Cult of Luna + Julie Christmas - Mariner

Cult of Luna + Julie Christmas - "Mariner"
chronique Cult of Luna + Julie Christmas - Mariner

Bon, avant de commencer cette review, j’ai deux petites choses à vous dire :

 

  • On est plutôt bienveillant chez Core And Co, probablement trop… C’est pour cette raison qu’il nous arrive fréquemment, même quand un disque semble s’accorder à nos goûts spécifiques, de refuser d’écrire une seule ligne dessus pour éviter d’en dire trop de mal. Certains disques ne méritent effectivement pas forcément qu’on s’y penche de trop tant ils sont mauvais mais il est aussi fréquent que le groupe se retrouvant dans le collimateur ait fini par nous lasser, nous poussant à préférer laisser la plaque à un collègue qui se montrera peut-être plus bienveillant à l’écoute de cette dernière. Personnellement, je ne peux plus trop piffrer Cult Of Luna par exemple. J’ai beau connaître quasi par cœur leurs premiers disques et avoir pris deux ou trois taloches en concert pendant mes jeunes années, le groupe me saoule, m’ennuie et me donne envie de tout sauf de m’intéresser à leur discographie récente. Du coup, j’en parle pas… Ou plutôt, je n’en parlais pas jusqu’à aujourd’hui.

 

  • Julie Christmas me manque. Terriblement. J’ai en effet beaucoup de mal à me contenter des trois albums de Made Out Of Babies et, bien plus encore, des deux disques de Battle Of Mice (dont un split, trop court) qui ne m’ont pas lâché depuis leur sortie. Et ce n’est malheureusement pas son album solo en 2010, trop fade, ni ses récentes collaborations avec Spylacopa, plus qu’anecdotiques à mon goût (et que j’ai refusé de chroniquer pour les raisons évoquées plus haut), qui auront réussi à combler ce vide.

 

Ceci dit, et comme vous pouvez vous en douter, j’ai bien voulu me pencher sur cette collaboration entre ces deux monstres sus-cités afin de vous dire le plus objectivement possible ce qu’il en est. Et la première question qui vient (ou pas, vous avez déjà lu la note) est donc : est-ce que ces six titres vont enfin rendre à nouveau justice au talent de Julie pour nous coller des frissons à chaque refrain ? On peut aussi rajouter cette seconde question qui s’adressera donc plus aux fans de Cult Of Luna : La  musique de votre groupe préféré vous plaira-t-elle toujours autant si on remplace les beuglantes  bovines habituelle par la douce voix de cette même Julie ?... Oui, bon, vous l’avez compris, je me sens quand même sacrément moins concerné par cette seconde interrogation.

 

Le disque s’ouvre donc sur une longue intro faite de nappes harmonisées et d’arpèges lointains… On reconnait direct les velléités progressives voire post-rock des suédois. Puis ça pète, avec un hurlement guttural aussitôt rejoint par la voix de Julie… Et c’est totalement téléphoné. Du pur Cult of Luna avec un chant féminin. Rien d’incroyable.

 

La seconde piste délaisse enfin quasiment tout l’espace vocal à l’américaine pour une compo nettement plus bruyante et dynamique. Les riffs, sans être extraordinaires, se font nettement plus menaçants, les rythmiques plus syncopées, les guitares, plus stridentes, la basse, plus claquante. Julie Christmas, quant à elle, renoue avec la variété de son répertoire habituel, entre les chuchotements et les hurlements hystériques. On se sent subitement mieux sauf que… Un petit regard et on réalise qu’on n’en est à peine rendu à la moitié de la compo : il va encore falloir se manger une longue plage plus ambiante et spatiale, traversée par une guitare dégoulinante d’un flanger à la limite du bon goût et des synthés tout de même un peu cheap vu les aspirations cosmiques de l’album. Rien d'incroyable.

 

La troisième piste, déjà consommée en avant-première avant la sortie de la rondelle est justement celle qui m’aura initialement décidé à me pencher sur le disque. Et il se trouve aussi que c’est clairement la meilleure. Une ligne de chant introductive imparable de justesse et de mélancolie dessine le thème mélodique principal de la compo avant de nous expédier sur une explosion de riffs dramatiques as fuck rappelant ce que le groupe a pu faire de mieux (oui, oui, Isis et  Old Man Gloom aussi). Plutôt chouette. Les breaks qui aèrent le merdier réussissent à leur tour à nous faire rentrer dans l’ambiance planante que nos sept lascars semblent tenter d’instaurer depuis déjà plus de vingt minutes : les synthés et les nappes sont trippants à souhait et les lignes de chant de Julie Christmas semblent enfin revêtir tout l’intérêt qu’elles méritent. Rien d'incroyable mais là au moins, c'est sacrément cool... Pas trop tôt.

 

La piste suivante s’ouvre encore sur une très longue intro ambiante mais cette fois le rythme de croisière semble atteint : même si on reste dans le cadre d’un post-metal passablement chiant pendant lequel il ne se passe pas grand-chose, l’ampleur des mélodies et du son est suffisante pour gentiment fermer les yeux en attendant sagement les éventuelles évolutions futures…. Ces dernières se résumant ici à une simple progression linéaire sur le même motif menant la compo dans les terres habituelles du riff lent et plombant. Le chant est ici assuré en intégralité par les suédois et, comme pour nous rappeler que ce disque est avant tout un disque de Cult Of Luna, le titre ressemble finalement à beaucoup beaucoup BEAUCOUP d’autres trucs que ces derniers ont su nous pondre ces dix dernières années. Je précise aussi que la chanson dépasse les 12 minutes : on frise l’inutilité totale là quand même. Rien d'incroyable. 

 

On en arrive finalement à la dernière chanson du disque avec un retour de Julie aux affaires dès les premières secondes et autant dire que ce ne sera pas elle qui relèvera la barre de ce voyage cosmique qui tire donc tristement sur sa fin. Cette fois c’est un déluge de guitare en tapping qui fera office de couplet et un bon gros riff des familles, de refrain. Rien d’horrible mais on a encore la désagréable impression que les suédois se répètent, comptant peut-être sur l’apport d’un chant féminin pour donner l’illusion de la nouveauté et de la fraicheur. Il faudra tout de même attendre la neuvième minute pour avoir une vraie bonne explosion salvatrice faite de riffs cools, de variations harmoniques intéressantes et de lignes de chant plus inspirées. Une fin qui sauve les meubles même si le groupe joue une nouvelle fois  la carte du gros gros tirage en longueur portant la compo pas loin du quart d’heure à coup d’empilages sans fins de guitares, de synthés et de hurlements mixtes noyés dans la reverb… Pas que cela me déplaise foncièrement d’habitude mais il est tout de même facile d’imaginer ici que le groupe s’est juste dit « allez on finit l’album par un riff à deux accords qui monte pendant six minutes… Si on met assez de guitares, d’effets, de synthés et de chant, ça passera crème ». Ben non, ça passe pas crème. C’est chiant. Tout comme l’ensemble de ce disque qui, s’il est loin d’être foncièrement mauvais, se limite à être un disque de Cult Of Luna de plus avec ses longueurs et sa suffisance. Rien ici ne sent vraiment l’honnêteté ni la véritable envie de proposer quelque chose de véritablement inspiré (et donc inspirant)… Et le simple fait d’entendre la voix de Made Out Of Babies jouer le rôle du faire valoir dans ce mic-mac me colle d’autant plus les glandes.

 

De ce supposé voyage interstellaire qui nous aura finalement plus donné l'impression de subir un vol New York /  Umeå en classe économique, on ne retiendra donc qu'un seul titre et une furieuse envie de supplier Julie Christmas de refaire de la musique avec ses ovaires. S’il te plait ! S’il te plait ! S’il te plait !

photo de Swarm
le 12/04/2016

6 COMMENTAIRES

Tookie

Tookie le 12/04/2016 à 11:25:50

Peut-être l'attente était-elle trop grande, peut-être sommes-nous devenus de gros blasés de gens talentueux ? Peut-être se sont-ils tout simplement laissés aller à la facilité comme tu le dis...en se disant que ça "passerait crème".

J'sais pas. En tout cas, comme toi, je suis très déçu. Parce que Julie Christmas est une chanteuse au dessus du lot, que Cult of Luna est un groupe qui l'est encore pour moi...et qu'au final on a l'impression qu'ils ont bricolé chacun de leur côté sans vraiment penser faire qqch de profond comme ils en sont capables, comme s'il fallait "niveler par le bas" afin de trouver un seuil commun...qu'ils savent trouver si haut habituellement. (Vous m'suiviez ?)

Pourtant, "The Wreck of S.S. Needle" est sans doute ma chanson de l'année. J'me demande même si je ne vais pas acheter l'album juste pour CE morceau. Ouais. carrément, parce que c'est le seul moment durant lequel il se passe quelque chose, ils ne mettent pas de plombes à tourner autour du pot et durant lequel il y a vraiment une ambiance et mon léger duvet qui s'hérisse.

Bref, un morceau époustouflant et frustrant, parce qu'il montre que l'idée avait un potentiel énorme...
...mais non.

swarm

swarm le 12/04/2016 à 12:12:42

Mmmmmh... Pas grand chose à branler de nos attentes ou de notre supposé blasitude. L'album est boring as fuck et on a de toute manière une tripotée de trucs bien plus cool à s'envoyer à la place de ce machin (exception faite de la troisième piste oui). Qu'ils soient satisfaits de ce qu'ils ont pondu ou qu'ils aient de bonnes raisons d'être passés à coté du potentiel du projet m'importe peu au final. C'est le résultat qui compte et le résultat, ben, c'est des bâillements.

dayedayedaye

dayedayedaye le 12/04/2016 à 17:01:16

Hello ! Merci pour la chronique !
Alors moi j'etais en pause de Cult of luna depuis un petit moment , et je me suis mis celui la avec quelques aprioris .
Finlement je dois en etre a ma 4eme écoute en boucle et plus tout a l'heure en allant a la salle avec le casque lol .
Album magnifique et puissant pour ma part et la voix de Julie est fantastique .
Superbe !

pidji

pidji le 19/04/2016 à 15:52:23

grosse grosse déception pour ma part... Julie... Snif...

Tookie

Tookie le 27/09/2016 à 16:12:05

J'vais en remettre une couche parce que le temps et les écoutes bonifient cet album. Je redécouvre Chevron un peu mieux à chaque fois, The Wreck of S.S. Needle est tjrs un titre bandant et "A greater call" n'est pas si mal.
Les deux derniers morceaux se digèrent peut-être un peu moins bien, mais c'est pas si mal...

pidji

pidji le 27/09/2016 à 19:07:25

tu es trop gentil ^^ et de mon côté peut être pas assez indulgent !

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