Dvne - Interview du 22/03/2021

Dvne (interview)
 

Pour commencer, pourquoi Dvne ? Le V, c’est pour des questions de référencement et de droits ?

Quand on a commencé, on était 3. Quatre, en fait, on avait un chanteur, mais on l’a viré avant un concert, qu’on a donné entièrement en instrumental. A la fin du set, des gens sont venus nous voir et nous ont dit qu’ils préféraient ce qu’on faisait sans le chanteur. On a alors écrit « Progenitor », notre 1e EP, sans chanteur, et on se demandait ce que notre musique nous inspirait. On s’est orienté très rapidement vers la SF, à partir de nos influences littéraires, cinématographiques et vidéoludiques, en mettant en place des concepts, avec des interludes entre des titres relativement longs. La SF s’est imposée, « Dune » comptant parmi les œuvres du genre qu’on préfère. Le nom, c’est un hommage au bouquin de Frank Herbert, car nos paroles n’en parlent pas. Le V à la place du U, c’est pour les 2 raisons. Il y a un magasin au RU qui porte ce nom et qui vend des chaussures, on ne voulait donc pas créer de confusion, et c’est une façon de le styliser, rien à voir avec le côté culte du V.

 

Si vos paroles ne parlent pas du chef-d’œuvre de Herbert, de quoi parlent-elles ?

Nos inspirations sont multiples et surtout toujours nouvelles. On communique beaucoup entre nous, on se partage de nouvelles références via les réseaux sociaux. Sur « Asheran », notre précédent album qui traitait de thèmes environnementaux, on s’est beaucoup inspiré des œuvres des studios Ghibli. Pour « Etemen Aenka », qui s’intéresse davantage à des questions sociales, on a puisé dans 2 romans : « Altered carbon » de Richard Morgan, qui a d’ailleurs été adapté en série sur Netflix, et « Terminal world » de Alastair Reynolds. Ça parle d’une gigantesque tour, avec des idées de castes, et ça a donné lieu à notre titre « Towers ».

 

Quel est le sens étymologique du titre de votre album « Etemen Aenka » ?

En terme d’étymologie, on s’intéresse beaucoup aux religions anciennes, à l’histoire de l’humanité, nos réflexions et nos recherches partent alors de l’anglais au vieux français, puis le latin, le grec, jusqu’au sanskrit, on voyage à travers les langues, et on se rend compte qu’il existe des ponts entre des légendes de différentes civilisations. On aime alors créer des titres qui n’existent pas. Quand on a une idée en tête, je vais sur Google et je regarde si ledit titre existe. Comme il est question de tour dans « Etemen Aenka », on s’est penché du côté de la légende de la Tour de Babel, inspirée d’une légende babylonienne qui parle d’une tour, Etemenanki, une ziggourat (temple en forme de pyramide) dédiée à un dieu. On a séparé le nom en 2 mots et remplacé le I final par un A, car on trouvait que ça sonnait mieux. Ensuite, on est parti du côté de la mythologie nordique, avec les Aesir, soit le panthéon de ces dieux. Le E dans l’A s’est alors imposé pour y faire référence.

 

Vous avez vraiment une démarche cosmogonique dans votre processus de création.

Complètement. Les concepts, d’un album à un autre, font partie d’un même univers qu’on commence à créer. Et ce, dès « Progenitor ». On aimerait bien, par exemple, pour de prochains albums, créer un roman graphique en même temps, en partenariat avec un artiste.

 

Est-ce à dire que « Etemen Aenka » n’est qu’un chapitre d’une grande saga que vous êtes en train d’écrire ?

Oui, on a déjà les thématiques de notre prochain album. Là, on parle du rapport au pouvoir, à travers les castes. Il y a une expression en anglais qui résume cette thématique : social conformity. Je ne vous dévoilerai pas la thématique du prochain opus, mais on l’a déjà et on y travaille.

 

Parlons cinéma, à présent.

Pour « Asheran », je te parlais des studios Ghibli, notamment « Princesse Mononoke » et « Nausicaä de la vallée du vent ». Pour le nouvel album, on a été marqué par les BO de « Ghost in the shell » et de « Akira ». Pour l’artwork, on s’est inspiré de l’œuvre de Gustav Klimt, et aussi de Giger. Un autre film nous a beaucoup inspiré : « Event Horizon » de Paul WS Anderson, avec Sam Neill. On pioche aussi dans les BO de jeux vidéo, et tous ces éléments mis bout à bout créent un imaginaire collectif chez nous.

 

Parlons clips vidéo. Comment les construisez-vous ? Vous vous inspirez là encore de films ?

On s’autorise de s’éloigner du concept de l’album et de tourner autour du thème de la chanson. Pour « Si XIV », on a tourné à Paris. On a créé un cocon, dans un atelier, un ancien abattoir, en utilisant des techniques de maquillage traditionnel, à partir d’emballages de saucisses qu’on a trouvés sur place et mélangés avec des colorants. Les références à « Alien » sont évidentes. On est vraiment fiers du résultat. J’ai du mal avec les clips de metal utilisant une esthétique de pub pour parfum, alors que la musique se veut crade, saturée.

 

Parlons musique à présent. Parmi les influences que vous citez, il y a au moins 3 groupes qui reviennent, aux univers complètement différents : Neurosis, Elder et Opeth. Mais d’autres établissent un lien aussi avec The Ocean. Moi, sur « Asheran », j’entendais du stoner, du post metal, mais il fallait prêter l’oreille pour déceler ces influences, très bien digérées. Parle-nous de ces groupes.

Je divise les influences en 2 catégories. Celles qui te forgent, en tant que musicien, quand t’es ado, que t’es une éponge, ces madeleines de Proust que tu réécoutes souvent. Quand je pratiquais la guitare, j’écoutais beaucoup de Tool, de Mastodon et d’Opeth. Au début des années 2000, j’ai rincé les riffs de Mastodon. De l’autre côté, tu as toute la scène post metal que j’aime beaucoup : Neurosis, Isis, par exemple. En revanche, je n’écoute pas tant que cela ces groupes, en ce moment. Je privilégie davantage des groupes d’electro rock, ou des groupes qui proposent quelque chose de vraiment expérimental, comme Oranssi Pazuzu. Un autre groupe que j’aime beaucoup : Genghis Tron. Quand on a terminé une structure de chanson, en général, on n’a que les guitares et la batterie. Le reste vient ensuite : les synthés, la basse, la seconde guitare, le chant. C’est à ce moment-là que les influences du moment interviennent. En ce moment, j’écoute pas mal de Carpenter Brut et de Perturbator. Sur notre album, il y a des parties qui au départ étaient jouées à la guitare, finalement, on les remplace par le synthé. Ça surprend et propose une palette différente. Ensuite, parmi les groupes qui ne se limitent pas aux instruments traditionnels du rock, je pense à SubRosa, avec ses 2 violonistes.

 

Parlons composition. Vos structures de chansons sont complexes. A la 1ère écoute, ça relève du défi de se souvenir, à la fin d’un titre, de la manière dont il a commencé. Vos transitions s’opèrent, elles, en rotondités. Elles n’interviennent pas de manière abrupte mais fluide. Comment fonctionnez-vous ?

La fluidité reste importante chez nous. On essaie d’éviter les patchworks, contrairement à un groupe comme Igorrr chez qui ça fonctionne. On aime l’idée d’un voyage. On passe le plus de temps sur les transitions. La conséquence : on jette pas mal de riffs qu’on ne parvient pas à utiliser avec pertinence. Voire des chansons entières. C’est ce qui est arrivé pour « Asheran » et également pour cet album.

 

Il y a une évolution entre les 2 albums. Vous peaufinez la recette, notamment avec les apports du clavier et de la voix féminine. Quel rapport peux-tu établir entre les deux ?

Cela fait un moment qu’on voulait utiliser du synthé. Les possibilités s’avèrent très larges. Tu peux t’en servir pour renforcer une mélodie, ou bien partir vers les basses. Par exemple, à la fin de « Court of the matriarch », on reste tous sur le même riff, et le synthé vient ajouter du sub. Ensuite, il y a lead de synthé. Sur « Asheran », quand on exécutait un solo, on restait sur l’idée même du solo, à savoir, faire tes gammes, alors que sur « Etemen Aenka », on a voulu que les leads ne soient pas exécutés qu’à la guitare. Cult of Luna le font très bien. Les leads au synthé chez eux apportent vraiment une autre dimension à leurs chansons. Sur « Towers », il y a 2 types de synthés qui s’enchaînent pendant la dernière partie du titre, complètement instrumentale. Lissa Robertson, quant à elle, apporte une nouveauté : le chant féminin, à la Pink Floyd ou à la Deftones. Notamment sur « Omega severer ». On a eu d’autres idées avec elle, notamment pour l’intro d’une chanson qui est censée être une berceuse. Sur « Weighing of the heart », qui parle d’une cérémonie, elle change de registre et son chant figure une invocation.

 

Je rebondis sur la collaboration avec Lissa. Parmi les groupes que tu as cités, Neurosis, Cult of Luna, mais aussi Thou, ont la particularité d’avoir, dans leur discographie, un album entier en collaboration avec une chanteuse (dans l’ordre : Jarboe, Julie Christmas et Emma Ruth Rundle), des albums qui constituent une pierre angulaire dans leur carrière. Envisageriez-vous de signer un album entier avec une chanteuse ?

Plus qu’une chanteuse, moi, j’ai un fantasme : avoir les 2 violonistes de SubRosa et de composer un album avec elles. En plus, elles chantent. Je suis également intéressé de bosser avec d’autres types de musiciens. J’adore le violon, mais je ne voudrais pas l’utiliser dans des moments cleans du morceau, mais plutôt disséminer ses parties sur tout le titre, à des moments où on ne l’attend pas. J’aime bien quand on travaille les instruments avec des effets. Par exemple, les percussions sur l’album « Roots » de Sepultura, ajoutent une texture qui rend l’album unique.

 

Finissons avec vos projets?

On a une live session de prévue en juillet, sur Edinburgh, un set entier. Et fin septembre, début octobre, on a prévu une tournée européenne. Enfin, en décembre, on compte tourner au Royaume Uni avec Bossk, un excellent groupe de post metal. Le vaccin avance très bien au RU, on croise donc les doigts. Et en 2022, on établit des plans : pas mal de festivals. Et évidemment, on travaille déjà sur notre prochain album.

photo de Moland Fengkov
le 27/04/2021

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