Ministry - Mind is a terrible thing to taste

Chronique CD album (50:20)

chronique Ministry - Mind is a terrible thing to taste

 

Pour comprendre la démarche empruntée par cette chronique, référez-vous au chapitre I.

 

Très justement intercalé entre l’obtus Land of Rape and Honey et l’ultime Psalm 69, cet opus qui sort le 14 novembre 1989, apparaît avec le temps comme un album de compromis définitif avant le virage Metal-Indus à la Ministry qui fera le beau jour des chicagoans. On laisse de côté les synthés (caution mélodique) et les programmations EBM que l’on remplacera par des guitares acérées et une batterie survoltée après l’introductif et fondamental « Thieves ». Cet album est en bonne place de numéro 2 dans la diabolique trilogie entamée en 1988 et clôturée de main de maître,  quatre ans plus tard.

 

Attardons-nous sur « Thieves », une des compositions les plus fameuses du groupe, ne serait-ce que parce que pour le coup, c’est une vraie composition collective. 5 minutes d’indus malsain, torturé, noir pétrole. Un des derniers coups de boutoir électronique, mis en forme par Jourgensen (forcément), Barker, le fidèle Bill Rieflin et Kevin « Ogre » Olgivie, mister Skinny Puppy himself. Un titre qui s’appuie sur un sample redoutable d’une diatribe du sergent Hartman de Full Metal Jacket (en fin de morceau). Un titre qui repose sur la répétition, machines quasi en roue libre, nues, jetées sur la table de mixage sans autre forme de procès. Typiquement le genre de titre où l’on essaye, on fait tourner et on verra bien ce que cela donne. À l’époque, Public Enemy ne fait pas autre chose, et les gourous de Détroit qui vont nous abreuver de téqueno pour les 20 années à venir sont dans le même trip. Le plus, l’apport malin des sons bruts mêlés aux voix samplées ou friturées. Et l’on a ainsi toute la trame de l’album.

Récurrence et simplicité sont les maîtres mots de l’album, le tout poussé à l’extrême (la longueur des titres) et à l’efficacité. « Burning inside » en est le plus probant résultat, quand le riff ultime qui vous obsède… Toute la vie, après l’avoir entendu. Un des meilleurs titres de tous les temps pour vos discothèques itunées. Le plus intéressant reste à venir tant l’auditeur a l’impression que les gaillards mettent les 50 minutes à l’épreuve pour construire l’édifice entièrement voué à la répétition, à l’obsession. C’est le coup de force de ce disque, le poids des ans ne faisant qu’enfoncer notre conviction écoute après écoute. Ce disque est déjà ( ?) définitif dans son genre.

 

Le tour de vis nécessaire est apporté par le monumental « So What », les bougres en rigolent encore, pas  à pas vous avancez dans les boues industrielles, inexorablement emportés vers l’avant, traversant des coulées de bitume, vous écorchant aux barbelés, baignés dans cette odeur de rouille et de gaz. Le titre dure 8 minutes et probablement bien plus longtemps dans votre inconscient. Dans la foulée, « Test » apparaît subitement comme le morceau le plus accrocheur, un rap-indus, on ne vous l’avait pas encore faite celle-là. Tout est relatif mais pour le coup, ce titre est le plus direct et le plus lumineux aussi. Le MC qui opère, s’appelle The Grand Wizard (K. Lite),  tout est dans tout.

La surprise dans cette thématique monomaniaque vient de « Faith Collapsing », du Ministry à l’ancienne, les pointilleux auraient sans doute placés ce titre dans le pays du Miel et du viol ! Les samples proviennent des dialogues du film 1984 de Michaël Radford. « Dream song » clôture l’album sur une note plus apaisée. Une fille nous interroge sur nos rêves, s’ils peuvent devenir réels,  si nous croyons aux anges et la réponse est cinglante, NO. Le morceau s’émancipe des préceptes de l’album qui véhicule, rage, révolte et virulence. Une touche plus philosophique pour finir en somme.

 

23 ans après sa sortie, l’album est LE modèle du genre. Souvent copié et finalement rarement égalé, puisque c’est le genre d’album vers lequel on revient toujours comme un Paranoïd,  ou un Pornography.  Le genre de plaque ultime qui a apporté du corps, du relief.

Les thèmes abordés sont autant de réminiscences de l’esprit déjà attaqué de Jourgensen, l’héroïne bien sûr pour « Burning Inside » - en guise de titre fétiche, de single pour l’album (sic). La corruption dans « Thieves » ou l’on se désole de voir les politiques affalés dans leurs certitudes. L’intransigeance des décideurs culturels, les chantres du prêt-à-penser « So What »,  l’environnement malmené « Breathe » ou encore la folie « Cannibal song ».

 

Au duo Jourgensen/Barker, on retrouve les participations de Ogre sur « Thieves » et « Breathe », Chris Connelly sur 7 titres en voix ou en guitare, et un rappeur K.Lite du groupe Crunch O Matic (3 albums entre 90 et 91) pour un album de gueulantes vachardes, d’ironie froide, de riffs tranchants et de batterie martiale.

 

Un must.

photo de Eric D-Toorop
le 29/07/2012

3 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 29/07/2012 à 16:03:09

Découvert à 15 piges avec cet album l'année de sa sortie !! La claque avec QUE des classiques !

cglaume

cglaume le 29/03/2013 à 12:57:30

D'accord avec la plupart de ce que tu écris: un album qui se vit comme un trip répétitif, et souvent incisif. Par contre j'ai du mal avec ce decrescendo qui va des tubes metal-indus du début (AARGHH !) jusqu'aux 3 (mauvais ? disons qui ne me parlent pas trop...) derniers titres - "Test" que je n'apprécie vraiment que très modérément (ce qui passe en 2e division, sur le "Born Dead" de Body Count, tâche sur un album légendaire), et ces 2 derniers morceaux d'indus urbano-ambiant...

8.5/10

FWF

FWF le 03/07/2013 à 15:16:59

Premier album de Ministry que j'ai écouté. A ce moment là c'était tout nouveau pour moi ce style, j'ai pris une monstrueuse baffe, et encore aujourd'hui, si Burning Inside est répétitif, je le passe en boucle. Jusqu'au-bout-iste ?

11/10

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