Dub War - Westgate Under Fire

Chronique CD album (47:26)

chronique Dub War - Westgate Under Fire

« Quoiii ? Dub War ? C’est pourtant en bus, pas en DeLorean que je suis allé au taf ce matin !! La météorite entrevue à la fin du Hellfest aurait-elle fait se réveiller les morts ? Y aurait-il de l’eau dans le gaz Skindredien ? L’inflation galopante va-t-elle emmener le prix du pack de 10 Kro au-delà de la barre psychologique des 6,66 euros ? Et surtout : quel est le salopard qui m’a refilé le Covid à Clisson ?? »

 

Beaucoup de questions, donc, au moment où l’on apprend la sortie de Westgate Under Fire, le nouveau et troisième véritable album des Gallois, qui débarque comme si de rien n’était, 26 ans après Wrong Side of Beautiful. Alors c’est sûr, le groupe avait donné quelques signes de vie de temps à autres, histoire qu’on ne le pense pas mort et enterré. Notamment un DVD, The Dub, the War and the Ugly, en 2010. Puis un show en 2015 au Download, suivi de deux singles (« Fun Done » et « Making a Monster ») en 2016. Mais de là à les voir resurgir effectivement de leur boîte à malice en cet été 2022, il y avait un pas – pointure 55 fillette – qui semblait difficile à franchir.

 

Et pourtant nous y voilà, les planètes sont à présent alignées, Benji a retrouvé ses potos du temps jadis (Martin Ford exclu), l’improbable est à présent devenu bien concret, une mosaïque semblant (plus ou moins) inspirée de la Liberté Guidant le Peuple trônant même dans la vitrine de ce nouveau chapitre. Et bonne nouvelle : la chose est aussi rondelette que croustillante. D’où la nature généreuse de la note trônant tout là-haut. D’ailleurs celle-ci – alliée au petit résumé que je prends soin de caler en bas de page pour les plus feignants d’entre vous – peut tout à fait suffire à vous décider : je vous l’annonce tout de go, la suite ne va être que détails et gros plans multiples. Perso j’aime ça, mais on sait bien comment vous consommez les contenus web, jeunes zappeurs du net : alors sentez-vous libres d’aller dès à présent fureter sur Deezer ou Bandcamp afin de passer à la phase 2 de la découverte de cette exhumation réussie.

 

… Vous êtes encore là ? Vous savez que vous êtes de belles personnes ?! Mais trêve de flatteries : allons gratter les recoins de ce Westgate pour voir s’il met vraiment le feu. Côté line-up, une parenthèse lâchée un peu plus haut vous apprenait que la seule instabilité à signaler se trouve au niveau de la batterie, qui est dorénavant tenue par un certain Mikee Gregory. Est-ce que celui-ci n’a été engagé qu’à mi-temps ? L’histoire ne le dit pas. Toujours utile qu’il est épaulé par une impressionnante série de guests tous plus prestigieux les uns que les autres : Spike T. Smith (Memoriam), Roy Mayorga (Ministry, Stone Sour, ex-Soulfly), Dave Chavarri (Ill Niño, ex-M.O.D., ex-Pro-Pain), Jamie Miller (Bad Religion, Snot), Mike Bordin (Faith No More) et Tanner Wayne (In Flames). Côté thématique, il n’est pas inintéressant de savoir que la pochette et le titre font référence à un pan de l’histoire anglaise, le Soulèvement de Newport, qu’on pourrait décrire de manière très maladroite comme un mix entre la Commune de Paris et les manifestations nord-irlandaises popularisées par le « Bloody Sunday » de qui-vous-savez (... pour de plus pertinentes informations, cliquer sur le lien Wikipedia fourni à mi-phrase).

 

Maintenant, si vous le voulez bien, causons musique : Westgate Under Fire continue l'entreprise de métissage démarrée il y a près de 30 ans en fusionnant Dub, Hip-Hop, Punk, Reggae et Metal dans des proportions pertinentes mais variables, le cocktail obtenu donnant naissance à des titres variés, mais généralement moins poppy que ce que propose traditionnellement Skindred. Ceci étant dit, les différences entre les deux groupes commencent néanmoins à légèrement s’estomper (notamment sur les 2 reprises, ainsi que sur « Mary Shelley », « Reveal It », « Fun Done »…), un peu comme cela peut être le cas entre Polkadot Cadaver et Dog Fashion Disco, ou entre le Devin Townsend de Physicist et le SYL de Alien. Tantôt la facette Punk Metal du groupe prend le dessus : on se retrouve alors avec le très bon « Art of War » qui semble croiser un Fishbone énervé avec un Overkill anar’ (on croirait parfois entendre Bobby Ellsworth), mais aussi avec le moins inspiré quoique moshement grunté « Coffin Lid ». Tantôt la couleur dominante est au mélange entre tension métallique et groove revanchard : cela aboutit alors à « Blakkk Man », réquisitoire convainquant contre le meurtre de George Floyd qui pourrait avoir été écrit par un Body Count ayant rendu les armes et les muthafuckaz, ou à la très in-your-face gorilla dance intitulée « Vibes in the Place ». Mais parfois les yeux préfèrent se fermer pour laisser Jah Jah nous montrer la voix du bonheur narcotique : c’est le cas sur le mélancolique « Reveal It », comme sur le plus inspiré et chamanique « Get Back Up ».

 

Alors tout n’est pas systématiquement rose non plus sur ce millésime 2022 : si « Blakkk Man », « Vibes in the Place », « Art of War », « Get Back Up » et « Celtic Cross » sont d’indéniables réussites, il faut aussi composer avec une triplette « Bite Back » / « Coffin Lid » / « Crying Clowns » franchement moins inspirée. Mais les agréables gratouilles que cette basse ronflante, cette gouaille canaille et ces couleurs chamarrées nous font derrière les oreilles compensent largement ce ventre-mou suffisamment bien circonscrit pour que, au besoin, on le zappe. Et l’on finit par exhiber l’email de nos dents en de généreux sourires en découvrant « War Inna Babylon », pépite Reggae de Max Romeo and The Upsetters que les Gallois ont ici nettement musclée, puis un « Stay Together » aussi étonnant que touchant, que l’on doit initialement à Al Green, mais que beaucoup d’entre nous ont connu grâce à Tina Turner.

 

Alors… Heureuse ?

 

Tu m’étonnes John ! Certes, Westgate Under Fire n’a pas l’impact explosif du légendaire Pain, mais quel bonheur de retrouver Benji a nouveau aussi inspiré, et si bien entouré (… d’autant que, comparativement, Big Tings nous avait laissés avec une demie-molle). Alors on ne sait pas de quoi demain sera fait, si Skin War ou Dubdred tourneront ensemble, s’ils se battront comme des chiens ou s’ils laisseront à nouveau la place au supergroupe Mass Mental?. Mais on peut dire – en substance – qu’on s’en care l’oignon tant que Mr Webbe continue de nous faire ainsi plaisir !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: soyons honnêtes, Skindred prenait toute la place, et on avait fini par faire notre deuil de Dub War. Alors quelle heureuse surprise de voir débarquer ce Westgate Under Fire plus d’un quart de siècle après son prédécesseur ! D’autant que, bien qu’il se trouve un peu au milieu du pont entre ce que le groupe composait dans les 90s et ce que le ‘dred propose aujourd’hui, ce nouvel album répond globalement à nos attentes en termes de variété, de corrosivité et de tubosité.

photo de Cglaume
le 08/08/2022

7 COMMENTAIRES

noideaforid

noideaforid le 08/08/2022 à 11:21:34

Les deux reprises où tu as mis trois titres, c'est de qui à la base 
? Des anciens titres de dub War?

cglaume

cglaume le 08/08/2022 à 11:47:04

Ma formulation était mauvaise. J’avais écrit “… notamment sur les 2 reprises, « Mary Shelley », « Reveal It », « Fun Done »…” mais il fallait lire “… notamment sur les 2 reprises, ainsi que sur « Mary Shelley », « Reveal It », « Fun Done »…”

Les deux reprises sont War Inna Babylon et Stay Together. J’en parle plus loin dans la chronique

cglaume

cglaume le 08/08/2022 à 11:49:12

Texte corrigé 😉

noideaforid

noideaforid le 12/08/2022 à 10:54:32

Ok 👌
J'aime bien ce dub war, c'est vraiment plus rentre dedans que skindred.

cglaume

cglaume le 12/08/2022 à 11:56:03

Yes, c’est moins « pop »

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 14/08/2022 à 09:39:54

Chouette retour, finalement.

Dams

Dams le 14/08/2022 à 13:13:03

Oui beau retour, le disque tourne pas mal à la maison et il fait même l'unanimité familiale 😅.
L'album rock de cet été !

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