Seeds Of Mary - Interview du 01/11/2018

Seeds Of Mary (interview)
 

Pouvez-vous présenter brièvement Seeds Of Mary ?

Seeds Of Mary a été fondé en 2011 sur Bordeaux, sur les cendres d'un autre groupe. On a sorti deux albums, Choose Your Lie (2015) et The Blackbird And The Dying Sun (2017) après un premier EP éponyme. On a connu pas mal de remaniements de line-up mais il semblerait qu'on ait trouvé bien plus de stabilité actuellement.

 

On va faire un gros retour sur votre deuxième album justement. Blackbird... est sorti il y a un an maintenant. Quel bilan en tirez-vous ?

On a réalisé il n'y a pas longtemps qu'on en a écoulé entre 600 et 700, on n'en a plus beaucoup en stock pour finir la tournée donc on est très content de ça. Sinon, il a été accueilli plutôt chaleureusement, avec beaucoup de bonnes chroniques même si certaines ont été plus partagées. En même temps, c'est vrai que Blackbird tranche pas mal par rapport à l'album précédent et que certaines personnes ne nous attendaient pas forcément sur ce nouveau terrain. C'est ce qui nous a plu avec ce deuxième album : essayer de faire quelque chose qui surprendrait un peu et essayer de se renouveler. Nous en sommes très fiers et la page n'est pas encore tournée, nous avons encore des choses à dire dessus, des concerts à donner...

 

seeds of mary 1C'est sûr que Blackbird par rapport au précédent était quand même beaucoup plus ambitieux, sophistiqué, avec un spectre d'influences plus large. Comment l'avez-vous abordé en terme de composition ?

C'est Julien qui emmène les compos, les squelettes, les idées. Il fournit le matériel brut puis tout le groupe structure un peu tout ça avec ses propres idées, que ce soit les lignes de chant ou d'autres idées de guitare. On réarrange et on peaufine tout ça ensemble. C'était plus ambitieux effectivement. On avait pu voir avec notre premier album de quoi on était capable et on s'est rendu compte qu'on avait quand même pas mal de marge de manœuvre. En plus, les changements de line-up ont joué également. On a toujours fait nos choix à ce niveau pour porter le groupe à un échelon supérieur, s'affranchir de certaines limites, voire les dépasser. Je pense que ça se ressent pleinement en terme de compositions, d'arrangements ou même de live.

 

Quand on écoute votre premier album, Choose Your Lie, l'influence Alice In Chains est plus qu'évidente. Mais sur Blackbird, il faut reconnaître que cela n'a finalement plus grand-chose à voir, hormis le fait que le timbre de Jérémy rappelle un peu celui de Layne Staley et que l'ambiance globale de l'album est plutôt plombante et négative. Avez-vous essayé consciemment de vous détacher de tout ça ?

Alice In Chains est une vraie influence qu'on avait moins digéré sur Choose Your Lie et qu'on dilue beaucoup mieux aujourd'hui. Ça reste une excellente référence mais on n'a pas non plus la volonté ou la prétention de les copier et de les plagier non plus. Il y a des petits passages dans Blackbird qui sonnent un peu Alice In Chains même si on est conscient qu'il ne faut pas non plus trop tomber dedans. On ne va pas s'empêcher de mettre des composantes qu'on aime non plus, surtout si le résultat paraît naturel. Et puis, il vaut mieux ressembler à Alice In Chains qu'à Ariana Grande (rires) ! Mais c'est bien que tu nous dises qu'on sonne moins Alice In Chains, c'est révélateur qu'on est sur la bonne voie pour trouver la patte du groupe.

 

C'est certain. Il y a même eu à quelques reprises sur Blackbird où on trouvait pas mal l'influence de Marilyn Manson notamment...

C'est vrai. Manson en fait partie et c'est vrai qu'aujourd'hui, on a tendance à pas mal nous rapprocher de lui. Le timbre de voix de Jérémy peut effectivement varier entre celui de Staley que celui de Manson. Ce n'est pas une mauvaise chose, il vaut mieux l'assumer à fond tant le musical derrière nous en détache quand même pas mal au final.

 

Le production de Blackbird est très différente de celle de Choose Your Lie. Les guitares, notamment sont moins grasses. C'était conscient de votre part pour vous détacher du côté grunge 90's ?

Peut-être (hésitant)... La grosse différence entre l'avant Choose Your Lie et le après, c'est qu'on a vraiment développé un vrai travail à deux guitares, ce qui n'était pas le cas avant vu que c'était Julien qui avait tout enregistré lui-même. Deux sons et deux approches différentes doit bien avoir de l'impact sur la tonalité générale, d'autant plus la prise de son s'est opérée de manière plus moderne cette fois. Ceci dit, quand tu prends Alice In Chains justement, il y a eu de l'évolution sur ce plan-là : quand tu écoutes les premiers albums et les trois derniers après la mort de Layne Staley, les deux périodes ne rendent pas du tout pareil.

 

Là où la production m'a fait un peu tiqué, c'est que je n'ai pas ressenti beaucoup de relief. Compte tenu que vous rajoutez pas mal d'éléments plus atmosphériques, n'est-ce pas là un peu contradictoire ?

Ah oui, tu trouves ? Parce que ce manque de relief, on ne l'a pas spécialement ressenti. David (Thiers / ingénieur son live de Gorod notamment), le sixième homme, qui se charge du son, fait autant partie du groupe que nous. C'est notre oreille extérieure et on est très content de bosser avec lui. On aime le type de son qu'il fait. On savait à peu près où il allait aller avant même qu'il nous le propose. Et pendant tout le processus d'enregistrement, de mixage, de mastering, ça correspondait à ce qu'on attendait. Bien sûr, il y a bien eu des détails où l'on avait des attentes différentes : on en a parlé, fait des choix pour finir à l'arrivée avec quelque chose qui rendait le plus hommage à ces morceaux. Mais c'est vrai qu'il y a un côté froid et sombre dans ce son... Je ne vois pas trop comment le dire, c'est difficile à expliquer mais c'est assez plaqué. Peut-être que les prochaines compositions auront un son totalement différent...

 

Vous m'avez devancé en abordant David mais c'est vrai que vous bossez avec lui depuis Choose Your Lie. Vous ne voulez pas changer une équipe qui gagne ?

Pour l'instant, non. S'il y a une raison, on saisira probablement la perche mais ce n'est pas à l'ordre du jour actuellement... David est vraiment le sixième homme et c'est vraiment devenu une histoire humaine. Et c'est vraiment cet aspect « histoire humaine » que l'on construit avec Seeds Of Mary. David est vraiment quelqu'un qui fait partie de ça, avec qui on se marre et qu'on aime avoir dans le camion. C'est marrant parce que lui-même nous a dit que ce serait pas mal de faire notre troisième album avec quelqu'un d'autre... Même s'il aurait les boules de ne pas le faire (rires) ! Objectivement parlant, ça pourrait être intéressant, ne serait-ce que couper la poire en deux en confiant le mastering à quelqu'un d'autre mais c'est une question que nous n'avons pas encore abordé.

 

Vu que vous avez enregistré avec la même personne, il est clair que toutes ces différences de son viennent consciemment de quelque part, de lui comme de vous...

Ce ça qui est assez intéressant avec David, c'est qu'il a envie lui-même de changer son optique d'enregistrement, de mixage. On a tout le temps envie de faire autre chose, de ne jamais proposer deux fois le même album. Lui comme nous. Et la production fait entièrement partie du processus de création. Le peu qu'on a discuté avec lui à propos des prochains enregistrements, il voudrait qu'on essaie de nouvelles techniques de prise de son de guitare afin d'obtenir un son plus organique. Lui le premier a des idées de changements pour revisiter ce son que certains trouvent trop plat (sourire). De toute façon, on n'aura ni le temps, ni les moyens d'aller au studio Soundcity pour 100 000 euros par jour (rires) !

 

seeds of mary 2Pour terminer avec Blackbird, il est beaucoup moins frontal que Choose Your Lie qui était plus rock'n roll dans l'esprit, ce qui correspond bien à votre esprit live où vous gardez une image très décontrac' et déconneurs. A côté, Blackbird paraît vachement plus sérieux et plombant. Ça n'a pas été trop compliqué pour les interpréter sur les planches en conservant votre état d'esprit live ?

Pas tant que ça, ça s'est fait assez naturellement. Je pense qu'on avait tous très envie de les jouer en live. Au même titre que pour la composition, j'ai l'impression que le style scénique s'affine également. Et puis, là, on a l'équipe qu'on espère garder le plus longtemps possible et qui fonctionne vraiment bien. On apprend tous à vivre ensemble en live et ça se développe beaucoup ces derniers temps. Et puis, on peut très bien jouer de la musique mélancolique et être joyeux de la vie (rires) ! Après, on essaie d'être un maximum raccord avec ce que la musique dégage mais on reste des mecs assez déconneurs et on ne pourra jamais se l'enlever. Ce qui ne nous empêche pas pour autant de passer de la joie à la tristesse, du côté rock'n roll au côté très pesant, comme le montre l'album. On arrive à mettre pas mal en valeur la hargne et la rage sur scène. On a d'ailleurs entendu beaucoup de gens dire qu'il y avait un vrai contraste entre l'album et son rendu en live.

 

C'est très vrai. Lorsque je vous avez vu en live l'année dernière, même si vous ne jouiez pas dans les bonnes conditions, j'avais vraiment trouvé qu'il se dégageait vraiment autre chose en live, d'autant plus que vous l'aviez joué pratiquement dans son intégralité.

C'est ça qui est intéressant, que l'expérience ne soit pas la même. Sans présomption aucune, une de nos qualités est de parvenir à réadapter sans changer le morceau réellement mais en insufflant une nouvelle dynamique et émotion. Même dans les conditions optimales, il y a vraiment des morceaux qui ne sont pas vraiment les mêmes en live. Par exemple, « Dying Sun » a vraiment une deuxième dynamique en live. Sur album, c'est un morceau très sombre et mélancolique alors qu'il est vraiment rageux sur scène. C'est comme une sorte de dualité complémentaire.

 

On va maintenant parler de votre nouvel EP, The Sun Sessions. Ce sont des « chutes de studio » de Blackbird ?

Alors, je ne sais pas si on peut vraiment parler de « chute de studio ». En fait, il y a une compo et une reprise qu'on aurait aimé intégrer dans Blackbird mais qui auraient soit rendu l'album trop long, soit ne correspondaient pas au niveau des ambiances. Les morceaux n'étaient pas moins bons, c'est juste qu'on préférait faire quelque chose d'homogène avec douze morceaux (ce qui est déjà pas mal) tout en gardant ces deux autres titres sous le coude en se disant qu'il faudra bien en faire quelque chose dans un autre cadre. On avait également une autre idée de reprise et on s'est dit que quitte à ce qu'il y ait deux reprises, autant qu'il y ait également deux compos. La première était donc déjà faite tandis que la seconde, « This Is Where It Hurts », a été faite par la suite. Elle montre encore une autre facette du groupe et il y aura probablement dans le prochain album des choses qui iront dans ce sens-là. L'autre compo, « A Place To Disappear », part également sur quelque chose de différent, ce qui est intéressant car ça a été la première chanson qu'on avait composé pour Blackbird à la base.

 

J'ai jeté une oreille à « This Is Where It Hurts » que vous venez de mettre en ligne. Pour le coup, en terme de production, cela montre encore quelque chose de très différent, plus frontal et plus moderne qui m'a beaucoup fait penser à ce qu'on peut retrouver chez Bukowski. Sachant que vous avez joué avec eux par le passé et que vous allez remettre ça dans quelques jours, ça y a joué ?

Absolument pas ! On aime bien ce qu'ils font mais je ne pense pas que ça fasse partie de nos influences... Raph a beau en avoir été fan, de là à avoir envie de donner un côté prod' Fred Duquesne à Seeds Of Mary, non. Il faudrait demander à David ce qu'il en pense. Mais après, effectivement, la prod' est beaucoup plus rentre-dedans et directe. C'est peut-être vers ce type de son qu'on va aller plus tard.

 

J'avoue que j'aurais bien vu ce type de son pour Blackbird...

C'est une évolution constante pour tout le monde : David élabore son studio au fur-et-à-mesure, il expérimente d'autres techniques, d'autres types de matériel qu'il n'avait pas forcément au moment de Blackbird. Qui sait, peut-être qu'il achètera prochainement une nouvelle table de mixage à 200 000 euros (rires) !

 

Pour les deux reprises présentes sur l'EP, à quoi faut-il s'attendre ?

Il y a une reprise de Nine Inch Nails, « Wish », que l'on joue sur scène depuis un moment... Et l'autre qu'on est en train de rôder en live, c'est une reprise de Pink Floyd, « Hey You » dont lequel on est très fier. On trouve qu'on a réussi à bien se la réapproprier. On avait prévu de la sortir au moment de Blackbird, on a finalement bien fait d'avoir attendu car elle a été beaucoup réarrangée et elle sonne bien mieux aujourd'hui. La version de base n'était pas mauvaise mais elle aurait été sans doute plus anecdotique. S'attaquer à Pink Floyd, cela peut autant relever de l'exploit comme de la catastrophe. Rendre hommage à un tel groupe, tu as vite fait de te faire démonter par les puristes.

 

seeds of mary 3

 

Au niveau du futur, vous avez des choses dans les tiroirs ?

Oui, on a des idées qui vont être exploitées quand on aura plus de temps. On a même des morceaux quasi-complets mais on verra. On n'a pas envie de se fixer de deadline spécialement : on considère que Blackbird mérite encore d'être défendu. C'est aussi pour ça qu'on a sorti cet EP, on ne voulait pas vraiment tourner la page maintenant.

 

Je vais terminer avec deux questions un peu plus hors-sujet. Depuis Choose Your Lie, vous fonctionnez par financement participatif. De mon côté, je me souviens très bien des premiers cas qui s'étaient risqué à cette méthode, Klone notamment pour financer une tournée, et les avis étaient plutôt partagés. Étant donné que vous l'avez fait à deux reprises sur des années différentes, avez-vous perçu une évolution des mœurs à ce niveau ?

Ça s'est davantage démocratisé... Avec ce qui en découle de moins bien également. On en arrive à des groupes professionnels qui le font aussi. Après, on n'a jamais abusé et on a toujours été très clair sur la communication : c'est vraiment une précommande d'album. L'album coûtait dix euros, les gens payaient dix euros pour l'avoir, point barre, quitte à faire cadeau de plein de frais de port comme on l'a fait. On a mis ça en place pour payer certaines choses mais jamais ça n'a financé l'intégralité de l'enregistrement, mixage, mastering et pressage. En fait, on avait techniquement les moyens de le presser mais on voulait proposer un plus bel objet. C'est pour avoir un beau digipack et beau livret qu'on a demandé de l'aide aux gens en précommandant l'album. Et puis, ça peut paraître con mais c'est un bon outil pour prendre la température auprès des gens, pouvoir estimer un chiffre pour le pressage et tout. De même pour la promotion, c'est par ce biais qu'on partage les premières photos ou vidéos qui donnent un peu le ton sur l'album. En revanche, pour l'EP, on a tout produit nous-mêmes, on le sentait mieux comme ça. On ne sait pas encore ce qu'on fera avec notre prochain album, ni même si on continuera de bosser avec Klonosphere avec qui on avait sorti Blackbird.

 

Pour finir, je divague peut-être mais je vous verrais bien faire de l'acoustique. Peut-être pas non plus sur un album complet mais sur un EP ou quelques concerts...

C'est marrant que tu nous dises ça parce qu'à la base The Sun Sessions devait être divisé en deux : une partie électrique et une partie acoustique. La question n'est pas forcément à l'ordre du jour, d'autant plus qu'on a plus envie d'électrique actuellement. L'acoustique demande aussi un travail avec une autre dynamique pour lequel on n'a pas forcément le temps en ce moment, surtout qu'on tourne pas mal. Ceci dit ce n'est pas exclu qu'il y en ait par la suite mais on a quand même plus envie d'électrique en ce moment. En revanche, on a remarqué effectivement qu'il y avait Blackbird comprenait beaucoup de morceaux avec un gros potentiel acoustique si on les réadapte, plus que sur Choose Your Lie, comme Klone l'a fait sur son album. On a quand même donné des showcases, avec Klone et à Cultura notamment, ça rendait bien et ça mériterait qu'on y accorde du temps sauf qu'on ne l'a pas forcément actuellement.

 

Je vous laisse le mot de la fin...

Procurez vous The Sun Sessions, vous pouvez le trouver sur notre page Bandcamp ou voir nos prochaines dates de concert sur Facebook, il y en aura encore à venir !

 

 

 

L'interview audio complète :

 

 

 

Crédit photos : Erik Mesen (Facebook / Flickr)

photo de Margoth
le 06/12/2018

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