Dirty Shirt - Interview du 22/03/2022

Dirty Shirt (interview)
 

Salut Mihai, comment ça va ?

Ça va. Impatient de reprendre les concerts !

Et impatient que l’album sorte je suppose, à 10 jours de la date fatidique ?

Oui. Mais en même temps cette fois c’est un peu spécial, parce qu’on a déjà révélé pas mal de morceaux. En 2020 c’était « Geamparalele » qu’on dévoilait. En 2021 « Pretty Faces » et « New Boy in Town ». Avec les deux « Cand s-o-mpartit norocu » sortis il y a quelques semaines on en est rendu à cinq morceaux déjà. Sans compter que vendredi (25 avril) ce sera le tour de « Dope-A-Min ». Il ne restera donc que trois inédits. Ce qui diminue d’autant l’impatience habituellement ressentie en telle occasion… Bref c’est plus cool de ce point de vue !

Et puis c’est vrai que l’on est suffisamment proche de la date de sortie pour que les premières chroniques soient déjà disponibles…

En effet il y en a déjà eu quelques-unes, et elles sont très bonnes !

 

Je te propose de commencer cette interview par une série de questions axées sur les gens qui gravitent autour de Dirty Shirt, qu'ils soient membres du groupe ou non : cela permettra de démarrer notre entretien avec une « approche thématique » qui en vaut bien une autre (rire). Première de celles-ci : j’ai vu que vous cherchez activement un batteur pour assurez les shows de cet été… Vlad a des soucis ? Ne me dis pas qu’il va partir ?

Non, pas d’inquiétude : c’est juste qu’il n’a pas suffisamment de congés pour faire toutes les dates qu’on a décrochées cette année. Il y a donc certains festivals auxquels il ne pourra pas participer. On a donc besoin d’un musicien de tournée pour une dizaine de dates.

Dans l'annonce que vous avez publiée, je ne me rappelle pas avoir vu mentionnée la date du Hellfest : il sera donc là en juin ?

Oui, il ne manquera pas le Hellfest. Même si ça doit lui bouffer une semaine de congés pour y aller, en profiter, puis revenir : ça ne se loupe pas ça (rire) !

Vous avez trouvé la perle rare qui pourra assurer l'intérim ?

Pas encore : officiellement les candidatures peuvent être posées jusqu’au 10 avril… Mais c’est vrai que pour l’instant on a déjà de très bonnes candidatures. On a été surpris d’ailleurs de voir à quel point il y a plein de gens qui ont envie de jouer avec nous. Surtout que parmi eux il y a des musiciens de très bon niveau – dont certains qu’on connait bien mais dont on n’imaginait pas qu’ils se porteraient candidats. Du coup ça va être difficile de choisir !

C’est le genre d’embarras qu’on aime avoir… Même si ça va sans doute être compliqué de devoir dire Non à certains…

Exactement. Sur la dizaine de candidatures déjà reçues, il y en a 3-4 qui sont vraiment au top techniquement. Donc ça va se jouer au niveau du feeling…

 

Passons de la batterie au micro pour évoquer vos choristes. Auparavant il n’y avait que Miruna et Alexandra pour épauler Rini et Robi. Mais depuis le clip de « Geamparalele » on a vu arriver Tea. Et elle est devenue omniprésente depuis !

Oui, elle nous a rejoints à l’époque de « Geamparalele ». En fait on l’a connue à un concert à Cluj-Napoca (le 15/02/2020) – parce que ça arrive qu’on invite des gens à monter sur scène pour chanter avec nous… Et en l’occurrence dans ce cadre elle s'est souvent retrouvée à chanter avec nous (rire). Elle est plus ou moins devenue une « habituée ». C’est à cette occasion qu’on s’est rendu compte qu’elle avait participé à pas mal de concours de type « Star Academy » en Roumanie. Alors pendant la pandémie, quand on s’est décidé à faire notre version de « Geamparalele », vu qu'on avait besoin d’une voix capable de monter plus haut dans les aigus que ce que pouvait faire Rini et les filles, on lui a demandé si elle serait intéressée, parce qu’en l’occurrence elle peut monter très très haut ! C’est de là qu’a démarré notre collaboration… Et aujourd’hui nos « petits oiseaux » sont donc au nombre de trois !

Par contre ça ne va pas arranger vos problèmes de logistique en tournée ! Vous étiez déjà sacrément nombreux… Il va vous falloir deux tour bus dorénavant (rire)

En fait il y a trois configurations de Dirty Shirt live : la version « standard », avec uniquement les 8 musiciens, la version « intermédiaire » à 13-14, avec quelques musiciens tradi’ en plus et 2-3 choristes, et puis la version « maxi », avec plus de 20 musiciens sur scène. On s'adapte en fonction des événements, des conditions techniques et logistiques.

Et l’avantage, c’est que si l’une des filles ne peut pas venir pour une raison quelconque, vous aurez à présent des « backups »

Exactement ! Parce qu’il faut qu’elles soient au minimum deux. Mais avec trois, évidemment, c’est encore mieux. D’autant que – tu as dû le remarquer – sur le nouvel album on en a profité : il y a beaucoup plus de chœurs qu’auparavant. Les lignes de voix sont beaucoup plus complexes à présent. On est toujours sur 2 – 3 lignes de chant en parallèle. Tout le temps.

Du coup Rini se fait grignoter de plus en plus son espace vital. C’est en tous cas la réflexion que je me faisais en écoutant « Geamparalele », sur lequel il aurait sans doute pu être mis plus en avant…

C’est vrai pour ce morceau, mais pour ce morceau uniquement. Parce qu’à la base c’est une danse traditionnelle, chantée par des filles... Avec des textes qui ne collent pas vraiment dans la bouche d’un mec.

Ah oui, ok, là ça change la donne en effet !

En plus, pour être honnête, Rini n’aime pas trop cette chanson, je ne sais pas pourquoi. C’est même lui qui a proposé qu’on essaie les filles sur les couplets, et comme ça fonctionnait bien on a laissé ça comme ça.

Moi je dis qu’il ne veut pas assumer son côté féminin (rire)

 

Parlons à présent de « Pretty Faces » : comment s’est mise en place la collaboration avec Benji de Skindred ?

Pour commencer, il faut savoir que ce titre s'est construit autour d'un morceau Electro du groupe Sensor, projet Electro de Paul Ilea qui est un musicien très connu en Roumanie – Rini et lui ont joué dans un même groupe à une époque, et je le connais depuis longtemps. Pour te donner une idée c’est le producteur de l’équivalent roumain de La France a du Talent. L'album de Sensor est sorti en 2019, et je dois dire que j’ai adoré le groove qui s’en dégageait, malgré le minimalisme typique de ce genre de musique. Je lui ai demandé s’il serait d’accord que j’utilise des samples d’un des morceaux pour bâtir un nouveau titre qui utiliserait le même groove, et il m’a donné son feu vert. Tout est donc parti de là. Sauf qu’on n’a pas voulu s’en tenir à cette première collaboration : on a voulu en ajouter d’autres. On a donc demandé à Caliu, violoniste roumain connu internationalement, s’il voudrait bien effectuer quelques featurings. Son accord donné, on a eu la chance de l’avoir une journée entière en studio avec nous. On en a donc profité pour enregistrer une version live de « Latcho Drom », dont tu as pu voir la vidéo en ligne. Puis on lui a demandé de participé à « Pretty Faces », qui contenait un passage se prêtant tout particulièrement à une intervention de sa part.

C’est lui qui a composé ce passage ?

Oui, c’est une improvisation. Au total il a fait une quinzaine de prises, et à partir des meilleurs passages j’ai bricolé ce que tu peux entendre aujourd’hui sur le morceau. De là on a voulu ajouter encore un invité supplémentaire. Or le titre possédait cette ambiance un peu Reggae… Pour nous c’était évident que Benji serait la personne idéale pour cette partie. Vu qu’on a joué avec Skindred en 2018, on s’est dit que ce serait bien de tenter le coup : on a donc écrit à leur management. Et comme il se rappelait de nous et que ça s’était très bien passé, il a dit oui… Et voilà ! D’ailleurs ça a été très sympa de travailler avec lui : je lui envoyais des pistes, de son côté il enregistrait plein d’idées et me les renvoyait. Je piochais dedans, lui envoyais le résultat en lui demandant de retravailler certains trucs… Ça s’est fait de manière très spontanée au final.

 

Dernière question portant sur les personnes autour du groupe, en évoquant cette fois celui qu'on pourrait presque appeler le « membre français » de Dirty Shirt : Mathieu « Boots ».

C’est vrai que c’est un petit peu devenu son statut (rire)

Sur cet album on l’entend à nouveau chanter avec vous. Mais il semblerait qu’il soit allé plus loin cette fois… Si j’ai bien compris c’est lui qui a écrit l’intégralité des textes en anglais ?

Oui, en effet. Il a écrit des paroles sur 4-5 des nouveaux morceaux, dans le prolongement de notre collaboration sur Letchology. Avec Matt on se connait depuis 2013, année lors de laquelle on a tourné ensemble, en Roumanie et en France (NDLR: il est le leader du groupe Ze Gran Zeft). On a eu le même producteur également, Charles Massabo. Comme on avait été super content de ce qu’il avait fait sur l’album précédent on a bien entendu eu envie de continuer de bosser avec lui.

C’est amusant parce que, sur le matériel promotionnel que vous fournissez – au sein duquel tu décris les nouveaux morceaux et lui se charge des paroles – il ne se contente pas de commenter les textes en Anglais : parfois il explique même ce qui se dit sur les titres 100% en roumain (rire)

Oui, c'est vrai pour « Cand s-o-mpartit norocu' », en effet. Pour la deuxième partie du morceau on avait besoin d’un refrain en anglais, du coup je lui ai traduit toutes les paroles en roumain. Je lui ai aussi expliqué tout le contexte, l’histoire… Voilà l’explication.

OK, d’accord. A vrai dire je savais qu’il est très doué pour les langues, du coup j’en étais venu à me demander si, à force de vous fréquenter, il ne s’était pas mis à parler également roumain…

Tu sais que les paroles roumaines de « Starea Naţiei », c’est lui qui les a écrites !?

Sans dec’ ?? Un Français qui écrit des paroles en roumain pour Dirty Shirt ? Il est extraordinaire !

En même temps on s’est nous aussi prêtés à cet exercice – écrire des paroles sans vraiment connaître la langue – sur « Hot For Summer »…

… Laisse moi deviner : le passage en italien ? Vous vous êtes fait aider par Google Translate ?

Oui, à la base on a bossé comme ça, en effet. Tu sais c’est un morceau qui parle de la « légèreté » des hits actuels. C’est vraiment une industrie, à la limite du grand n’importe quoi parfois : du moment que c’est suffisamment accrocheur et que les gens peuvent reprendre le refrain en chœur, ça passe ! Dans cet esprit Rob a lancé l’idée que le passage final pourrait être chanté en italien, ce sur quoi j’ai surenchéri en proposant que si on s’engageait dans cette voie, on pourrait également doubler le refrain en italien, histoire d'aller bien à fond dans le trip Eurovision, Romina Power, Al Bano, tu vois le genre… Pour arriver à notre but j’ai commencé à écrire des textes en français, puis à les traduire en italien avec Google Translate. Mais pour faire les choses sérieusement on a quand même faire relire tout ça par une amie roumaine qui habite en Italie depuis très longtemps, ainsi que par un fan italien. Puis enfin par la mère d’Alexandra, qui a elle aussi habité en Italie. Un vrai travail d’équipe quoi !

 

Tiens puisqu’on parle des langues : sans avoir véritablement fait un comparatif, j’ai globalement l’impression qu’il y a plus de titres en anglais sur Get Your Dose Now ! que sur les albums précédents. Impression fausse ou tendance réelle ? Une volonté de toucher un public plus large peut-être ?

A vrai dire dès Letchology on s'est retrouvé avec plus de titres en anglais qu’en roumain – il n'y en a plus que 2-3 sur ces derniers.

C’est donc juste une impression alors… Mais c’est vrai qu’à part sur son dernier tiers, l'album m’a donné la sensation de laisser plus de place à l’anglais. Peut-être est-ce aussi inconsciemment, en constatant que Mathieu s’est chargé d’expliquer les lyrics de l’ensemble des titres (rire)

C’est plutôt sur Dirtylicious que la proportion était inversée, et que le roumain était très présent. Car celui-ci était beaucoup plus orienté « folklore ». Par contre Get Your Dose Now ! continue vraiment dans l’esprit de Letchology, avec un son de plus en plus orienté Electro Indus, tout en jouant de plus en plus la carte Prog.

C’est en fonction de l’orientation musicale que tu vas opter pour telle ou telle langue ?

Pas vraiment : les paroles n’arrivent qu’après en fait… Mais c’est vrai que quand on sent que la dominante va plutôt vers les musiques roumaines, on opte pour notre langue. Si par contre on est dans des sonorités plus internationales, l’anglais s’impose assez vite. Mat' a d’ailleurs un apport important à ce niveau. Bon, certaines lignes mélodiques sont écrites avant qu'il intervienne, et elles doivent être conservées telles quelles, car elles sont alors « structurantes »… Mais sur certains passages je le laisse assez libre de faire ce qu’il veut. Du coup il intervient aussi dans le travail d’écriture, ce qui aboutit souvent à une approche plus moderne, plus américaine au niveau du chant.

Ce n’était donc pas uniquement une blagounette de le bombarder « membre français du groupe » finalement (rire) !

 

Une remarque que je me suis faite après coup : plus encore que pour d’autres groupes, le Covid a laissé une empreinte importante sur votre nouvel album – et là je ne fais même pas allusion à l’EP Pandemic Special. Son titre est clairement un clin d’œil à la vaccination contre le virus…

… Oui évidemment, avec le double sens : « Viens prendre ta dose de musique ! »

Effectivement, et c’est carrément bien vu ! En lisant un peu les paroles de « Pretty Faces » on se rend compte que là encore il est question de ce sujet. Et même au tout début, sur les premières secondes : ce qu’on entend quand « New Boy in Town » démarre, c’est bien un respirateur artificiel, non ?

Alors non : en fait ce son est réalisé en étirant un accordéon !

Vraiment ? Moi ça m’a fait directement penser à quelqu’un mis sous assistance respiratoire…

En même temps c’est un peu fait exprès : le « new boy in town », c’est effectivement le Coronavirus.

Ah ? Alors là je ne l’avais pas du tout pour le coup !

Même le clip va dans ce sens, c’est une métaphore : lors de cette période on s’est sentis comme enfermés dans une cage (cf. le gars dans sa chambre)... Et on ne rêvait plus que d’une chose : être à l’extérieur. Même s’il neige, même si pour cela il faut passer à travers une cascade glacée. En tous cas, pour répondre à ta question : oui, évidemment on a été très affectés par l’épisode pandémique. Non seulement personnellement, mais aussi en tant que musiciens. Inévitablement.

Tu vois une différence dans la façon dont vous avez composé ce nouvel album ? Ou c’est uniquement au niveau thématique que ça a joué ?

Il n’y a pas eu une telle différence côté composition, non. De mon côté, comme à chaque fois, je suis parti dans plein de directions, et suis resté comme toujours ouvert à plein d’idées. Mais c’est vrai que, comme psychologiquement c’était un peu moins la fête pendant cette période, ça a un peu joué sur la tonalité de l'album, qui est de fait un peu plus sombre. « Cand s-o-mpartit norocu' », typiquement, est beaucoup plus « funèbre » que ce que l’on fait habituellement. Même « Saraca Inima me » (sur Freak Show) n’était pas si plombé… Pareil avec « New Boy in Town » : c’est vrai que depuis pas mal de temps on a pris l’habitude de commencer nos albums et nos sets live par un instrumental, parce que c’est ce qui se fait, ici, lors des mariages : afin d’inviter les gens à venir danser, tu démarres sur un morceau rapide, sans parole. Mais pour une fois, l’instrumental en question s’avère assez mélancolique. Une marque de plus du passage de la maladie… Après c’est vrai que l’écriture de cet album a été rythmée en fonction d’un calendrier un peu particulier : tu te rappelles peut-être qu’on proposait régulièrement des web shows pendant le confinement ? On y proposait régulièrement des choses nouvelles – des reprises, des nouveaux morceaux. Avec ce mode de fonctionnement, on s’est vite retrouvé avec des bouts de chansons, qu’on a complétés avec des idées plus ou moins anciennes. Du coup, oui, c'est vrai: on peut dire de ce fait que l'approche de la composition a été un peu différente cette fois...

Par contre c’est vrai que là où vous avez sans doute été moins impactés que d’autres groupes, c’est que du fait de votre dispersion géographique – toi en France, et les autres membres du groupe en Roumanie – vous avez déjà l’habitude de travailler à distance je suppose…

Sauf qu’au plus fort du confinement, les chanteurs n’avaient pas accès à du bon matos, à des micros. D’ailleurs pour le premier épisode du web show on a dû enregistrer les voix via des téléphones ! On est partis de trèèèès loin, tu vois (rire). Pour le deuxième épisode on a loué ou acheté des cartes-sons, des micros : ils ont appris à s’enregistrer eux-mêmes pour l’occasion. Et puis à partir du moment où il a été possible de sortir « pour le travail », ils ont fini par se rendre dans un petit « home studio ». Mais tu vois, tout ça s’est fait pas mal à l’arrache. Et puis évidemment, durant cette période les locations de studios, les lives à la radio, les répétitions : tout cela a dû être annulé, parce que des gens dans le groupe se retrouvaient positifs… Et comme on est nombreux, tu imagines que ça a pu arriver plus d'une fois ! (rire)

 

Evoquons à présent « Cand s-o-mpartit norocu' » – qu’évidemment je dois prononcer d’une manière atroce…

C’est compliqué parce qu’il y a des diacritiques. Il faut le prononcer ** 404 error : oreille de cglaume not found **, ce qui signifie « Quand la chance a été donnée »…

Je crois que je ne m’y réessaierai pas (rire). Je sais que tu trouves ce morceau plus sombre encore que « Saraca Inima me ». Pourtant je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle dès la première écoute. Car comme lui, bien que démarrant au fond du trou, ce titre déploie progressivement ses ailes, prend de l’envergure jusqu’à revenir dans un registre plus positif, plus « actif », qui me parle plus. Si j’ai bien compris par contre, « Saraca Inima me » était une reprise, alors que « Cand s-o-mpartit norocu' » est une composition originale ?

Non non, c'est la même chose pour ce titre : les couplets de la première partie sont issus de chants traditionnels. Et sur la deuxième partie certains textes ont également été repris de chants bien connus ici. Après c’est vrai que le refrain de la première partie est 100% original, ainsi que tout le reste de la deuxième partie du morceau… Par contre, tu as raison : la comparaison entre les deux titres est inévitable ! L’un comme l’autre sont sombres, et basés sur une longue progression… Après tu pourrais aussi effectuer une telle comparaison avec « Cobzar » (sur Dirtylicious). Mais c’est vrai que s’il y a bien deux morceaux tristes qui ont réussi à me toucher depuis que je suis tout jeune, ce sont bien « Saraca Inima me » et « Cand s-o-mpartit norocu' ». Et d’ailleurs, à l’époque de Freak Show, si j’ai fini par décider de faire ma propre version du premier, cela aurait tout aussi bien pu être le second… Il aura fallu attendre 7-8 ans, mais j’aurai quand même fini par rendre également hommage au deuxième.

Pourquoi as-tu attendu tant de temps pour travailler sur le deuxième titre, alors que tu hésitais entre les deux. Il aurait pu figurer sur Dirtylicious, non ?

Pour moi la composition ça ne marche pas comme ça. Mes idées sont stockées dans une sorte de « cloud ». Je les oublie un temps, mais les meilleures finissent toujours par revenir. Par contre leur traitement ne se fait pas du tout de manière séquentielle. D’ailleurs parfois au sein d’un même morceau je vais utiliser des parties écrites à de nombreuses années d’intervalle. Je pioche dans ces idées, sans forcément vouloir les exploiter immédiatement. C’est par exemple le cas pour la chanson « Freak Show » : si la plupart du morceau a été composé un peu avant la sortie de l’album, tout le final est une idée que j’avais eu dix ans auparavant, que j’avais oubliée, mais qui m’est revenue comme ça, Paf ! : « ça colle, mais bien sûr : c’est de ça dont j’ai besoin ! » Tu vois ? Pour « Cand s-o-mpartit norocu' » ça ne s’est pas fait plus tôt tout simplement parce qu’il faut croire que ça n’était pas encore le bon moment. Tu sais j’ai encore en réserve plein d’idées et de projets de morceaux qui ne sont pas encore mûrs…

C’est confortable, quelque part, de savoir que tu as ce réservoir dans lequel piocher pour les albums à venir…

C’est vrai, même si je ne sais pas vraiment si ce qui y reste est suffisamment bon : c’est difficile de s’en rendre compte à l’avance (rire). Mais tu sais pour cet album on a quand même eu une sacrée pression. D’ailleurs c’est de pire en pire à chaque nouvelle sortie ! En plus, avec les conditions dans lesquelles on l’a composé et enregistré, personnellement je n’étais pas sûr qu'il réussirait à être au même niveau que les précédents. Après c’est aussi une histoire de goûts et de préférences… Mais au final je suis super content du résultat obtenu, surtout au vu du contexte – budgétaire, logistique – dans lequel il a été réalisé.

C’est clair que vous pouvez en être super fiers !

D’autant qu’au final c'est pas moins de 35 musiciens qu'il aura fallu enregistrer pour arriver à ce résultat !

Je n'ose imaginer le nombre de pistes avec lesquelles il a fallu jongler !?

A titre d’exemple, pour « Cand s-o-mpartit Norocu' » il y a entre 150 et 200 pistes ! Pour les orchestrations, dis toi que Cosmin a enregistré de 5 à 8 fois les mêmes lignes. Et il fait 2-3 lignes différentes. Ça fait vite une grosse vingtaine de pistes rien que pour le violon !

Tu as réussi à développer une technique pour te reposer l’oreille ? Parce que quand on doit brasser une telle quantité de son, ça doit être compliqué de s’en extirper et de prendre le recul nécessaire…

Je fais pas mal de pauses. Et le mix ce n’est pas moi qui m'en occupe : il faut une oreille neuve… Et puis, en plus des pauses effectuées quand on bosse sur un morceau donné, on fait également des pauses entre plusieurs morceaux. Par exemple sur Get Your Dose Now! il y a trois morceaux qu’on avait déjà enregistrés précédemment – même si c’est vrai qu’on les a un peu retravaillés pour la sortie effective de l’album, comme « Geamparalele » par exemple. En étalant ainsi l'enregistrement, l'oreille se repose...

Tu dis que vous aviez la pression : c’est vous qui vous l’étiez mise, parce que vous teniez à faire encore mieux ? Ou bien vous sentiez que vous étiez attendus au tournant ?

Un peu des deux. Déjà il y a bien évidemment les attentes personnelles. Parce que tu sais, quand on regarde l’histoire de la plupart des groupes, souvent ceux-ci atteignent un pic puis se mettent à décliner. Il n’y en a pas beaucoup qui réussissent à monter, monter, puis à rester au sommet. Et j’avoue que de ce point de vue, je suis bien content de cet album qui déchire, qui est original, et qui arrive même à me surprendre, parfois, quand je me le repasse - je te jure. C'est sûr que cela joue énormément le fait que l’on soit aussi nombreux, car chacun amène des choses différentes, d'où ce résultat très coloré. On a parlé pas mal de Matt, mais il n’y a pas que lui qui apporte des idées : Rini, Vlad, tout le monde en fait ! Une petite ligne en plus, une petite syncope supplémentaire côté percussion, un petit break… Tout cela fait qu’au final on ne se répète pas. Alors c'est vrai qu'à la marge, tu peux trouver un « Cand s-o-mpartit Norocu' » qui va te rappeler un peu « Saraca Inima me »... Mais ce rapprochement ne sera vrai que ponctuellement, pour la construction de la première partie. Par la suite en revanche, on est parti dans un prolongement complètement inédit, très « Toolien » pour le coup...

 

Puisqu’on évoque à nouveau ce titre, je voulais te demander : cette tristesse, ces paroles, et même les images du clip - qui a forcément dû être créé avant le conflit ukrainien… On peut dire que tout cela était – malheureusement – parfaitement en phase avec l’actualité !

Alors non, non, je t’arrête à propos du clip. Costin Chioreanu – un graphiste connu à l’international, pas seulement ici en Roumanie, qui a travaillé avec Ghost, Opeth… – est quelqu’un avec qui on bosse assez souvent. Il a fait le graphisme de certains de nos albums (Freak Show et Dirtylicious par exemple), des T-shirts etc. Avec nous il a plutôt l’habitude de faire des choses assez « joyeuses », en accord avec notre musique. Ce qui le change de son style habituel, qui est assez dark en général – il faut savoir qu’il bosse pas mal pour des groupes de Goth, ou de Metal extrême. Donc cette fois on lui a demandé d'illustrer notre lyric video pour « Cand s-o-mpartit Norocu' » - dans un premier temps sans lui donner de directives, afin qu'il laisse libre cours à son ressenti vis-à-vis du morceau. Et la première version de la vidéo qu'il nous a proposée, je dois dire qu'on ne l'a vraiment pas du tout aimée... De chez pas du tout (rire) ! C'était plein de forêts très vertes, très joyeuses... On lui a donc expliqué que, non, ce n'est pas vraiment l'ambiance, le morceau est quand même lourd, plombé. On lui a donc demandé d'améliorer ce premier jet. Et je te promets : il a refait ab-so-lu-ment tout, en l'espace de quelques jours. Des dizaines et des dizaines de dessins faits à la main ! Une semaine avant la sortie du clip ! Et la guerre a éclaté alors qu'il commençait à bosser dessus.

OK, du coup le contexte a forcément joué...

D'autant que ce titre parle du fait de ne pas avoir de chance dans la vie. Et nous, quand on lui a dit ce qu'on pensait de la première version, on lui a donné des exemples de ce qu'on imaginait pour illustrer ce manque de chance. Comme le fait d'être né dans une zone de guerre. Et comme la Roumanie est vraiment limitrophe de ce conflit, qu'il nous touche de bien plus près qu'ici en France, inévitablement ça a rejailli dans le clip. Il faut savoir qu'on accueille beaucoup de réfugiés. Rini par exemple, qui a une association, est souvent là-bas. Du coup ça nous semblait naturel de faire le rapprochement avec l'Ukraine, et d'inclure ces liens vers des sites pour faire des donations...

 

Effectivement, c'était plus qu'approprié ! Allez, puisqu'on commence à faire des focus individuels sur les morceaux, je te propose de continuer avec « New Conspiracy ». Ce titre commence sur une structure classique couplet / refrain / couplet / refrain, avant de partir sur une partie plus lancinante relevée de touches folkloriques. Quand cette dernière se termine, on s'attend un peu à ce que ça finisse en beauté avec un dernier retour vers le refrain... Mais finalement la conclusion arrive très vite, et on se retrouve un peu frustré, sans le bouquet final attendu...

Effectivement, on a plusieurs morceaux comme ça qui font moins de trois minutes. Le truc c'est que voilà : on a tout dit sur ce laps de temps.

Je supposais bien, oui, que ça devait être la réflexion : il ne faut pas que le morceau soit trop long afin qu'il reste bien punchy...

Sauf que, non non, ce n'est pas calculé : c'est vraiment une question de feeling. C'est juste que, quand je fais une écoute du morceau « en mode observateur », il faut vraiment que je sente la tension demeurer de bout en bout. Et là il se trouve que je n'avais plus rien à ajouter. Comme tu l'as dit on explore déjà bien à fond les couplets et le refrain au début... Puis j'ai senti qu'il fallait un break. Pour info, tiens, au passage : ce début vient en fait d'une ancienne idée qui date d'il y a quelques années... Et pour la fin et bien, bam, j'ai pris ma guitare, et j'ai enregistré direct ce qui est sorti. Voilà, c'est comme ça que ça se passe (rire). Et c'est marrant, tu vois : cette partie dissonante qui termine le morceau, c'est le passage préféré de mon fils. Il adore cette coupure. Par ailleurs je trouve que le contraste marche super bien avec le thème folklorique...

On est tout à fait d'accord là-dessus ! C'est juste que, lors de mes premières écoutes, après ce break qui part dans une toute autre direction, je sentais comme un appel, une envie de revenir au thème principal. Et l'absence de ce retour a crée comme une frustration... Mais c'est vrai que ça aurait été un peu trop classique, trop cousu de fil blanc (rire)...

Tu sais on a déjà utilisé ce genre de structure par le passé. Ça arrive d'ailleurs souvent pour les morceaux formés à partir de parties composées à des moments différents. Regarde « Dirtylicious » par exemple : ça coupe à un certain moment pour partir sur un riff qui n'a plus rien à voir avec le début. « Fake » pareil : tout d'un coup ça coupe sans plus aucun retour arrière. Tu vois, on fait ça souvent. Je trouve que revenir sur un refrain que tu as déjà joué deux fois... Eh bien bof : autant laisser l'auditeur appuyer sur Replay plutôt (rire).

Oui, ce serait trop facile (rire) !

Après ça nous arrive quand même de rester dans cette structure classique, de revenir au refrain après l'« intermezzo ». En fait ça dépend si on en ressent le besoin, si on trouve que la compo le nécessite ou non.

 

Sans transition, un autre sujet. Je suis certain de l'avoir déjà entendu sur vos anciens albums, et cette fois le gimmick revient sur deux ou trois titres : c'est quoi ce « Hop Hop S-Asa ! » récurrent ?

C'est vrai qu'on l'utilise souvent. Dans les danses traditionnelles roumaines, c'est un truc que les danseurs, garçons comme filles, crient régulièrement. C'est une interjections vraiment spécifique, utilisées uniquement dans ce cadre. Tu vois : Korn ils ont leur « Raka Tchiki Tchaka », nous on a notre « Hop Hop S-Asa » ! En Metal tu ne trouveras ça nulle part ailleurs (rire)

Petite digression sur l'EP Pandemic Special : il contient des titres que vous aviez déjà mis en ligne depuis longtemps, mais je dois dire que je me suis vraiment mis à les écouter seulement depuis que ceux-ci sont dispos en bonus de l'album. Et j'ai enfin réalisé à quel point votre cover de « Resonate » (de Prodigy) est énorme. J'adorais déjà « Rocks Off », mais là vous avez fait encore plus fort. Le titre est incroyable !

Pour nous aussi il est devenu l'un de nos titres préférés, malgré le fait qu'il soit une reprise ! D'ailleurs on peut dire que l'EP s'est construit autour de ce morceau. Parce qu'on voulait vraiment utiliser cette chanson. A noter que la version disponible sur l'album est un peu différente, plus Metal. Parce que sur l'EP il s'agit d'un remix. Et si on avait voulu l'utiliser tel quel sur l'album, avec les sons originaux, il aurait fallu en demander les droits. Du coup on a discuté avec les gars de BMG : ils ont été gentils, ils nous laissent proposer cette cover sur Youtube. Mais pour que ce soit moins compliqué légalement parlant on a préféré ne pas réutiliser le moindre sample de l'original sur l'album. Du coup j'ai dû refaire quasiment tous les sons moi-même. Heureusement, au final c'est allé bien plus vite que ce à quoi je m'attendais. Ce n'est plus exactement identique à ce qu'on peut entendre dans le vrai morceau, mais au moins maintenant on va pouvoir le jouer en live !

Ça me rappelle que, à l'époque de Freak Show, tu m'avais envoyé un album entièrement constitué de remixes effectués par tes soins. Quand je vois les merveilles que tu fais avec « Rocks Off » et « Resonate », je me dis qu'il faut vraiment que je me penche sérieusement sur ce CD !

Le CD dont tu parles a 10 ans déjà : depuis j'ai bien progressé (rire) ! Le truc c'est que parfois, quand j'entends un morceau, je l'imagine dans une version Metal... Dans ce genre de situation, pour peu que ça me titille vraiment fort, le remix peut s'imposer rapidement comme une évidence !

Ce qui est cool c'est que tes reprises apportent vraiment une autre dimension aux morceaux revisités. Trop souvent les covers classiques restent trop proches des originaux, ce qui ne sert pas vraiment à grand chose... Pour te dire : je me suis réécouté le morceau de Prodigy, et clairement, je l'aime moins que votre version ! (rire)

Personnellement je suis un grand fan de Prodigy. J'avoue que dernièrement je les écoutais moins, mais leur dimension Electro m'a énormément influencé. Et puis une jour, alors que mon fils David avait 5-6 ans, j'ai mis un de leur CD dans la voiture. Normalement les enfants n'aiment pas trop ça : c'est trop agressif, trop dissonant... Mais lui a adoré ! Du coup je lui ai mis le dernier album qui était sorti à cette époque, No Tourists. Et parmi ses morceaux préférés figurait « Resonate », dont on adorait tous les deux le groove. Par contre le refrain on le trouvait trop dissonant, trop dans l'esprit de leur premier album. Du coup j'ai complètement enlevé cette partie, mais j'ai gardé la même harmonie, tout en construisant une mélodie plus dans l'esprit de Rammstein (NDLR : il fredonne). Je m'en rappelle très bien : il était 4 heure du matin quand j'ai bossé dessus !

Comme quoi ça a du bon les insomnies ! (rire)

 

Je passe sur un autre sujet incontournable : après le Wacken, vous allez enfin jouer au Hellfest ! D'ailleurs, pour la petite histoire, alors que je ne peux faire qu'un des deux week-ends et que j'avais très envie de voir pas mal des groupes qui sont programmés au premier, finalement je viendrai au second, rien que pour vous (rire) ! Par contre je réalisais dernièrement qu'à présent vous avez atteint pas mal des objectifs que la plupart des groupes de Metal peuvent se fixer dans leur carrière. Alors, quels sont les prochains grands buts à atteindre pour vous ? Y a-t-il encore des rêves que vous voudriez accomplir ?

Oui oui, il y en a encore. Il y a par exemple un festival que je faisais quand j'étais étudiant à Lille, le Rock Am Ring en Allemagne : je t'avoue que je rêve d'y jouer. Le problème là-bas c'est qu'il n'y a que trois scènes. Et même la 3e scène - la plus petite - est trop grande pour qu'on y ait accès. Sinon dans le groupe on partage tous le rêve de faire une tournée aux Etats-Unis, ainsi qu'au Japon... Le rêve classique de tout métalleux quoi (rire) ! Et puis bien sûr il y a une grande quantité de festivals européens auxquels on aimerait participer... Mais on est déjà contents d'avoir coché trois belles cases : le Wacken, le Hellfest (à venir), et le Poland Rock - même si pour ce dernier on était en « version pandémie »... Quoiqu'il en soit ça nous a fait un bien fou de jouer devant quelques milliers de personnes : c'était magique ! En plus on s'est produits sur la grande scène : c'était une première pour nous, une Main Stage d'un grand festival ! C'était trois, voire quatre fois plus grand que la scène sur laquelle on a joué au Wacken !

Je suppose que vous avez donc pu y jouer en formation « maxi », avec l'orchestre ?

Non, on est resté en formation « intermédiaire », comme au Wacken : à 13-14.

Et sinon, à côté du live, vous avez d'autres rêves ? J'avoue personnellement que j'aimerais bien vous voir signer sur un gros label, histoire que vous puissiez bénéficier de leur force de frappe, et avoir ainsi plus d'exposition auprès du grand public...

Je ne sais pas. On est trop âgés pour ça je pense. Pour signer avec les grands il faut avoir un potentiel sur le long terme. Or tu sais, il y a 10 ans on nous disait déjà qu'on était trop âgés (rire). Je te jure, à l'époque de Freak Show ils nous disaient : « 35 ans ? Mais c'est trop tard ! ». Et puis il y a des avantages à être indépendants. D'autant qu'aujourd'hui tu as accès à des outils en ligne qui te permettent d'assurer ta distribution dans des conditions correctes. Passer par un gros label, ça n'est vraiment intéressant que quand celui-ci est tellement gros que ce que tu perds financièrement (par rapport à un indépendant) tu le gagnes suffisamment en terme d'exposition pour qu'à la fin tu t'y retrouves. Mais nous on n'est pas dans ce type d'équation. Surtout que dans le Metal, un groupe doit tourner beaucoup pour s'y retrouver, beaucoup plus que ce que nous serions en capacité de faire, avec nos familles et nos jobs à côté. Et puis regarde : pas mal de grands groupes font le choix de quitter leur label. On en a eu, d'ailleurs, des labels : l'un a arrêté les frais, l'autre a réduit son activité – il faut dire que la Covid n'a pas aidé les petites structures...

Tu penses donc que, comme a priori vous ne deviendrez jamais à 100% professionnels, vous avez atteint le max auquel vous pouviez espérer en terme d'exposition ?

A l'heure actuelle, oui. On fait quand même une quarantaine de concerts par an – ce qui est une quantité très correcte – et pour aller au-delà il faudrait qu'on renonce à nos boulots. Et vu le risque que ça représente, on n'est pas prêts à franchir ce pas. Au final les gros labels ont sans doute raison : à 25 ans tu peux vivre dans un studio, puis dans un petit van pendant quelques mois, à ne manger que des pizzas et des hot dogs... Mais à 45 ans tu as la famille à la maison, le lit qui t'attend, tu as mal partout : c'est mort ! (rires) Tiens sinon, pendant que j'y pense : il y a quelqu'un dont je voulais te parler – en plus des gens qu'on a déjà évoqués. C'est Radu. Tu as dû voir son nom sur « What's Going On »...

Attends voir... Ah oui en effet, le morceau est construit sur une idée à lui à la base, c'est ça ?

Voilà. Pour être plus précis c'est le thème instrumental de base qui est une idée à lui... Mais au final je l'ai transformée. Radu est un Roumain expatrié lui aussi, il habite sur Lyon. Il a joué dans un groupe Metal / Hardcore bien établi au sein de l'underground roumain (NDLR : H8). Du coup il m'a fait écouter ses derniers projets solos Electro & guitares. Et quand j'ai entendu ce thème, j'ai directement flashé dessus : « Attends c'est super ça : je veux en faire un vrai morceau ! » (rire)

J'ai l'impression que c'est souvent ton mode de fonctionnement. Tu pars d'un truc que tu as entendu et qui t'a accroché l'oreille – une ligne mélodique d'un pote, un morceau folklorique qui a bercé ta jeunesse... – tu te l'appropries, et Bam, tu en fais un tube !

Sur cet album c'est particulièrement vrai. Sur les albums précédents, moins. Letchology par exemple était constitué quasi entièrement de compos originales - si l'on excepte le morceau instrumental. Pour Get Your Dose Now! on est plus entre Letchology et Dirtylicious de ce point de vue : c'est à dire que j'ai effectivement repris des thèmes traditionnels, comme sur « Geamparalele » ou « Cand s-o-mpartit norocu' », mais ça n'est plus si central – sur ce dernier titre les emprunts représentent seulement 15% de la compo. Ce qui est nouveau cette fois c'est que, comme j'ai des copains qui écrivent de la bonne musique, j'ai pu effectivement construire des titres en partant de leurs idées – on parle ici de « Pretty Faces » et « What's Going On ». Après je pense aussi que l'époque était propice à ce genre de collaborations. Il y avait le Covid, on ne pouvait pas répéter des masses, j'écoutais beaucoup de musique, des copains m'envoyaient leurs titres... C'est le fruit de tout ça finalement. Mais l'un dans l'autre le gros de l'album reste quand même composé de manière classique.

J'avoue que, parmi les morceaux qui ne sont pas encore sortis (NDLR : à l'époque de l'interview), « What's Going On » est vraiment mon préféré. Au début en l'écoutant on se dit « Ah tiens, un morceau plutôt doux... ». Sauf que le refrain qui déboule derrière est graaaaand !

Pour moi c'est difficile de choisir un favori. En général mes morceaux préférés sont les tout derniers à avoir été composés. Du coup pour le moment ce sont les trois qui n'ont pas encore été révélés : les autres sont déjà de vieilles compos à mes yeux (rire). Et parmi ce trio mon chouchou c'est « Hot For Summer ». Pourtant je sais que c'est un morceau qui ne fait pas l'unanimité, ni dans le groupe, ni parmi les fans. Il est très très inhabituel...

Je t'avoue qu'en effet il marche un petit peu moins pour moi. Je pense effectivement que c'est parce qu'il a été construit pour coller à l'idée de tube de l'été, et que du coup il a un côté « guilleret », « joyeux » – aspect qui, certes, n'est pas inhabituel pour Dirty Shirt – peut-être plus « superficiel » que d'habitude. Il faut reconnaître par contre que c'est parfaitement en phase avec la légèreté des tubes estivaux.

Effectivement, c'était bien ce qu'on voulait faire (rire)

Quand on est exposé à ce morceau pour la première fois et qu'on ne connait pas le contexte, on reconnait bien sûr la touche Dirty Shirt, mais celle-ci est comme recouverte d'un glaçage plus « synthétique » que d'habitude, ce qui lui apporte une touche presque « musique pour centre commercial » si tu vois ce que je veux dire... Alors en effet, ça peut perturber (rire)

Ce que j'aime dans ce morceau c'est qu'en moins de 3 minutes on passe par six ou sept univers musicaux différents, et que tous sont à fond dans le cliché. Le tango hyper cliché, la marche hyper cliché, le morceau formaté Eurovision hyper cliché... Pour la partie Disco j'ai même utilisé des vieux synthés des années 80s. L'idée c'était de mélanger tous ces clichés, tout en conservant une cohérence forte. Après, comme on le disait tout à l'heure, c'est typiquement le genre de compo qu'on ne peut pas prolonger des heures, au sein duquel tout est très vite dit.

C'est vrai que ce titre gagne beaucoup à être expliqué, ainsi que tu viens de le faire, afin de nuancer les réactions d'auditeurs qui pourraient sinon vous reprocher ce côté un peu outré, qui peut ne pas être compris lors d'une écoute « à chaud ». Il y a un vrai second degré derrière en fait...

Oui, en effet. Au passage je pense qu'on va tourner un clip pour lui, cet été – ce sera le bon moment, forcément (rire) ! Tu vois le genre : chemises hawaïennes, en bord de mer ou de piscine, histoire de bien être au max du cliché ! (rire) Et en parlant de clip, vendredi prochain on sort celui de « Dope-A-Min » !

J'ai vu les photos que vous avez livrées en guise de teaser : on va a priori être à fond dans l'univers des salles de sport et de l'aérobic !?

Oui, ça va très sportif dans l'idée. A la base on voulait faire un clip de pirates, parce que mélodiquement ça collait bien avec l'esprit du morceau. Mais côté logistique ça n'était pas possible. Parce qu'on aurait eu besoin d'une grande étendue d'eau. Et comme on voulait le sortir maintenant (en mars) ça aurait été compliqué : il fait moche et froid l'hiver ! Du coup, étant donné le côté très énergétique de la dopamine, j'ai eu l'idée de mettre en scène un groupe qui, sans activité scénique depuis deux ans, n'est plus en forme, a pris du poids, et a donc besoin de reprendre l'exercice, de se remettre en forme avant de partir sur la route. C'est Dan et un copain à lui qui se sont chargés de le tourner. Du coup c'est très coloré, très joyeux, avec un côté rétro typé année 80s (... on est allé jusqu'à acheter des vieilles fringues de sport dans un magasin spécialisé dans le second hand pour s'équiper) : le total opposé de « Cand s-o-mpartit norocu' » quoi (rire) !

 

 

 

 

 

 

photo de Cglaume
le 26/05/2022

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