Sodom - Epitome of Torture

Chronique CD album (39:58)

chronique Sodom - Epitome of Torture

Increvable. Et indéboulonnable. Ce sont 2 qualités indéniables du soldat Angelripper. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il crise-économize, que la mode soit au grunge, au pagan ou au djent, le bataillon Sodom tient sa position avec détermination, comme si l’époque était encore au plus fort de la guerre des thrashées. Il n’y a guère que de l’autre côté de l’Atlantique, autour du général Bobby « Blitz » (ach!?) Ellsworth, que l’on peut trouver des combattants aussi tenaces, et aussi fidèles au drapeau. Pas étonnant qu’on ait eu besoin du débarquement des grands-pères des uns pour bouter les aïeux des autres lors du 2e Grand Tirage de Couettes Mondial du siècle dernier.

 

Et tiens, puisqu’on est parti dans une optique comparative, continuons donc un brin. Malgré un remplacement « récent » (notez les guillemets) au poste d’attendrisseur de fûts, le groupe du New Jersey tient une forme insolente, la volonté, l’expérience et la rage sans cesse renouvelées de DD et Bobby ayant permis à Overkill de sortir IronBound et The Electric Age, 2 de ses meilleurs albums. Du côté de la Ruhr, malgré un remplacement « récent » (moins épais les guillemets là) au poste de chatouilleur de peaux, tous les indicateurs sont également au beau fixe. Aux manettes depuis maintenant 16 ans, le couple Unkle Tom / Bernemann a lui aussi réussi à pondre 2 derniers opus carrément expl…

Euh... Non. Stop. On arrête là le parallèle, histoire de ne pas se retrouver accusé de falsification de bilan. Soyons franc: si Sodom en a satisfait certains, on ne peut que constater avec nostalgie que cette galette met un peu trop sûrement les allemands à l’abri d'une amende pour excès de vitesse, et si In War And Pieces allait quand même vers du mieux, il n’offrait pas non plus de quoi embraser les rues du feu ardent de la liesse populaire. Pas la trempe d'un Ironbound quoi. Alors Epitome of Torture verrait-il le tank Sodom caler au beau milieu du champ de bataille? D’autant qu’on nous annonçait un opus plus... « mélodique »? Et pourquoi pas un Shining plus « serein », ou un Rhapsody plus sobre pendant qu’on y est? (oui, je sais: Better Off Dead. Oh ça va hein…)

 

Foin de suspense à trois balles (… in the head!): ce 14e album est plutôt une bonne pioche. Plus virulent, plus speed, plus gouailleur, il est de fait plus enthousiasmant… Sans être non plus un carton complet. De fait l'opus démarre sur 4 titres carrément red-bullisant, avant de s’enfoncer dans une tiédeur confortable mais peu viagra-isante (toi aussi, crée ton adjectif à partir d’un nom de marque!). Pour vous brosser le tableau à grands traits, disons que les allemands ont retrouvé un peu de l’acidité, de la dangerosité et de cet accès illimité à la pédale d’accélérateur qui faisaient le lustre du Sodom old school. Ils n’ont par contre pas adopté une muse beaucoup plus imaginative – m’enfin est-ce vraiment ce qu’on attend de ce Motörhead des aciéries Krupp? N’empêche, sur « My Final Bullet », « Cannibal », ou encore « Into The Skies Of War », on découvre des intros originales – surprenantes presque –, plus mélodiques, plus épiques… Sauf que, hic: le groupe a un peu du mal à construire des compos homogènes sur ces fondations nouvelles auxquelles il n’est guère habitué. Et il retombe de fait très fréquemment dans le travers du couplet thrash bateau. A part peut-être sur « Invokating The Demons » où, après une ligne de basse marquante et quelques passes guitaristiques assez emphatiques, il réussit à peu près à conserver une ligne de conduite « épico-héroïque » tout du long de l'assaut.

 

C’est donc à peine franchi le seuil qu’on se prend sur le coin du museau le gros de la cargaison d’adrénaline embarquée à bord d'Epitome of Torture. Gaillard et relativement speed, « My Final Bullet » est doté d’un refrain « chantant » carrément convainquant, ce qui nous place d’emblée sous les meilleurs auspices – d’autant que Bernemann y balance une première série de soli tout à fait sympatoches. Puis le morceau-étendard « S.O.D.O.M. » transforme carrément l’essai avec un riff initial rappelant presque (allez, laissons-nous porter par l’enthousiasme!) « The Conqueror » période Expurse of Sodomy – merci au passage à Waldemar Sorychta de ne pas avoir sombré dans le travers d’une prod’ trop clean qui, pour le coup, aurait été tout à fait inappropriée. Bon, OK, le refrain est un peu trop plan-plan, mais le venin craché par Tom sur les couplets et la gomme laissée sur le bitume nous regonflent les batteries bien à donf'. Si « Epitome of Torture » démarre ensuite comme un bon petit missile thrash, on regrette un peu l’écrasement de tempo qui survient sur son refrain certes sombre et evil, mais pas non plus hyper sexy. Heureusement Berny balance une fois de plus un solo ébouriffant, si bien qu’on rengaine le gun et accepte la place occupée par ce titre au sein de l’élite du peloton de tête. Mais le meilleur reste encore à venir avec « Stigmatized », titre qui offre ce que le groupe a fait de plus proche du grand cru Tapping The Vein depuis... Ouh là, un sacré bail! Bourrant ventre à terre, alternant proto-shrieks et quasi-growls (oui!), cette 4e piste est une putain de cartouche testostéronée, de celles que l’on n'osait plus espérer de la part d’un groupe ayant autant de bouteille.

 

Par contre, pfffuiiiit, la suite voit le soufflé se dégonfler, l'opus naviguant dès lors entre réussites en demi-teinte (« Shoot Today Kill Tomorrow » – bien speed mais assurant juste le minimum,  « Katjuschka » – abrasif et doté d’une intro sympa, mais sans surprise) et morceaux raplaplas plus dispensables (« Cannibal », « Into The Skies Of War » tout juste sauvé par sa ligne mélodique principale, « Tracing The Victim » trop lent et mou). Seul « Invokating The Demons » s’en sort honorablement, quoique ça reste une question de goût (d’autres préféreront à coup sûr « Katjuschka »). Ce net déséquilibre entre les grosses claques initiales et la promenade digestive qui suit a malheureusement tendance à nous faire décrocher en cours de route, phénomène toujours assez néfaste au moment d’émettre une appréciation globale sur l’œuvre.

 

Dans la catégorie « Les albums sans grosse surprise, mais qui assurent le minimum syndical, voire même un peu plus »,  Epitome of Torture est donc une vraie bonne pioche. Un peu déséquilibré, pas toujours au top, et timide sur les tentatives d’emmélodisation des compos, le groupe ne réussit malheureusement pas tout à fait à réasseoir sa position sur le trône du thrash – surtout vu la forme insolente que tient l'autre vétéran Overkill. Mais en proposant d’agréables clins d’œil vers un passé glorieux, en gardant élevé le niveau de virulence générale, et en proposant un gros tiers de morceaux vraiment sympas, il réussit à marquer quelques points de plus encore que le cousin In War And Pieces (...ce que ne reflète pas franchement les notes respectivement attribuées par mon collègue Sep' et moi-même). Sodom peut donc accrocher une nouvelle médaille sur sa poitrine – qui, du coup, commence à ressembler à un véritable tableau de bord de Boeing 747! Pas mal du tout soldat!

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: fort d’un début en fanfare et de quelques grenades particulièrement efficaces, Sodom réussit à faire encore un petit peu mieux qu’avec In War And Pieces. M’enfin nulle vraie surprise à l’horizon, ni nulle réelle raison de faire pleuvoir le champagne à foison…

photo de Cglaume
le 26/06/2013

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