Loudblast - Manifesto

Chronique CD album (42:10)

chronique Loudblast - Manifesto

Previously on Loudblast saga. Six années séparent ces 2 albums. « Burial ground » représentait l’un des opus les plus expérimentaux, les plus progressifs, et les plus audacieux de toute la carrière de Loudblast. Entre ce chef d’œuvre et « Manifesto », qui clôt une année 2020 des plus sombres à bien des égards, les fers de lance du death metal hexagonal ont fait feu de tout bois. Outre les tournées promotionnelles de l’album, Loudblast a fêté ses 30 ans en grandes pompes à l’Aéronef de Lille, sorti « III Decades live ceremony », tourné avec Death DTA et Abysmal Dawn, tandis que Stéphane Buriez, son leader charismatique, participait à ses autres projets : avec les potes du Bal des Enragés, au sein des Tambours du Bronx, entre autres. Hervé Coquerel, le batteur historique, a sorti un nouvel album avec Black Bomb A, et Stéphane Buriez, encore lui, a sorti un album de Sinsaenum, dans les rangs duquel on compte notamment Frédéric Leclercq (ex-Dragonforce et actuel bassiste de Kreator) et Joey Jordison (ex batteur de Slipknot). Alexandre Lenormand et Drakhian, respectivement bassiste et guitariste, qui ont laissé leur empreinte sur « Burial ground », ont depuis été remplacés par Frédéric Leclercq (encore lui) à la basse et Jérôme Point Canovas (ex No Return) à la guitare, il était alors temps de retourner en studio. Et puis survient la pandémie de coronavirus qui frappe la Terre entière et par ricochet, le monde de la musique. Ça va ? Tout le monde a suivi ?

 

Un mot d’abord sur les parties de batterie de « Manifesto ». Juste avant de commencer les enregistrements, Coquerel se blesse. Qu’à cela ne tienne. Le groupe engage Kevin Foley, dont le nom est associé à des groupes comme Benighted, Lofofora, Abbath ou encore Decapitated. Celui-ci travaille en étroite osmose avec Coquerel pour restituer et respecter le jeu du batteur de Loudblast. Le fruit de cette collaboration s’avère bluffante, puisqu’au final, c’est bel et bien l’esprit de Coquerel qui habite les lignes de batterie et leur exécution. Un mot aussi sur l’artwork de toute beauté, signé Eliran Kantor, déjà l’auteur de celui de « III Decades… » : véritable tableau de la Renaissance, il représente des personnages (dont un Moloch déjà présent sur la pochette du précédent album) réunis autour d’un livre titré « Manifesto ». Le contenu de celui-ci, au lieu de les irradier de son savoir, s’échappe des pages et les plonge dans les ténèbres.

 

Il nous reste à parler de l’essentiel : le contenu du présent album. Dès son entame, on en comprend son intention. Loudblast revient à ses fondamentaux, avec une musique plus brute que celle de « Burial ground », plus directe, plus sauvage. Aucune introduction en matière, « Todestrieb » saisit d’emblée l’auditeur, sans sommation, le prend à la gorge, le jette au sol et lui déchausse les molaires par demi-douzaines. La rage explose sans retenue, mais sans se départir d’un sens subtil de la mélodie, une des marques de fabrique de Loudblast. Buriez déploie son sens du riffage, tandis que Leclercq nous gratifie d’un solo de basse des plus nerveux et Point Canovas annonce la couleur pour les soli : technique, nerveux, sans concession. Une fois happé, l’auditeur ne connaît aucun temps mort. Les titres, relativement courts, s’enchaînent sans le laisser respirer ni ramasser ses dents. Ça joue vite, ça cogne dur, et ça surprend avec des breaks en embuscade. Celui de « Relentless horror » s’avère trop court, frustrant, donc fabuleux, puisque son groove insensé donne envie aussitôt de réécouter le titre. On notera au passage, et ce, sur tout le reste de l’album, le soin apporté aux lignes de chants, toutes signées Buriez, avec l’appui de Hélène Le Deist. Le patron explore le large registre de l’agressivité, se montrant même malsain sur certains passages. Il faut attendre la seconde moitié de l’album, après le single « The Promethean fire » et son riff principal entêtant, pour jouir d’un brin de calme tout relatif.

 

Insidieusement, sans changer littéralement d’atmosphère pour autant, l’album glisse vers quelque chose de plus cérébral, tout en restant viscéral. Les polyphonies des lignes de chant sur « Preaching spiritual infirmity » relèvent de la schizophrénie de bon aloi. A partir de « Invoking to justify », et son intro rampante, on comprend alors que « Manifesto » réunit le meilleur de Loudblast, alliant fureur, technicité, des albums mythiques du groupe, et la lourdeur crépusculaire de « Burial ground ». Ces différentes ambiances se mêlent au sein d’un même morceau, témoin l’alternance des différentes ambiances sur « Invoking to justify » par exemple.

Avec cet album qui figure sans conteste parmi les meilleurs du genre sortis en 2020, Loudblast confirme sa place de leader. Sans se renier, il adapte son son à son époque (une écoute au casque vous fera apprécier le soin apporté aux arrangements et à la production parfaite), ne renie pas son identité, puise dans son propre héritage, pour mieux se renouveler sans se perdre. A la fois furieux, technique, mélodique, malsain (mentions spéciales pour le break angoissant de « Festering pyre » et les lignes de chant de « Into the greatest of unknowns » dignes d’un sabir maléfique proféré par le personnage de Linda Blair dans « L’Exorciste »), il ravira tous les fans, ceux de la 1e heure comme ceux de leurs expérimentations sur « Burial ground ». Un album fédérateur, un album somme, un album manifeste. Ça tombe bien, il s’appelle « Manifesto ».

photo de Moland Fengkov
le 26/11/2020

7 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 26/11/2020 à 12:16:23

D'indéniables qualités mais j'ai eu du mal à rentrer dedans. Donc, il ne tourne pas souvent, perso. Je vais me le refaire.

Moland Fengkov

Moland Fengkov le 26/11/2020 à 13:57:01

En général, c'est bon signe quand un album ne se livre pas d'emblée. 

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 26/11/2020 à 16:51:38

Pour moi, c'est plutôt le contraire. ^^

fingal le calédonien

fingal le calédonien le 27/11/2020 à 12:19:44

Merci pour cette chronique qui m'a donnée l'envie d'écouter cet opus.
Très emballé : effectivement, c'est vif, sans concession, ça tabasse direct. Bien bien accroché .

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 07/12/2020 à 20:04:18

Wè, il beute.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 05/03/2021 à 17:16:16

Veugra même !

Moland

Moland le 07/03/2021 à 21:43:55

T'as changé d'avis sur l'album, Crom ? 

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