Body Count - Carnivore

Chronique CD album (47:45)

chronique Body Count - Carnivore

Avec Bloodlust, Ice T avait propulsé le Gangsta Rap Metal de Body Count dans une dimension supérieure, plus sombre, plus profonde – plus flippante même, sur le pic de noirceur psychotique « Here I Go Again ». Et c'est dans cet univers malsain et dangereux que Carnivore nous replonge dès son introductif morceau-titre. Adieu le trafic de crack à la petite semaine au coin de la rue: le gang de South Central rôde depuis 2 albums maintenant dans les ruelles mal éclairées, la hache à la main, la bave aux lèvres, plus seulement dans l'optique de reprendre un bout de terrain à la mafia adverse, mais bien pour faire couler le sang à l'aveugle et instaurer le règne de la terreur.

 

… Manifestement quelqu'un a mouillé Ice T puis lui a donné à manger après minuit! Parce que malgré l'âge qui continue de le pousser dans la catégorie des Papy-Gizmo, sa musique est plus teigneuse qu'un gremlin sous méthamphétamine!

 

Alors c'est vrai, jugé froidement d'après ce que le menu laisse entrevoir, ce 7ème album fait plus pochette surprise que jamais, la formule « Cover Songs & Golden Featurings » étant plus grassement exploitée encore que sur l'album précédent. Ainsi après ST et Slayer, c'est Motörhead qui se voit cette fois gratifier d'un hommage via la reprise un peu trop convenue de « Ace of Spades » (… sauf qu'ainsi boostée à la street cred' et au bagou from L.A., cette énième resucée passe plutôt pas mal). Et Mr Nestea de prolonger l'entreprise de restauration en injectant de grosses guitares baveuses dans 2 titres de ses années Hip-Hop: le – forcément – très rythmique « Colors - 2020 » (réalisé à l'époque pour le film du même nom) ainsi que « 6 In Tha Morning - 2020 » (disponible en bonus, mais pas sur le promo qui nous a été fourni), sur lesquels la batterie est tenue par Dave Lombardo. Et la liste des invités de se prolonger avec Riley Gale de Power Trip (qui amène quelques grunts bienvenus sur un « Point The Feature » d'autant plus Thrash et vénère), Jamey Jasta de Hatebreed (qui apporte sa touche au refrain du résigné mais rageur « Another Level »), l'habitué Jello Biafra (Dead Kennedys), ainsi que – plus étonnant – Amy Lee d'Evanescence.

 

« Quoi? Et pourquoi pas Zazie sur le prochain Immolation? »

 

Oui, je sais: l'exercice mental consistant à faire rentrer la diva de « Bring Me To Life » dans la même case que la vieille muthafuckin' casquette d'Ice T est particulièrement gratiné. On ne voit pas trop comment il pourrait sortir quelque chose de pertinent – encore moins de solide – de ce mélange oxymoresque d'univers. Mais c'est oublier que Paul McCoy rapouillait gentiment sur le célèbre tube de 2003, et que l'effet de contraste apporté par le chant féminin sur « Two Sides » apporte énormément au tube de Clawfinger. Et en effet: « When I'm Gone » se révèle non seulement surprenant, mais également très convaincant, les caresses d'Amy et le gras des guitares et du flow de Mr T se mettant en valeur l'un l'autre sur un thème qui, il est vrai, s'y prête particulièrement au vu de sa dimension émotionnelle (le titre, écrit après le meurtre d'une connaissance – Nipsey Hussle –, appelle à profiter de ses proches tant qu'ils sont encore là).

 

Mais si Body Count réussit à transformer ce genre d'entreprise hautement casse-gueule en véritables réussites, il ne faut pas croire pour autant qu'il oublie de cartonner sur son terrain de jeu favori. Car Carnivore c'est avant tout un concentré d'appels à se mettre sur la trogne, à cracher son venin à la gueule d'un monde de merde et à mosher comme un armée de gorilles urbains sur des riffs plus fats les uns que les autres. Ainsi, sur « No Remorse », un Ice T plus ulcéré que jamais grimace avec haine tandis qu'il piétine la trombine du sonovabitch qui a eu la mauvaise idée de lui piquer ses cartes Pokemon. Sur « Thee Critical Beatdown », c'est la bagarre, battes de baseball Vs poings américains, des dents plein le bitume et de la pulpe de gencive plein les phalanges. A contrario « Bum-Rush » convertit toute cette énergie négative et cette tension en un message plus positif: rassemblons-nous brotherz & sistaz, united on est plus fort pour leur rentrer dans le lard!

 

Un putain de sentiment d'urgence, un max de testostérone, plus une ambiance « Terreur sur la ville » qui fait son petit effet: Carnivore cartonne quasiment au même niveau que Bloodlust, la surprise en moins. Et si l'album n'est pas un manifeste anti-vegan ni un brûlot pro-safari, il est néanmoins la preuve que malgré son âge et les dégâts potentiels infligés à ses artères, Ice T continue à bouffer du lion.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: dans la lignée de l'excellent Bloodlust, Carnivore est un nouvel album de Rap Metal premium qui, loin des blancs-becs qui roulent des mécaniques avec un gun en plastoc sous le panier de basket, propose un gros rush d'adrénaline dans un ambiance d'apocalypse urbaine. Alors certes, l'opus accumule les covers et les featurings what-da-fuck... mais ça fonctionne les aminches! Les moyens et le savoir-faire d'Hollywood alliés à la violence et l'insécurité de South Central: la recette marche mieux que jamais.

photo de Cglaume
le 04/03/2020

6 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 04/03/2020 à 09:38:16

Ca donne vraiment envie...
L'évolution de ce groupe est vraiment très bonne en tout cas, ils n'ont pas du tout laissé de côté la verve de leur début.
Et cette pochette, c'est tellement yummy!

Crom

Crom le 04/03/2020 à 19:00:48

"Et pourquoi pas Zazie sur le prochain Immolation?". Comme disent les boutonneux: "tu m'as tué frère !"

Crom

Crom le 04/03/2020 à 21:15:19

Par contre "Dead Kenedys" mérite le pilori.

lapinPasConnecté

lapinPasConnecté le 05/03/2020 à 07:47:01

Rhaaaaaaa: j'ai la haine, mais pas assez. Corrigé ! :)

Fedaykyn

Fedaykyn le 09/03/2020 à 09:20:46

Jello biafra ? Sur quel titre ? Sinon je suis pas super motivé par cet album (ni vraiment par les deux précédents). Alors il y a vraiment du très bon et ça reste le rap métal que j'aime mais il y a quelques petits trucs qui me gênent depuis un moment avec BC.
Déjà ce serait vraiment cool qu'ils jouent ailleurs qu'en festivals (c'est valable pour pas mal de groupes hein ?). Pour certain(e)s aller au HF tous les ans ce n'est pas possible (cette affiche en 2020 ! si j'avais su j'aurai lâcher l'affaire sur 2019 pour y aller en 2020 mais bon on sait ce que c'est désormais ...) parce que c'est un groupe que j'adore et que je n'ai jamais eu l'occasion de voir en salle.
Concernant l'album, pour moi il y a 40 ou 50 % sympa mais pas ouf (dont la reprise d e motorhead et le titre avec Jasta et amy lee). Et puis comme pour les deux précédents, je trouve le son trop "métal". Alors c'est gros, c'est vénère, c'est efficace, mais au final je trouve que on perd un peu l'ambiance hardcore métal street ghetto thug OG. Il y a un truc un peu moins "dangereux" quoi. Bon ça reste de la bonne came hein et c'est toujours mieux que murder for hire, mais j'avoue que le son de born dead et violent demise manque un peu.

cglaume

cglaume le 10/03/2020 à 18:32:45

Pas sûr à 100%. Peut-être sur la cover. Extrait de la feuille promo: "Body Count pays homage to Motorhead with “Ace of Spades,” while political punk provocateur Jello Biafra makes a cameo, further cementing Carnivore’s 11-song collection as an album for the ages. "

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