Ministry - Dark Side of the Spoon

Ministry - "Dark Side of the Spoon"
Ministry - Dark Side of the Spoon (chronique)

Pour comprendre la démarche empruntée pour cette chronique, référez-vous au Chapitre I.

 

Toujours aussi rigolard, le père Jourgensen lorsqu’il se met en route, avec son toujours  - bien qu’un peu moins – fidèle complice Paul Barker, pour donner une suite au bien nommé Filth Pig. Sans le savoir, ils écrivent probablement leur dernier vrai grand album.  Même si la postérité ne lui fait pas de cadeau comme pour Psalm et Filth Pig justement, le niveau abordé ici atteint encore des sommets. Nous sommes dans le dur, dans le cœur et dans le cerveau malade du Prédicateur en chef.

 

D’abord, ce jeu de mots bien con qui fait référence au  Pink Floyd de 1973 et au dos de la cuillère avant injection. Du Floyd, on retiendra le relâchement dans les titres, leurs constructions et le tout qu’ils forment. De la cuillère, on retiendra, tout le reste. Sans doute, qu’il est sur le point de crever le patron pour mettre en branle cette tentative soutenue de destruction de son jouet.  Presque 20 ans que ça dure, il a décidé d’en mettre un point final. Pour le coup, l’album se veut plutôt festif à défaut d’être désespéré.  L’industrie du disque, du cédé a encore une allure soutenue, Warner (exit Sire) a confiance pour proposer à la vente dans les commerces de grandes distributions, une pochette aussi expectorante. Une pochette où nudité rime avec punition ou cette même punition vise la différence. Le bonnet d’âne estampillé – Cancre- visé sur la difformité qui copie « qu’elle deviendra Dieu »… c’est du costaud dans le fond de la cuillère. Et un peu fort de café, pour  le coup. On imagine le rire retentissant de Jourgensen  pendant l’éclairage blafard de la scène.  En format poster punaisé, la saveur est décuplée.

 

Derrière cette cover suicidaire, se cache un des albums les plus aboutis des chicagoans. Encore une fois l’écriture malsaine se mêle aux terreurs nocturnes et le trop-plein de vessie se déverse dans un chaos organisé, brutal et malade. La science du prêcheur aux services de ses tourments qui se bousculent.  La saleté se dispute avec les moisissures, la gangrène se terre dans les corps concaves, ça suinte de partout. Nous ne sommes plus que résidus d’humanité, tout tournés vers une agonie qui ne viendra jamais.  Musique de drogués au summum de son incarnation.

 

Les titres sont lancinants, puisant dans le répertoire ancien (les synthés, les boîtes à rythmes) d’un EBM titubant et dans une overdose de Fuzz. Bande-son de l’Apocalypse, à nouveau.  « Kaïf » est un modèle du genre. De cet amas de foutre, de sang, de merde et de rouille, « Bad Blood » arrivera à se hisser dans le juke-box de Matrix, à bonne distance du « Wake Up » de Rage Against The Machine. Al en rigole encore en palpant les royalties. Il faut bien dire que cet album est l’antithèse d’un grand spectacle à pop-corn du dimanche soir.

 

Les parties de guitares de Marz (le croate est mieux connu comme étant un des rappeurs d’Insane Clown Posse) versent dans une noise-metal incandescente sur l’ensemble de l’œuvre en particulier « Supermanic Soul », « Kaïf » et « Vex and Siolence », elles sont soutenues rythmiquement par le fidèle Louis Svitek pendant que Rey Washam vaudouïse sa batterie.  On n’oublie pas que l’on a affaire  à une bande de forcenés. « Supermanic Soul » ouvre les hostilités sur les fondements de Psalm, chouette se disent les fans… le pire reste à venir. Batterie, 1 temps, tempo maboul, voix gorgé de sang et de barbelés, prometteur. « Whip and Chains » change la donne,  du rythme martial et familier, nous sommes plongés dans une descente en mode maniaque. Al s’égosille sur ces sons cramés, le souffle haletant, injection. Respiration et retour au bon sens commun sur le cinglant « Bad Blood » expéditif et trop poli pour être honnête.  Tout commence à partir du quatrième titre.

 

« Eureka Pile » verse dans le « Cannibal song » même réminiscence du dub froid, même lancinante progression.  Probablement un des meilleurs titres pour Ministry, toutes périodes confondus. Et c’est bien la basse de Barker qui donne le sel nécessaire.  Cette brillante introduction conduit l’auditeur vers l’abîme que forment  les cinq salves ultimes de la plaque. Cinq déclinaisons ou un banjo poussiéreux va côtoyer  Charlie Mingus les temps d’un sample de saxophone « 10/10 ». C’est le plus dans ce disque fiévreux, Al ne parvient pas à refreiner sa jazz addiction. En fait, il ne freine rien du tout. « Step » et « Nursing Home » sont des démonstrations de jusqu’au boutisme dans le genre. Vous en reprendrez bien un peu, puisque vous êtes sur le point de vomir ! Et dire qu’ils se payent une des choristes de Céline Dion pour assurer des backing…

 

L’album se clôture au bout de 57 minutes et 69 morceaux dont 59 plages de blanc qui oscillent entre 3 minutes et 4 secondes avant qu’une fille chantonne à capella par téléphone les paroles de l’œuvre (« Linda summertime »).

13 ans plus tard, cette plaque garde toute sa verve et nourrie encore le jus stagnant du genre. S’il ne bénéficie pas de la renommée de l’ultime Psalm par exemple, il faut reconsidérer cette plaque comme un chapitre majeur pour le combo. Ni désespéré, ni festif…

photo de Eric D-Toorop
le 19/08/2012

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CD album CD album (57:00)

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Tracklist

1. Supermanic Soul
2. Whip and Chains
3. Bad Blood
4. Eureka Pile
5. Step
6. Nursing Home
7. Kaïf
8. Vex and Siolence
9. 10/10

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