Silver Dust une bonne variante au délire Avatar. Bref, très bonne surprise.

 

On laisse tomber les gimmicks afin de retrouver une scénographie autrement plus classique et dépouillée avec les Rotting Christ tant attendus. Parce que, manifestement, je suis très loin d'être la seule à s'être déplacée pour se prendre une savoureuse tranche de fêta en première ligne de mire. Une majorité de l'assistance présente à vrai dire dirait-on même, en témoigne un bon paquet de personnes véritablement transcendées et à fond dès les premières mesures de « 666 », amorçant une prestation misant davantage sur la simplicité charismatique. Parce que dans le cas de Rotting Christ, il n'y a pas besoin de faire appel à un moindre enrobage satellite tels des jeux de lumières chiadés, costumes ou autres projections vidéo, la musique suffit à elle-même. Très amplement. Que ce soit en terme de puissance que de mysticisme qui nous pénètrent jusqu'à nous chatouiller le bas ventre et nous envoûter de toute notre âme. Et l'aspect communion entre groupe, musique et public est mémorable sur bien des points. On pourra en terme d'exemple le plus éloquent, le tribal « Apage Satana » où le public s’octroie les vocaux black en levant les bras dans une synchro surprenante, tel un véritable rituel primitif communautaire. De quoi filer bien de biens délicieux frissons d'adrénaline. Que les plus brutaux et téméraires auront le plaisir de faire exploser à grands renforts de pogos et de circle pits sur les plus vieilles reliques – clairement plus black que son registre récent – exhumées, à savoir « King Of A Stellar War » et « Non Serviam », les seuls de cette soirée par ailleurs. Ce qui est, pour le coup, autrement plus cohérent dans ce cas précis que ceux que j'avais pu voir sur la prestation d'Enslaved au Hellfest 2018, quand bien même ça ne blaste pas pour deux sous non plus du côté des Grecs. Mais même si on peut trouver de nombreux points communs entre ces deux combos, sur cette approche viscérale de la spiritualité notamment, on reconnaîtra que Rotting Christ parvient à donner cette envie de la faire « exploser », quitte à bousculer un peu ses voisins, là où les Norvégiens offrent une expérience plus intimiste que l'on a envie de se délecter en la gardant pour soi et en soi. Bref, partage et ouverture aux autres avec convivialité, ce sont bien des trucs de méditerranéens ça. Et pour le coup, c'est justement ce que nous a distribué Rotting Christ via sa prestation envoûtante, transcendante et, malheureusement, trop courte (et sans rappel). Intense toutefois même s'il s'avère très difficile d'expliquer réellement pourquoi et comment avec de simples mots : il fallait y être un point c'est tout !

 

 

Setlist

 

  • 666
  • du-sag-ta-ke
  • Fire, God And Fear
  • Kata Ton Demona Eatou
  • Apage Satana
  • Dies Irae
  • The Forest Of N'Gai
  • Societas Satana (Thou Art Lord Cover)
  • King Of A Stellar War
  • In Yumen-Xibalba
  • Grandis Spiritus Diavolos
  • Non Serviam

 

moonspell

 

Place à une autre nationalité. A savoir un pays blindé de porto et de maçons, le Portugal. Outre le fait que la pause clope sociale m'a fait louper l'entrée en scène de Moonspell, il m'a fallu une bonne moitié de set afin d'être dedans. A n'en point douter, la claque précédemment distribuée par Rotting Christ y est pour beaucoup. Et, là encore, il semblerait que j'étais loin d'être la seule dans ce cas de figure tant les figures précédemment transcendées par les Grecs semblent vachement moins enthousiastes cette fois-ci, preuve éminente qu'une bonne partie du public a pris ce en quoi il était venu cherché, ce qui lui fait face là ne représentant finalement que la petite mignardise qui accompagne le café de fin de repas. Il faut dire, du peu que j'avais entendu de 1755, son plus récent méfait, est un album assez particulier et à part vis-à-vis du reste de sa discographie. Ce disque même qui est exclusivement représenté dans cette première partie de show. Ajoutez à cela que j'ai ressenti comme un truc qui me dérangeait dans la mise en son (des vocaux qui englobaient un peu tout dès lors qu'ils passent en registre extrême notamment), et cela explique sans doute pourquoi une partie est restée un brin sur le carreau, allant d'ailleurs jusqu'à en voir certains saluer leurs potes avant de tourner les talons, la mine un brin renfrognée. Malgré tout, cette première ligne droite un peu mollasse permet d'observer sagement la scène et de reconnaître que Fernando Ribeiro ne perd pas de son charisme au travers des années en tant que frontman, d'autant plus que le masque de médecin de la peste qu'il arbore lui sied à merveille. Sans compter qu'il ne perd jamais une occasion de tenter de s'exprimer en français (plus approximatif que Bruce Dickinson certes mais l'effort est là !), de quoi remonter drastiquement le capital sympathie. Par chance, l'intérêt remonte progressivement au fur-et-à-mesure que les Portugais remontent également le fil de leur discographie, notamment lorsque ça vient s'attarder sur le tandem Wolfheart / Irreligious fortement représenté ce soir pour le plus grand bonheur de l'assistance qui semble davantage au fait de leurs vieilles frasques. Et qui commence un peu à se remuer gentiment, timidement d'abord jusqu'à se montrer des plus enthousiastes en jouant les loups-garous lorsque Ribeiro nous sort cette fameuse croix laser – par chance, il n'y avait pas de félins dans la salle pour s'en émoustiller – lors de « Full Moon Madness », l'ultime rappel clôturant cette performance finalement des plus sympathiques. Mais bon, moi comme d'autres, on s'accordera tout de même à dire que les maîtres de la soirée étaient bel et bien Rotting Christ. Définitivement. En espérant qu'on les verra en haut de l'affiche la prochaine fois ! Dans tous les cas, le rendez-vous est pris dans six jours, même ville, même salle, même heure mais pour plonger dans un tout autre type d'ambiance...

 

 

Setlist

 

  • Em Nome No Medo
  • 1755
  • In Tremor Dei
  • Opium
  • Awake
  • Night Eternal
  • Breathe (Until We Are No More)
  • Extinct
  • Everything Invaded
  • Evento
  • Mephisto
  • Vampiria
  • Alma Mater
  • Todos Os Santos (Rappel)
  • Full Moon Madness (Rappel)
photo de Margoth
le 11/11/2019

2 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 13/11/2019 à 14:53:42

Sacrée affiche, j'aurais aimé en être. Petite mise au point de la part de M. Tatillon, le Portugal ne donne pas sur la Mer Méditerranée, désolé...

Margoth

Margoth le 24/11/2019 à 10:44:10

Hahaha, le pire, c'est que je savais que le Portugal était entouré de l'Atlantique (malgré que je sois une quiche en géographie)... Mais je sais pas, ce jour-là, j'avais fumé ou j'avais envie de tomate-mozza. Bref, c'est modifié, merci ;)

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