Birds In Row + Coilguns + Ken Mode le 29/11/2018, Le Petit Bain, Paris

Birds In Row + Coilguns + Ken Mode (report)

Au Petit Bain, c’est bien simple tu fais comme à la maison. Voilà un peu la manière dont je me représente les lieux dorénavant. Ils me sont devenus très familier depuis ma première fois pour le bruyant concert de Pneu et Gablé en 2015… J’arrive comme toujours dans les premiers à l’avant-garde de la libération de l’apéro. Une salle vraiment cool donc et à la pointe de l’alternatif, ils ont même souscrit un contrat électrifiant auprès de Venercoop…c’est dire…Mais bref ne faisons pas de politique, la musique c’est juste une succession de notes affranchies des pesanteurs structurelles Aha l’ironie c’est toujours très ironique… Tautologistes de tout poil vous vous reconnaitrez surement…

 

Les Suisses de Coilguns ouvriront le bal de cette soirée qui s’annonce, du moins à en croire l’affiche, des plus retournantes. Un concert qui à l’exception près de Ken Mode avait déjà été Live reporté par Tookie en Mars Dernier. Malheureusement, un accueil frileux et une légère désaffection du public pour Coilguns auront eu raison des débordements qu’aurait dû susciter une pareil affiche. Pourtant, cette fois les choses seront bien différentes. Coilguns assurera très honorablement, en défendant son dernier en date Millennials, la première partie de ces deux incontournables de la scène Hardcore que sont devenus Ken Mode et Birds In Row.

Ce qui frappe en première instance chez les Helvètes, c’est avant tout l’énergie qu’ils dégagent sur scène. Louis le Frontman et Donatien le préposé aux machines sont en roue libre tout le temps et particulièrement agités. Louis s’est jeté à plusieurs reprises dans la fosse, invectivé des personnes au micro à deux doigts de leur bouffer le visage. On l’a aussi vu finir sur le sol juste après avoir opéré une saignée de quelques mètres dans le public. Une détermination jubilatoire pour une interprétation à la limite du raisonnable, une envie furieuse de nous en mettre plein la vue et de nous divertir. La bougeotte de Greg Puciato en beaucoup plus bon enfant. Une petite pointe d’humour systématiquement entre chaque morceau. Le chanteur est un véritable bout en train, ne ratant jamais une occasion pour nous faire loler… Car oui le hardcore qu’on le veuille ou non existe aussi trivialement pour nous distraire et nous changer les idées. Les sorties de Louis font mouche à chaque fois. Ce frontman au charisme magnétique, sa tignasse volumineuse aidante, nous recommande volontiers d’aller faire un tour après le concert du coté du Merch et lui permettre de capitaliser un peu sur notre dos. Comme il a pu le dire lui-même, Coilguns se fout éperdument des considérations éthiques… Tout le monde se poile, et lui rajoute qu’effectivement dans cette soirée nous allons beaucoup rire et pas mal chialer aussi. Petit pied de nez à BIR et son Hardcore plaintif et lacrymal.

En somme une entame de concert convaincante, avec deux Guests sur le dernier morceau en les personnes de Quentin Sauvé de BIR et de Skot Hamilton de Ken Mode. Un final très Postcore sur le titre « The Screening », avec des nuques et des cervicales en phase de décrochage généralisé, sur un titre qui semble faire l’unanimité dans l’audience.

 

Vient ensuite le tour de Ken Mode de nous Zbeuler les écoutilles. Un set exclusivement composé de morceaux tirés du controversé Loved. On aura tout de même droit à « No: I’m in Control », titre volumineux issu de l’indispensable Entrench. Quelques autres titres anciens viendront aussi agrémenter le set de Ken Mode qui restera malgré tout centré sur Loved.

Le power Trio Canadien démarre en trombe sur une série d’accords tortueux et malsains comme le groupe sait les pondre. On rentre frontalement dans le vif du sujet, pas de tour de chauffe, la détermination et l’explosivité sont de mise, avec un Jesse Matthewson toujours aussi impressionnant à voir comme à entendre. On se délecte de bout en bout de sa performance. Un type dans l’audience s’évertuera sans succès à lui faire de friendly coucou dans l’espoir d’obtenir un sourire de la part de Jesse. Le mec est imperturbable, totalement en proie à son maléfique personnage. Esthétiquement ça marche vraiment bien, il arrive de son regard menaçant, en incarnant l’aliénation mentale atteignant son paroxysme à nous embarquer dans son délire musical et ses dissonances mentales. Les balances sont bonnes, le son est bon quoi qu’un peu faiblard aux abords de la fosse. Seul bémol, les réactions du public se font toujours attendre, un public plutôt avare et frileux dans les manifestations de son enthousiasme. Ken Mode ponctue généralement ses morceaux sur un silence un peu gênant. Plusieurs raisons à cela : soit le public n’est absolument pas emballé par Loved, soit par le groupe lui-même ou bien l’atmosphère glauque et pesante que Ken Mode a su installer dans la salle ne permet pas à l’audience d’exulter et de manifester avec allégresse le plaisir qu’il ressent à l’écoute de la filante NoiseCore. Bref, pour ma part je reste un peu dessus par l’accueil mitigé qu’a réservé le public Parisien à Ken Mode. Néanmoins, le concert était empoignant, avec des musiciens bien en place, scéniques à souhait, expressifs dans le jeu, toujours aussi violents, agressifs et dérangeants dans l’interprétation. Le combo NoiseCore de la soirée nous a copieusement déversé à la face son malaise, ses frustrations, ses troubles en tous genres ; tout ça en les traduisant dans un langage musical sans concession et à partir d’un riffing presque exclusivement assorti de mélodies alambiquées, criardes, dissonantes agrémentées d’accords épais et souvent fracassants.

 

Dernier groupe à monter sur scène et surement le plus attendu de la soirée, les Lavallois de Birds in Row venus pour nous présenter leur modeste complainte hardcore We Already Lost The World. Un Skeud encensé tous azimuts sur à peu près tous les Zines fréquentables, avec en tête de proue COREandCO bien entendu Aha !

La salle est remontée à bloc, pleine à craquer (soirée Sold Out), prête à exulter, des profils aussi variés que dans une « foule haineuse » de gilets jaunes, avec des intentions et des attentes aussi polymorphes… Et en même temps l’idée fédératrice de zbeuler la soirée et de partager un moment socio-affectif puissant, joyeux, poignant, déchirant nous animent tous... Les velléités émancipatrices sont belles et bien là… Tous de concert sur les galvanisants et transcendants vers screamés par Bart. La prophétie de Tookie s’est réalisée avec un « I’m sick Of Them All » repris à l’unisson. Bart s’égosille au chant sans jamais perdre en finesse et en harmonie pendant que Quentin nous propose un jeu de scène électrique à la As We Draw.

Dorénavant le micro nous appartient et nous est tendu par un des membres du public. La communion hardcore est à son apogée, j’essaye tant bien que mal de me rapprocher du micro mais sans succès ; je suis baladé de droite à gauche par une foule littéralement hystérisée par la puissance émotionnelle qui se dégage des compos de Birds in Row. J’en suis la première victime, je suis ému aux larmes, les poings sont aussi hauts et serrés que ceux de Christophe Dettinger, un modèle de combattivité pour toutes et tous, nous ne reculerons plus, nous irons dorénavant toujours de l’avant prêt à conquérir le monde, même s’il faut s’écorcher vif. BIR/ Bettinger même combat.

Une odeur d’émancipation embaume la salle, les visages sont radieux, on s’enjaille comme des petits fous, les gens autour de moi sont heureux, bienveillants les uns envers les autres et ce malgré la bousculade en cours.

Certains comprennent ce qui se joue, d’autres peut être moins et on s’en fout, tout est beau, tout n’est que hardcore et émotions déracinées de l’immonde qui nous aliène. Tout doit disparaitre, plus aucune contrainte ou exigence sociale n’ont cours, nous sommes élevés et portés collectivement par un groupe de Laval, qui l’eut cru… Aha ! Bart s’autorise comme toujours un petit speech empreint de Positive Hardcore et de considérations politico-affectives. En gros, dans cette société tout est prévu pour nous séparer les uns des autres (travail, statuts, sexe, origines sociales/ethniques etc.,), ne tombons pas dans ce piège dressé par les institutions, restons liés et cultivons l’altérité. Le message ne passe pas toujours c’est dommage, Bart se fait couper, toujours quelques boloss qui ne sont pas sans rappeler qu’il y a encore du taf à faire dans la scène.

Le concert passe beaucoup trop vite, c’est déjà la fin. Un rappel est réclamé, il n’en sera rien…La raison invoquée : le pote qui a remplacé sur le pied levé le batteur de Birds in Row n’a pas bossé d’autres morceaux… Tant pis, tout le monde a eu ce qu’il voulait…

Encore une belle soirée Hardcore….

photo de Freaks
le 10/01/2019

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