The Black Dahlia Murder - Verminous

Chronique CD album (35 mn)

chronique The Black Dahlia Murder - Verminous

23 mars 2020. Alors tout juste de retour du Ramfest, festival sud-africain, Trevor Strnad, frontman de The Black Dahlia Murder, débute son confinement à Brooklyn, à l’exemple de bientôt plus de la moitié de l’humanité. Ce même jour, les autorités de New York, épicentre américain de l'épidémie de Covid-19, exhortaient Donald Trump à déclarer promptement un confinement coercitif national, tandis que cette grosse buse de ses morts assurait à contre-pied un retour aux affaires « très bientôt ». Pensant à la santé mentale de ses sœurs et frères de Metal, Trevor a la bonne idée ce jour-là de balancer sur la toile une playlist de feu d’une centaine de titres. Au menu notamment Aborted, Benighted, Havok, Ihsahn, Putrid Official, Revenge, Ulcerate, Vader et même …And Oceans, Aodon, Borgne, Cult of Fire, Helfró, Necrowretch, RLHT, Serpent Column, Slave One et Unmerciful ! Même si cette liste a sous doute été construite avec un p’tit coup de main, j’en suis resté estomaqué ; ramassant mes bras, me voilà réduit à publier un post FB : « Putain, il a du goût le con ! ».

 

Il ne manque pas l’occase de balancer à ses fans : « Stay positive. Stay safe. Stay Metal! »

 

Par ricochet, une onde bienveillante vient de suite se draper autour de leur nouvel album Verminous, le neuvième, dont la sortie mondiale chez Metal Blade Records a été maintenue pour le 17 avril, en dépit du contexte commercial délétère du marché de la musique. Qui plus est, Trevor a su attiser ma curiosité au travers de ses mots repris dans le dossier de presse, d’ailleurs diffusé très tôt dans l’année (merci Hard Force pour la trad’): « Je pense que c'est le plus grand saut évolutif que nous ayons jamais réalisé d'un album à l'autre. Nous avons attisé le feu créatif avec Nightbringers en 2017 et cela va beaucoup plus loin maintenant dans Verminous. C'est un album très coloré, de très mauvaise humeur et charismatique qui expérimente de nouveaux sons et idées sans perdre le tranchant de The Black Dahlia Murder […]. Chaque chanson est une entité vivante et respirante qui se démarquera d'elle-même comme étant l'une des meilleures musiques que le groupe n’ait jamais créées. » Ouais, ouais, du classique.... Mon regard est d’autant plus positif sur ce groupe, que je garde en mémoire leurs très bons passages au Motoc’ 2018 et à l’Inferno 2019. Le talent impressionnant de Brandon Ellis (ex Arsis), qui avait remplacé Ryan Knight en tant que lead guitariste en 2016 – il avait alors 24 ans !!! –, suintait de chaque morceau.

 

Vous le sentez sans doute venir… Un (gros) MAIS va bientôt se pointer, si bien que les prochaines lignes de ma chro vont désormais avoir du mal à comporter quelques occurrences positives...

 

Leur précédent album ne m’avait déjà guère transporté, à l’exception notable du titre éponyme "Nightbringers", une groooosse mine. Pour le p’tit dernier, TBDM garde toujours la main. Certes les lignes de batterie ont été enregistrées dans le Michigan dans le studio de leur ex-bassiste, Ryan "Bart" Williams, mais le plus gros de l’album a été enregistré dans le studio personnel de Brandon Ellis dans le New Jersey, avant que Tue Madsen et Alan Douches, tous deux des proches du groupe, se soient occupés respectivement du mixage et du mastering. Seuls deux personnes, l’auteur de l'artwork, Juanjo Castellano, qui a déjà pas mal de collaborations au compteur (Cemetery Filth, Invictus, Obscure Infinity, Revel In Flesh, Sorcery, Vomitory, …), et Michael Ghelfi, à l’origine des samples manqués des premières et dernières secondes et de l’interlude dispensable "A Womb in Dark Chrysalis" placé inexplicablement en avant-dernier morceau, semblent étrangers à cet entre-soi. Il faut dire que TBDM se traine depuis près de deux décennies maintenant…

 

Bon, je vais vous la faire courte : Verminous est l’histoire d’une prise de contrôle. Celle de Brandon Ellis. Elle est double. Son empreinte technique sur l’enregistrement et sur la production va de pair avec celle, musicale, sur les compos. Cette marque est visible avec un nombre (trop) important de solos, quasiment toujours placés à la seconde moitié des morceaux et qui provoquent à la longue un profond et tenace sentiment de lassitude. À l’exception de "Removal of the Oaken Stake", ces saillies à la lead sont longuettes et ennuyeuses ("Verminous", "Godlessly"), proches même d’être mauvaises ("Child Of Night"). Elles viennent presque à faire regretter ceux déjà un peu poussifs de Nightbringers, notamment sur "Widowmaker", "Matriarch" et – si, si ! – sur "The Lonely Deceased" (je rappelle, pas touche à "Nightbringers"). Ce 9e album est en fait frappé d’un travers originel : son ARCHENEMYsation assez grossière. L’écoute consécutive de "Sunless Empire", de "How Very Dead" et surtout de "The Wereworm's Feast" est éclairante à ce sujet.

 

On sait tous comme cela se passe lorsqu’on écoute un album, que ce soit dans la bagnole, en plein sport ou, que sais-je, en train de bosser sur son écran. Dès qu’il y a un passage sympa, accrocheur, on a tous stoppé net, puis effectué ce lever de menton qui signifie : « Oh putain, c’est bon ça ! ». Hé ben, encore plus que pour le précédent, l’écoute des 10 morceaux et 35 minutes de Verminous s’opère avec de trop rares levers de menton. Les titres ne sont pas dégueulasses, mais ils passent puis repassent sans faire tilt le plus souvent.

 

J’ai fait les comptes :

-Lever de menton n°1 : maigre mitan de "Godlessly" coincé entre deux passages un peu prout-prout à la lead ;

-Lever de menton n°2 : intro sympa de "Removal of the Oaken Stake" ;

-Lever de menton n°3, le plus franc : riffs destructeurs (débarrassés de ses solos mélos) de "The Leather Apron's Scorn", meilleure proposition de l’album ;

-Lever de menton n°4 : bonne dernière minute de "The Wereworm's Feast" ;

-Lever de menton spécial pour les très bonnes performances perlées de Max Lavelle à la basse.

 

Les influences premières du quintet, américaines (Mordid Angel) et surtout suédoises (At the Gates, Carcass, Dissection, The Haunted) sont loin et même très loin, maintenant depuis deux/trois albums. Ça ne bucheronne plus comme avant. Pire encore, à ce rythme, en suivant cette courbe descendante méli-mélo, on risque fort d’assister pour leur prochaine sortie à une implacable INFLAMESisation de leurs compos (oh my god ! elle pointe déjà le bout de son nez avec "Dawn of Rats") avec, du côté du frontman, la tentation du chant clair… Damn it ! On prend les paris ?

 

 

 

 

 

photo de Seisachtheion
le 16/04/2020

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