Heathen - Empire Of The Blind

Chronique CD album (47:16)

chronique Heathen - Empire Of The Blind

Quand on annonce la présence de Heathen sur l’affiche d’un festival, en général ça ne déclenche pas le même enthousiasme que si l’on avait promis Overkill, Exodus, Annihilator ou Dark Angel. Ou si enthousiasme il y a, il n’enflamme pas un nombre de chevelus aussi important. Est-ce dû à la difficulté pour un Français de prononcer convenablement son nom? Est-ce parce que le groupe n’a pas réussi à imposer un ou deux hymnes incontournables (les fans hardcore ne seront sans doute pas d’accord sur ce point)? Parce qu’il faut bien le reconnaître: Heathen souffre du même syndrome qu’Evildead ou Lȧȧz Rockit: oui, on a déjà entendu ce blase… Pour autant, euh: c’est qui déjà?

 

Je suis le premier dont le manque de connaissance sur ces petit gars de San Francisco mérite quelques lancers de tomates bien mûres et autres « Bouuuuuu la honte! » vindicatifs. Car j’ai attendu 2007 pour découvrir Victims Of Deception (le 2e album, qui date de 1991). Car j’ai laissé passer ma chance quand The Evolution Of Chaos est sorti en 2010. Et car je n’ai toujours pas jeté une oreille vraiment sérieuse à Breaking the Silence, le point de départ discographique qui remonte à 1987. Alors que les Américains bénéficient pourtant d’une très bonne réputation de groupe trempant largement son Thrash dans le Prog. Pour ma défense il faut dire que, bien qu’admiratif devant le travail accompli (notamment par les guitaristes) sur le second volet de leurs aventures, je ne lui avais pas trouvé un goût de reviens-y suffisamment prononcé, d’autant qu’il me semblait trahir une dette un peu trop lourde envers Testament et Metallica.

 

... ne rêvez pas, bien sûr que non vous n’y couperez pas (mais c’est pour votre culture mes cocos, et augmenter vos chance de briller à Questions pour un [Yves] Campion): il est temps de sacrifier à l’exercice du paragraphe biographique. Alors voilà. Cela fait 36 ans qu’Heathen grattouille des grattes, bat des batteries et fredonne des refrains dans les environs (pas les « avirons »: ils ne sont pas en-dessous!) du Golden Gate. Et croyez qu'ils en ont vu passer du monde dans leur salle de répète! Paul Baloff (Exodus), David Wayne (Metal Church), John Dette (Testament, Evildead, …), des (ex-)membres d’Exhorder, Forbidden, Mordred, Lȧȧz Rockit, Vio-lence, Vicious Rumors et caetera (pas le plus connu, Caetera). Ne reste des membres originels que le chanteur David R. White et le guitariste Lee Altus – toujours actif dans Exodus, ancien membre expatrié de Die Krupps, et apparemment connu pour avoir décliné un poste au sein de la bande de junkies qu’était devenu Megadeth à l’époque. Depuis 2007 ils ont été rejoints par Kragen Lum, guitariste aux goûts un peu plus poilus que la moyenne (il a dépanné Abysmal Dawn en concert) qui s’est par ailleurs occupé de la majorité des compos de ce nouvel album. Ce qui – vu la qualité de l’engin – en fait une recrue de choix!. A noter que les postes de bassiste et de batteur ont été réattribués très récemment, et que ce dernier a échu à Jim DeMaria, dont les baguettes ont déjà rebondi sur les peaux de Toxik, Whiplash, Merauder ou encore Demolition Hammer. On parle donc bien de bûcheron multirécidiviste.

 

S’il n’y avait qu’une chose à dire d’Empire of the Blind, c’est que c’est un putain de 4e album. Pas un putain d’album du retour – comme les derniers Xentrix, Exhorder ou Acid Reign –, non, parce que malgré les 11 années qui le séparent de son prédécesseur, le groupe ne s’est jamais vraiment séparé. C’est leur rythme de travail, voilà tout. A noter d’ailleurs que la composition de ce petit dernier a démarré dès 2012. Quoi qu'il en soit c’est une vraie tarte qui marie l’aspect mélodique et séducteur de Metal Church et Agent Steel (elle m’a donné envie de me réécouter Order of the Illuminati) avec la fougue experte de vieux de la vieille comme Flotsam And Jetsam ou Sacred Reich. Précision quand même: le riffing est globalement plus vigoureux que celui de ces vénérables références, le gros son nuclearblastien n’empêchant pas les grattes de nous décaper les tympans avec de l’abrasif à gros grain. A tel point que les saccades gourmandes de « Sun In My Hand » m’ont rappelé la prod' croustillante du Shadow’s Dance de Godgory (pas une référence? L’album m’a néanmoins marqué). Jamais violemment bourrin – il faut dire que Heathen est plus Heavy/Thrash que Thrash/Death – le groupe sait plaquer des riffs maousses (cf. les ricochets énormes du morceau-titre, ou le laminage assuré sur « Devour ») et sortir la mitraillette Thrash pour transformer les murs du salon en une reconstitution du Sarajevo du milieu des 90s (cf. « In Black »). Et la sensation de grosse torgnole est renforcée par le fait que – nouveauté parmi les nouveautés! – cette fois le groupe a su cantonner ses titres à plus ou moins 4 minutes, ce qui évite la dilution.

 

Bon, abordons quand même les sujets qui fâchent. Oui, le refrain de « Devour » est un peu bateau (comparé au niveau moyen de ce très bon album, et à la qualité de l'immersion offerte par ce morceau). Oui, il est dommage que – l’énorme riffing ricochet mis à part – le morceau-titre soit un peu ramollo. Oui, « Shrine Of Apathy » est du Annihilator tout craché. Mais pas le plus sexy. Plutôt le robinet à chamallow tiède qui a accouché de « Phoenix Rising » et de toute sa descendance. Et c’est pour ça qu’on refusera à cet album une note supérieure à 8,5.

 

Pourtant on aurait presque eu envie d’être encore un peu plus généreux. Car « The Blight » se pose d’emblée comme un nouveau classique (« Angel of disease, we’re dead inside! » est définitivement gravé dans ma caboche). « Blood To Be Let » fout une patate grosse comme ça et enquille les solos tous plus pertinents les uns que les autres (chez Heathen le solo est fréquent, mais jamais là pour la déco: c’est de la pure valeur ajoutée). « The Gods Divide » d’abord écrase, puis propulse dans une course héroïque effrénée. Et merveille parmi les merveilles, « A Fine Red Mist » va direct’ s’inscrire dans la courte liste des instrumentaux Thrash légendaires, alternant saccades granuleuses, mélodies enveloppantes, solos en gerbes généreuses, et bouquet final divin confinant à l’état de grâce pur et simple. J’en ai la chair de poule rien que de vous en parler.

 

Le groupe a beau finir en usant d’une ficelle déjà bien utilisée (celle de la « boucle bouclée », ou si vous préférez du serpent qui s’auto-fellationne), cette mélodie finale qui repique celle de l’introductif « This Rotting Sphere » nous conduit naturellement à relancer une Nième écoute d’affilée.

Pas vraiment de mystère là-dessus: l’album devrait finir sa course dans mon Top 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: 4e album des vétérans de Heathen, Empire of the Blind est un vrai coup d’éclat. Brillant, granuleux, mélodique, conquérant, et bien plus compact que ce à quoi les Américains nous avait habitués, il risque fort replacer le nom du groupe sur le fronton des légendes de la 2e vague du Thrash US.

photo de Cglaume
le 18/09/2020

4 COMMENTAIRES

Dams

Dams le 18/09/2020 à 13:43:12

J'avais vraiment beaucoup aimé "The Evolution Of Chaos", je vais donc écouter attentivement celui-ci.
Et du coup, tu le prononces comment Heathen ?

cglaume

cglaume le 18/09/2020 à 16:10:19

Avec la langue derrière les dents pour faire le « tllzzzeu » so British... :D

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 20/09/2020 à 18:49:57

Moi je prononce "Pagan".

cglaume

cglaume le 20/09/2020 à 22:15:39

Allez, si, si: prononce "Gan" !!!

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