Iron Maiden - Seventh son of a seventh son

Chronique CD album (44:14)

chronique Iron Maiden - Seventh son of a seventh son

Pourquoi parler d’un album de la Vierge de Fer 33 ans après sa sortie ? Certainement pas à cause de l’âge du Christ. Et pourtant, ledit album parle d’un élu, alors, coïncidence ? Je n’crois pas. Avant de porter un regard avec tout le recul des années sur la place de cet opus, dans la discographie d’Iron Maiden, il convient de le replacer dans son contexte historique. 1988 : la décennie touche à sa fin. Moult groupes qui ont participé à leur propre cosmogonie et à l’Histoire avec une majuscule du metal atteignent le sommet de leur carrière, tous cherchant à atteindre le Graal, l’album ultime, celui de la maturité, celui qui, nourri de tous les précédents, repousse de façon radicale les frontières de leur œuvre. Nombre d’entre eux vont signer la galette qui deviendra culte, la liste pléthorique s’avère fournie à en faire tourner la tête des archivistes : Queensrÿche et son « Operation : Mindcrime », Megadeth et son « Rust in peace », Metallica et son « … And justice for all », Helloween et ses « Keeper of the seven keys », Slayer et son « Seasons in the abyss », liste non exhaustive, loin s’en faut.


La fin des 80’s, c’est la fin d’un cycle, qui précède soit un renouveau, soit des errements peu ou prou heureux. Personne n’a encore vu venir l’avènement du grunge, la percée du metal indus ni la naissance du nu metal. Pendant les dernières années de la décennie, tous les regards se focalisent encore sur les mastodontes dont chaque nouvelle sortie constitue un événement tonitruant. Internet n’existe pas, la musique se découvre dans la sueur, elle exige des efforts, de la patience, et du temps. La presse écrite spécialisée joue à plein son rôle de colporteur et les disquaires comptent parmi vos meilleurs amis. A défaut de Toile, on s’en remet aux ondes.


Je me souviens d’une émission, diffusée sur RMC (une grande station, fallait oser), tous les soirs de la semaine, entièrement consacrée au metal : « Doum doum wah wah », qu’elle s’appelait. Chaque semaine, en prime time, elle faisait gagner l’album de la semaine, dont elle révélait un ou deux extraits chaque soir. On découvrait donc, au compte-goutte, LA nouveauté. C’est de cette façon que moult fans de la bande à Eddie ont découvert 7th son of a 7th son. Chaque nouvel extrait se trouvait décortiqué, à l’aune de ce qu’on connaissait des précédents albums. Deux ans auparavant, Maiden innovait en utilisant des guitares synthés, apportant un son inédit jusqu’alors dans sa musique, plus froid, plus sidéral, plus osé. « Somewhere in time », déjà une somme de son œuvre, notamment par le truchement de la noria de clins d’oeil tapis sur sa pochette, poussait plus loin l’exploration de sa propre musique. On était déjà à des années-lumière des « Piece of mind » et autres « Powerslave », avec cette virée dans une certaine modernité, un tantinet expérimentale.


Alors, quand l’animateur de RMC lève le voile sur le titre d’ouverture, celui qui joue de rôle de déchausseur de gencives, comme la mode l’exige (chez Judas Priest, Metallica, Helloween, le 1e titre doit tout casser et décrocher la mâchoire de l’auditeur dans une extase traumatique), on comprend d’emblée que Steve Harris et ses camarades ont atteint le sommet. Le synthé occupe l’espace sans aucun tabou, les riffs et les mélodies sortent de l’espace, sans aucun repère. « Moonchild » ne ressemble en rien à « Where eagles dare » ou à « Aces high », et pourtant, la fureur se montre au rendez-vous, mais avec une certaine dose de sophistication assez déroutante et une certitude : le groupe s’est surpassé. Il faut rappeler que la tendance est alors à l’album concept. Alors Maiden s’y colle. Tout devient symbole, sur cet album. Son titre renvoie à sa place dans sa discographie : le chiffre 7 s’impose et se décline à l'envi.


Par son concept même, donc, mais aussi par son contenu musical, « 7th son… » représente l’acmé de la discographie du groupe. Le dernier remportant tous les suffrages, l’unanimité parmi le public, le dernier possédant une identité propre et cohérente de bout en bout, les albums suivants devenant des patchworks de compos parmi lesquelles il faudra piocher les classiques, de « Fear of the dark » à… quel autre titre, au juste ? On peut évidemment s’étriper en confrontant nos avis sur le détail de la tracklist, défendant telle chanson au détriment de telle autre, mais force est d’admettre que l’ensemble de « 7th son… » garde une unité stylistique et une ambiance unique en son genre.


Car en 1988, Iron Maiden sait encore où il va et ce à quoi sa musique doit ressembler. Cet album joue un rôle encore plus emblématique que d’autres dans sa carrière, car, comme pour d’autres groupes (Metallica, Helloween), il sonne le glas d’une époque, il se place comme la fin d’une route, d’une ascension. Nombreuses sont les formations qui, après avoir poussé la sophistication de leur musique jusque dans ses ultimes retranchements, aspireront à un retour abrupt vers de la simplicité qui se veut salutaire. Ça donnera lieu à des séparations, et à des albums comme le black album de Metallica, le départ de Kai Hansen chez Helloween et un « Pink bubble go ape » ou encore, pour rester chez Iron Maiden, un « No prayer for the dying » un peu fourre-tout.


Quand on interroge un fan de heavy metal sur son album préféré de Maiden, les réponses varient, mais toutes se situent entre le 1e et le 7e album. Du moins, pour les fans ayant découvert le groupe de manière chronologique. Alors oui, « 7th son… » se place comme le dernier d’un cycle qui aura duré presque 10 ans, et ce rôle de phare, de balise, lui confère une importance indéniable dans la discographie du groupe. Importance qui place Maiden parmi les figures tutélaires du genre.


On en arrive à cette formule ultime que je me suis plu à détourner de son contexte initial : patrimoine de l’humanité. Il va de soi que L’Unesco n’a aucun rôle à jouer dans le metal, et utiliser la formule telle quelle lui confère son côté fun, mais surtout, sa force symbolique, tout son sens. Mais quel sens lui accorder, au juste ? Quel autre groupe, en jouant avec ces mots, mérite ce label péremptoire et définitif ? Peut-on l’utiliser également pour un album en particulier, une chanson ? Ne doit-on pas éviter de tomber dans le piège de l’amalgame, la confusion avec la notion de classique ou celle de culte ? « School’s out » d’Alice Cooper est un classique, mais peut-on lui affubler le fameux label de patrimoine de l’humanité ? Pour mériter cette appellation arbitraire, doit-on considérer l’influence de l’objet, que ce soit le groupe ou l’album, sur l’ensemble du genre ? Un groupe ayant influencé un sous genre peut-il prétendre à ce label ? Neurosis a révolutionné le metal en créant ce qui deviendra le post-metal. Au vu de la foultitude de groupes dont beaucoup occupent aujourd’hui une place incontestable dans le paysage et l’histoire du metal, peut-on dire que Neurosis, par conséquent, appartient au patrimoine de l’humanité, tel qu’on veut bien entendre cette formule appliquée au metal au sens large du terme,  alors que le groupe ne fait pas l’unanimité et reste, dans le fond, le leader d’une niche ? Des groupes mythiques comme King Crimson, les Swans, Amebix, qui ont influencé des dizaines et des dizaines de musiciens officiant chacun dans des registres très différents, mais qui ne jouissent pas d’une notoriété populaire, au sens large du terme, méritent-ils néanmoins, de par leur importance, d’être considérés comme faisant partie du patrimoine de l’humanité ?


Influence, popularité, succès, unanimité, postérité… Combien d’autres critères nécessaires pour ne pas galvauder la formule et l’appliquer à toutes les sauces selon sa propre grille de lecture de l’histoire du metal et partant, lui ôter toute pertinence ? La question reste difficile à résoudre clairement, car une grande part de subjectivité s’invite au débat, mais une certitude demeure, si on s’en tient à des faits : Iron Maiden compte parmi les groupes auxquels on ne peut dénier ce label, au-delà des goûts personnels de chacun. Et Seventh son of a seventh son reste le 7e joyau de son œuvre. A jamais. Pour toujours.

 

#patrimoinedelhumanite

 

photo de Moland Fengkov
le 08/01/2023

14 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 08/01/2023 à 14:22:58

Bel hommage ! ❤️

Xuaterc

Xuaterc le 08/01/2023 à 15:35:06

L'album ultime. Pour toujours. Et à jamais.
Je n'aurais pas pas écrit plus bel hommage, chapeau bas!

Sebathan

Sebathan le 08/01/2023 à 20:12:28

Rien que l'intro de l'album te donne envie de te plonger dedans !!
Enorme skeud !

Patrick Black Sabbathier

Patrick Black Sabbathier le 09/01/2023 à 10:56:00

Le meilleur Maiden car il représente un réel accomplissement, mais je lui préférerais toujours le charme et la fraîcheur de Powerslave et Piece Of Mind!!!!

Moland

Moland le 10/01/2023 à 06:35:34

Merci d'avoir lu, les kids.
@Patrick : j'aurais tendance à être d'accord avec toi, mais en réalité, il y a une telle continuité entre le 1e et le 7e,en termes d'évolution, d'expérimentations, que mon préféré fluctue en fonction de mon humeur. J'adeure l'énergie des 2 premiers, le défrichage de "Piece of mind", avec l'installation de de schémas qui deviendront typiquement et purement maideniens, la quasi perfection de "Powerslave", l'audace expérimentale de "Somewhere in time" et le concept de "7th son..." 

Patrick Black Sabbathier

Patrick Black Sabbathier le 10/01/2023 à 09:01:54

Effectivement tous aussi différents qu'essentiels!!!!

Xuaterc

Xuaterc le 11/01/2023 à 11:41:43

Quand j'étais en Terminale, il y a fort fort longtemps, lors des devoirs sur table en Anglais, on devait rédiger un essay de plusieurs centaines de mots. Pour pimenter les choses avec un pote, on s'était mis comme défi de placer dans ces assaies le plus grand nombre de titres de morceaux de Maiden. Je me souviendrais toujours de sa tête quand discrètement, je lui ai demandé comment on disait "le septième fils du septième fils"...

Moland

Moland le 11/01/2023 à 14:27:54

Moi je me souviens avoir épaté la classe quand la prof a demandé comment on dit "prédire" (to foresee), et que j'ai donné la bonne réponse illico. Merci les paroles de Maiden décortiquées à l'envi. 

Xuaterc

Xuaterc le 11/01/2023 à 16:06:30

Ah le metalleux qui décortique les paroles de ses groupes préférés avait toujours une longueur d’avance niveau vocabulaire. Ma prof était admirative de trouver un "Prowler" dans ma copie!

Moland

Moland le 11/01/2023 à 19:36:43

En revanche, je comprends pas que tu aies du demander comment on dit "7e fils..." puisque t'as la réponse avec l'album en question. 

Xuaterc

Xuaterc le 12/01/2023 à 09:50:17

C'était uniquement pour mettre un coup de pression à mon ami, et indiquer de manière un peu humoristique que j'avais réussi à le placer

Moland

Moland le 12/01/2023 à 18:44:48

Hahaha facétieux ! 

Pingouins

Pingouins le 20/01/2023 à 19:38:26

Une occasion ratée de mettre une note à 49 ! Ou 7².

Moland

Moland le 21/01/2023 à 10:33:08

L'infini, c'est bien aussi :) 

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