Scarred - Scarred

Chronique CD album (55:54)

chronique Scarred - Scarred

On gagne des sommes folles en écrivant pour CoreandCo. Le robinet à flouze coulant à flots (c'est que ça rapporte toutes ces pubs pour des BM, des placements défiscalisés et des crèmes dépilatoires: Pidji, ze boss of the Core, palpe un max), Tookie a décidé d’investir dans la pierre. Sauf qu’avec la crise économico-sanitaire, les primes de fin de mois ont fondu comme banquise au soleil. Du coup, au lieu de passer par un cabinet d’architectes pour finaliser les plans de sa piscine et de sa salle de muscu avec vue sur les corons et les palmiers en contrebas, il a dû remonter ses manches pour couler lui-même le béton et tirer les câbles. Ce qui a empiété sur son temps d’écriture, et a conséquemment réduit d’autant son salaire, le poussant à en faire toujours plus par lui-même. C’est du fait de cette spirale infernale que, malgré le plaisir pris à l’écoute de Gaia Medea, le précédent album de Scarred sorti en 2013, il n’a pas pu se libérer pour vous parler du petit nouveau. Vous verriez son ordi aujourd'hui: couvert de poussière de plâtre et de copeaux de bois, il affiche plus souvent des écrans bleus que les papiers passionnés du chroniqueur enthousiaste!

 

En substance, voilà ce que notre chroniqueur-maçon disait de l’avant-dernière production des Luxembourgeois: leur Metal extrême est multifacette et vachement bien foutu, finaud et joufflu, que même que ça allait être drôlement coton pour faire mieux la fois prochaine. Et c’est pourtant pas loin de ce qu’ont réussi les loustics sur ce troisième album dont ils sont tellement fiers qu’ils lui ont attribué leur nom à eux, un peu comme Georges Bush père avec Junior.

 

Arrivé à ce stade de l'article, la checklist du chroniqueur affiche « Causer des changements logistico-humains qui peuvent expliquer l’évolution du groupe vers de nouveaux horizons ». Bien que, vu depuis ma fenêtre, l’horizon soit toujours aussi éloigné et plat (« en apparence », ne me faites pas passer pour un de ces ridicules flatearthers) et la musique du groupe toujours aussi diverse et excellente, exécutons-nous. Si le Luxembourg n’a toujours été annexé ni par l’Allemagne ni pas les îles Caïmans, côté line-up par contre, ça a pas mal bougé chez Scarred. Ainsi Bertrand est-il passé à la basse, laissant la guitare à Vincent Wilquin, éminent membre de Fractal Universe. De son côté le micro a quant à lui été se réfugier dans les mains de Yann Dalscheid, éminent… fils de ses parents – si mes fiches sont correctes. L’étendue du registre de ce dernier et les quelques réajustements de cordes aidant, le groupe s’est autorisé à verser dans sa musique – toujours méchante comme un rhino interrompu en plein coït – un supplément de mélodies et d’atmosphères, parce qu’avec l’âge on aime aussi les coins de cheminées à feu crépitant et le chant des oiseaux, le matin, lors des week-ends à la campagne.

 

Mais on vous balance du « multifacette » et du « divers » comme si ça allait de soi, et vous ne savez toujours pas si Scarred c’est du lard ou du Metalcore. Eh bien figurez-vous qu’au long de la petite heure que dure l’album on croise souvent Machine Head, Darkane et Gojira, mais également Sybreed (« Petrichor » donne envie de danser), Trepalium (cf. « Dance of the Giants », qui prend la suite de « Cinder » sur l’album précédent), Textures (époque Dualism – cf. la sublime fin de « Mirage »), ainsi que tout un tas de groupes comme Klone, Scarve ou Soilwork. C’est bien simple, on se croirait à nouveau plongé dans les années les plus fastes (attention: propos hautement subjectif à bâbord) de Listenable Records et de la Klonosphere. Du Death « modern », du Prog Meshugguien, du Melodeath 2.0, du Groove Metal – auxquels s’ajoutent encore quelques accès blackisant, du Rock ainsi que du clavier et de beaux instrumentaux: Scarred est un rêve de métalleux resté perdu aux abords du changement de millénaire.

 

Sauf que ni prod typée, ni trémolos nostalgiques, ni rabâchage tiédasse en vue. Alors, oui, ok, certes: ici et là on ressent une certaine impression de déjà entendu. Mais tout cela est tellement énergique, tellement changeant et tellement inspiré qu’on n’a vraiment pas le temps de bougonner. On se contente de kiffer, sur l’excellent « Mirage » (dont le défaut principal est d’être accompagné d’un clip abusant des plans filmés à dos de drone), sur le rond et entraînant « Merry-Go-Round », sur l’osé et chamanico-gojirien « A.H.A.I.A », ou encore sur un « Dance of The Giants » qui commence au pays des bûcherons groovy pour finir abandonné en suspension, à capter les rayons du soleil sous la surface d’un lac aux eaux glacées.

 

« … Je serais à la place de Scarred, j'aurais bien les boules en ce moment: il faudra faire au moins aussi bien pour le prochain » qu’il écrivait, le Tookie. Sur Scarred, les boules en question ont servi à faire carreaux sur carreaux, et à remporter haut la main le Championnat inter-Duché de Pétanque. Le pari n’était pas facile, mais la formation l’a remporté. Décidément, il n’y a pas que dans les banques que le Luxembourg cache ses plus grandes richesses!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: vous versez à parts égales du Machine Head, du Darkane et du Gojira dans un blender. Vous ajoutez un peu de Sybreed, de Trepalium et de Textures pour multiplier les saveurs (… et puis des glaçons aussi). Vous confiez le shaker à un barman expérimenté et talentueux – comme le Tom Cruise de Cocktail, mais version luxembourgeoise. Vous accompagnez de talent, d’inspiration et d’olives… Et vous n’avez plus qu’à déguster Scarred, sans modération pour une fois!

photo de Cglaume
le 12/02/2021

3 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 12/02/2021 à 09:32:58

Belle chronique que j'attendais avec impatience. Je n'ai pas encore eu l'occasion de me pencher sur l'album mais Scarred mériterait bien plus de visibilité.

dayedayedaye

dayedayedaye le 12/02/2021 à 12:11:25

Merci pour la chronique 😉 , ca a attisé ma curiosité ! Du coup j'écoute ... ahah 😄

Tookie

Tookie le 17/02/2021 à 13:01:52

La spatule et les pinceaux rangés, je peux enfin partager mon sentiment sur Scarred. Mon "putain c'est toujours aussi bien !" synthétise ma pensée et finalement la tienne : on retrouve avec nostalgie les débuts d'une scène que Klonosphère portait dans son carquois il y a quelques années. Voilà qui donne une impression de déjà-entendu, mais celle-ci est plaisante.
Scarred n'a pas les faveurs de la popularité qu'il mérite. (Cette réflexion vaut pour 90

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