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Les Reports Conquérant Metal Fest (Tagada Jones + Loudblast + [...]) / Espace Coisel - Saint-Martin-De-Fontenay (14) / 28/10/2017 (Report)

Conquérant Metal Fest (Tagada Jones + Loudblast + Misanthrope + Agressor + Mercyless), le 28/10/2017, lieu : Espace Coisel - Saint-Martin-De-Fontenay (14) - report du concert | COREandCO

Les Reports Tagada Jones
Tagada Jones

Les Reports Loudblast
Loudblast

Les Reports Misanthrope
Misanthrope

Les Reports Agressor
Agressor

Les Reports Mercyless
Mercyless

Tagada Jones + Loudblast + Misanthrope + Agressor + Mercyless

C'est marrant avec les concerts car c'est toujours la même rengaine : soit c'est la traversée du désert, soit il y a tout un tas de trucs cools qui s'enchaînent trop sportivement... Voire se déroulent complètement en même temps. Le weekend du 28 et 29 octobre, c'est pile poil ce dernier cas de figure qui s'est passé. Les voisins bretons accueillaient le Samaïn Fest, emmenant pas mal de mes compatriotes dans son sillage. Ou pour faire plus local, Nostromo déboulait au BBC près de Caen. Et puis, à une dizaine de bornes de là, on avait aussi la deuxième édition du Conquérant Metal Fest qui offrait lui aussi une affiche fort alléchante dans le sens où le samedi sonnait comme une énorme fête à la vieille scène extrême hexagonale qui nous hantait dès la fin des années 80, débuts 90's : Loudblast, Agressor, Mercyless, Witches, Misanthrope, Crusher... Rien que ça. Autant dire qu'en cette fin d'année 2017, ça a été la foire aux vétérans qui beuglent fort si l'on compte Carcariass au Muscadeath (dont la salle est équivalente d'ailleurs, même si équipée plus modestement). Un bon point pour mon CV culturel personnel, d'autant plus que je suis un chouïa trop jeune pour avoir pleinement connue cette période faste dans le metal français. Malheureusement, la concurrence des autres affiches proches étant ce qu'elle est, il s'avère à l'heure d'aujourd'hui que le Conquérant Metal Fest, pourtant encore tout jeune, voit cette édition sonner comme un glas mortuaire, le nombre d'entrées ayant été insuffisants afin de remettre le couvert l'année prochaine. Ce qui est d'autant plus dommage que l'organisation était pleine de sourires et de jovialité tout en partant d'une bonne cause, ayant été créé sous les traits d'une association caritative dont tous les fonds sont reversés à un petit bonhomme, Valentin, fils du couple à la tête du festival, atteint d'une maladie orpheline. Une belle preuve de courage qui touche, même s'ils n'en ont nullement surjoués les enjeux tel un mauvais Téléthon du metalleux, démontrant que l'on peut faire de grandes choses au travers de l'adversité. En tout cas, même ces deux jours n'auront pas été parfaits en tout point, comme le prouvera les lignes suivantes, un grand merci à eux et l'ensemble des bénévoles pour ce festival car il aura montré de très beaux moments, tant du côté du public que de la scène !

 

 

Samedi

 

Même s'ils ont commencé avec du retard, il n'en est pas moins tôt – entre 14h et 14h30 – lorsque Deadblast entre en scène. Dure tâche qui en revient aux jeunes Caennais d'ailleurs. D'une part parce qu'ils ouvrent les hostilités, de l'autre car cela tombe en plein sur l'horaire de la sieste digestive. Au vu de l'état d'esprit qui règne au parking, on ne peut pas dire que cela ait joué spécialement pour eux non plus : les vieux briscards du death sont déjà là, leurs canettes et gobelets de whisky à la main, mais semblent bien plus occupés à prendre l'apéro en plein comme il se doit plutôt que de venir découvrir des jeunes loups du death metal mélodique locaux. On les comprend : ils sont bien trop vieux pour ces conneries ! Blague à part – le fait que toute sortie soit définitive en ce samedi joue beaucoup au fait d'inciter les gens à rentrer le plus tardivement possible – Deadblast commence son show devant deux, voire trois dizaines de personnes. Pas évident du tout, on le reconnaîtra. Même si on ne les sent pas vraiment à fond, les mecs ne font heureusement pas spécialement grise mine et envoient la sauce comme ils peuvent. Un death mélo plutôt bien fichu, qui passe plutôt bien, même s'il reste plutôt scolaire, preuve qu'il y a encore du chemin à faire afin de se forger une réelle identité. Le son est perfectible mais reste plutôt correct dans l'ensemble. L'assistance reste aussi timide – polie néanmoins – que réduite et c'est devant ce même effectif clairsemé que les Caennais finiront malheureusement leur set. Un moment, vis-à-vis du contexte pas vraiment favorable, pas désagréable, permettant de digérer tranquille le déjeuner, même s'il faut les revoir dans un climat plus chaleureux avec une véritable assistance digne de ce nom afin de juger pleinement.

 

Après la simplicité, Deibler entre en scène en y mettant les formes. Des gars masqués et en blouse blanche, dont un semblant fort intéressé par une hache plantée à une bûche en plein milieu de la scène, c'est que ça sentirait presque le nawak dans l'Espace Coizel. Il n'en est pourtant rien puisque l'on part sur du thrash aussi classique que virulent. Qui rend bien mais déçoit un peu quand même au vu des formes mises par les musiciens pour on ne sait quelle raison. D'ailleurs, qui sont ces mecs d'ailleurs ? Parce qu'au final, ils ne sont répertoriés nulle part, n'ont aucun site, ne font partie d'aucun réseau social... Bref, à part de leurs garages/caves personnels, ils sortent d'où bordel ? Et qu'ont-ils dans la tête à tenter de nouer thrash avec un peu de théâtralité sans réels pertinence et aboutissements, hormis des costumes et un mec se baladant sur la scène en mode « je menace mais pas trop non plus, la hache restera à sa place au final » ? J'avoue que j'ai une sacrée colle de compréhension. En tout cas, de la même manière que leurs prédécesseurs sur scène, la musique est assez solide pour bien passer, sans grande originalité, ni même d'identité marquée, et le son reste constant. Même si l'apéritif se veut plus curieux cette fois. Peut-être qu'un jour, on pourra compter le non-sensique dans la scène nawak. Éventuellement...

 

Les choses sérieuses tendent enfin à commencer vu que Sangdragon arrive et m'assène un joli coup de pied au bide bien senti en terme de surprise/découverte. Et pourtant, ça commençait mal : beaucoup de retard trahissant une régie en berne à restituer correctement un line-up un peu plus alambiqué (instruments traditionnels et des chœurs) pour ensuite démarrer sur un son catastrophique. A tel point que nous préférons nous « cacher » lâchement par-delà des arrières de la console afin de tenter de suivre malgré tout la prestation en conservant un minimum nos organes auditifs. Par chance, les techniciens ont réussi à pallier au souci et même si le son est très loin d'être aux petits oignons et de rendre pleinement justice au répertoire de Sangdragon en terme de mixage, il finit par devenir assez convaincant pour que nous rapprochions au pied de la scène. L'assistance est cette fois plus garnie que précédemment, même s'il faut vraiment attendre le prochain concert afin que tous les apéroteux à bitume ouvert commencent à rallier le champ de bataille. Mais nul besoin d'être des milles et des cents afin de passer un bon moment : le public commence à arriver et il le fait savoir en étant très réactif. Il faut dire que le combo de Mâcon possède de solides arguments car sa tambouille à mi-chemin entre black pagan et folk fonctionne hyper bien. Ce n'est pas tant sur un côté guerrier que le groupe fait ses armes mais plutôt sur ses ambiances et progressions, bien fichues et jamais chiantes. Et ce, même si certains passages souffraient clairement des problèmes de mixage précédemment évoqués. Une excellente surprise qui passera par la case « confirmation via galette tranquillou chez soi » sans nul doute !

 

On sent que l'on arrive à la fin des amuses-bouches, les apéroteux de plein air du début d'après-midi commencent tout doucement à faire leur entrée dans la salle. Preuve que Witches était visiblement aussi attendu que les autres grosses pointures qui suivront. Une prestation suffisante afin de déterminer là où se situera mon plus gros malaise quant à ce samedi et qui se répercutera à plus ou moins grande échelle jusqu'à la fin de soirée : l'ambiance de la fosse. C'est bien simple, de deux à quatre rangs d'oignons attroupés sur le pied de scène et le reste du bétail confinés en mode vierges effarouchées contre les barrières de la console de mixage aux arrières laissant un espace béant qui rend impossible toute forme de pratique de mosh/circlepits et autres slams. Un dernier point encore plus évident tant personne ne semble soit motivé pour les plus sobres, soit capable pour les plus ivres de rattraper n'importe quel petit congénère et ce, quelque soit son gabarit. Un malaise venant principalement de mon bon souvenir encore frais du Muscadeath un mois auparavant où l'assistance se montrait à la fois plus nombreuse, plus curieuse et plus conviviale. Bref, revenons à Witches, arrivant sur scène, avec autant de motivation que de patate. Le son retrouve ici son plus beau visage, même si la voix de Sybille passe parfois à la trappe dans le mix de manière, heureusement, extrêmement ponctuelle. Une donzelle fort impressionnante d'ailleurs qui, à l'image de Sabina Classen (Holy Moses), arrive à conserver au travers des années une très enviable conservation de ses cordes vocales et n'a rien perdu de sa sympathie et charisme, voire sensibilité comme son allusion touchante et sincère au petit Valentin. De même que ses comparses, très loin de l'avoir accompagnée depuis les années 80, visiblement heureux d'être là et d'en découdre au sein d'un patronyme aussi prestigieux. Une prestation solide, une cohésion de groupe on ne peut plus palpable, Witches impose sa baffe thrash/death comme il se doit, le tout en favorisant – à vue de pif, ma culture du groupe n'étant pas forcément exemplaire – son vieux répertoire. Ce qui ne manque pas de faire réagir les porteurs de vestes à patchs les plus grisonnants. Et les moins grisonnants d'ailleurs.

 

Changement d'ambiance radical avec Crusher. Fini le metal, place au hardcore ! Et qu'on connaisse ou non, il y a juste à voir le look du frontman, Crass, pour savoir à quelle sauce (et sur quelle sauce surtout) on va être mangé. Sensiblement moins de monde au pied de scène, preuve que le public n'est pas forcément à fond dans le délire coreux. Ce qui est dommage car Crusher arrive en mode rouleau compresseur. Peu de monde dans les premiers rangs ? On s'en bat les couilles ! Un public pas forcément chaud bouillant ? On s'en bat les couilles ! On distribue des mandales sonores, on bouge de partout sur scène tels des Sick Of It All à la française, on demande de venir foutre le bordel, tant dans la fosse que sur scène... Bref, on fait notre show et on s'éclate, que ces petits et/ou vieux cons suivent ou non, on s'en bat les couilles ! Voilà le topo en quelques phrases. Et même moi qui ne suis pas fervente de punk/hardcore, j'adhère totalement dès lors qu'il est mis en scène avec autant de patate. Bien que ça aurait pu être encore plus joisse si l'assistance avait réellement réagi et foutu le souk comme l'a plébiscité le combo à de multiples reprises sur tout le long de sa prestation... percutante, le mot qui résume tout à lui tout seul.

 

Je passerai rapidement sur Mercyless que j'ai vu un mois auparavant au milieu des vignes et vous redirige vers le report de celui-ci pour plus de détails. Toujours aussi cool à se manger dans la face même si les conditions de fin septembre jouaient évidemment bien plus en sa faveur (public plus nombreux et plus foufou, meilleur son, plus tout le côté « intensité de la première fois »). La setlist est également similaire, on sent toutefois les mecs moins dedans par rapport à Vallet, même s'ils sont très heureux d'être là et de partager l'affiche avec tous ces autres noms de leurs générations qu'ils ont côtoyé/côtoient encore/ont collaboré/sont potes sur une même journée. Ce qui est autant valable pour Mercyless que pour les autres qui ne s'en cachent pas non plus.

 

Agressor prend dignement la suite. Pour distribuer un peu le même genre de claque que son prédécesseur il y a un mois. Visiblement ravi de prendre part à cette grande fête entre potes zicos, les Niçois arrivent toute joie et bonne humeur dehors où le mot d'ordre est nostalgie tant sa période old-school est la plus représentée (ah, « Neverending Destiny », ce bon classique qu'il fait plaisir !). Efficacité redoutable donc. D'autant plus que sur scène, ça bouge et ça sollicite plutôt bien. Et le son se montre sur son jour le plus clément encore une fois. Bref, les mecs ont de la longévité et de l'expérience et ça se sent pleinement tant ils nous livrent un show parfaitement huilé tout en simplicité.

 

Petite pause hors du death avec les tauliers de Misanthrope. Et malheureusement, cela se finit très vite sur une pause dehors tout court tant le son se révèle catastrophique. Déception car c'était une prestation que j'attendais tout particulièrement. Un volume trop fort additionné à une guitare trop tranchante et criarde a fini par avoir eu raison de mes oreilles, quelque soit mon placement dans la salle. Oui, même dans ses tréfonds ! Nous avons donc préféré prendre les jambes à notre cou, et en profiter pour s'intoxiquer et se restaurer en semi-calme. Car il vaut parfois mieux garder une bonne image d'un combo qu'on apprécie plutôt que s'en dégoûter, d'autant plus lorsque cela ne se joue qu'à des problématiques d'ordre techniques. Tant pis, je trouverais bien un moyen de me rattraper dans le futur... Un prochain concert en tête d'affiche ? La chronique de leur nouvel album fraîchement sorti de presse ? Wait & see...

 

La fin de soirée s'approche dangereusement. Les esprits s'échauffent et l'ivresse bat son plein au sein du public, preuve que certains retours au bercail vont s'avérer fort compliqués. C'est à Loudblast que revient de faire cette presque-clôture. Le son catastrophique passé est fort heureusement de l'histoire ancienne et c'est certainement lui qui se retrouve avec le meilleur de la journée. Les mecs arrivent à la cool, sans prise de tête et nous assènent leur messe de manière tout aussi décontractée. Mais avec grande classe ! De tous ces noms ayant faits les beaux jours du metal extrême français, il est plus que probable que Loudblast – encore davantage si l'on compte les autres groupes liés à certains membres à titre individuel comme Black Bomb A ou Le Bal Des Enragés soit celui qui ait aligné le plus d'activité scénique et ça se ressent pleinement. Et c'est à ce moment que l'assistance se réveille vraiment. Les groupies féminines n'en peuvent plus de piailler comme des crécerelles (après le « Patriiiiick !!!! » des jouvencelles des années 80, ici c'est plutôt le « Hervéééééé !!!! ») et les trous béants d'entre-deux troupeaux se comblent en se bousculant légèrement. C'est qu'il était temps ! Les Lillois sont heureux d'être, c'est indubitable tant ça communique, ça joue avec l'objectif des quelques photographes en se tapant la pause. Bref, du grand professionnalisme digne d'une grosse pointure internationale. La simplicité chaleureuse en plus. Les gars ne se cachent pas dans leur grande joie du jour « de partager l'affiche avec cette fine équipe, réunie tous ensemble pour la toute première fois » ou encore « de reconnaître ces mêmes têtes de deatheux les hantant depuis trente ans ». Et puis bien sûr : « putain de fêtards, ça a été dur pour nous de s'arrêter de tiser, histoire de pouvoir donner notre concert ». En même temps, vous êtes en Normandie les gars ! De la même manière que les autres, Loudblast préfère miser sur son back-catalogue pour ce show. Et vu la catégorie de public présent, c'était sans doute le choix le plus judicieux. Bref, beau petit pain dans les dents.

 

La tête d'affiche ayant subi tout le retard accumulé de la journée, les Lillois n'y vont pas par quatre chemins. Pas de séance de rappel à rallonge, on passe directement à cette fameuse et mystérieuse Surprise Act annoncée. Beaucoup y allaient de leur petit pronostic sur le fait qu'il s'agisse d'un petit show spécial Massacra réunissant quelques têtes des différents groupes présents. Certains (les plus jeunes notamment) espéraient la venue surprise de Benighted – ce qui paraissait peu probable vu qu'ils semblaient tourner en Europe de l'Est à ce moment-là – doux fantasme que je n'aurais vraiment pas renié d'ailleurs. Non, sans trop de transition, on voit un peu tout le groupement de groupes qui ont joué dans la journée à partir de Witches se présenter sur les côtés de scène, tranquillou, la bouteille et/ou la guitare à la main/sous le bras. Certes de Massacra, on en aura bien une lichette mais le délire est en réalité un énorme bœuf de reprises diverses (on y retrouvera également du Death, du Motörhead ou encore du Sepultura) où les têtes et rôles tournent de chanson en chanson, laissant place à des line-up totalement inédits et fantasques. Le truc tout con et tout simple, tout spontané en somme, quasi-improvisé tant on imagine qu'ils n'ont pas forcément pu répéter beaucoup. Mais putain, que ça ne passe que trop bien ! L'heure est à la fête et uniquement la fête. On sent que les mecs ne veulent rien prouver, rien faire passer, juste se faire plaisir avec l'espoir parallèle de nous faire plaisir. Ce qui est pleinement réussi ! Un chouette moment musical que peu pourront se targuer d'avoir assister tant ça ne se reverra pas de sitôt ! Bref, beaucoup ont décidé de faire l'impasse au Conquérant Metal Fest au profit d'une autre soirée scénique, ils ont eu bien tort tant ils ont loupé un truc inédit qui le restera sans l'ombre d'un doute.

 

 

Dimanche

 

C'est que mine de rien, pas loin de 10 concerts dans les pattes sans vraiment se poser, ça éreinte. Rentrée à plus de 2h du mat' chez moi, il n'a pas fallu trop forcer pour m'avachir comme une merde et trouver le sommeil. Car même si l'affiche du dimanche est plus light en terme de nombre de groupes à l'affiche, il faut quand même retrouver toute sa vivacité pour pouvoir l'aborder comme il se doit. Mais un peu plus à la cool quand même. C'est ainsi que je repasse les portes de la salle de l'Espace Coisel un peu avant 15h et tomber pile poil sur les premiers moments de Nobody's Straight, second groupe de la journée. Ambiance fort différente car plus axée sur des choses hard, rock'n roll, heavy et punk, ce qui signifie que le public a radicalement changé. Exit les vieux deatheux de la veille, c'est devant un parterre plus familial et bon enfant que les Ornais font leur prestation, avec plus de monde que la veille à la même heure dans la salle. Certes, on y retrouve quelques têtes de la veille, certains s'étant même risquer cette fois à ramener la progéniture, tous t-shirts et autres gilets sans-manche metallique dehors. Jeune public fort réceptif aux concerts du jour d'ailleurs, ravis de sortir de leur quotidien pour des concerts metal dans un cadre bien moins extrême qu'un festival de plus grande ampleur qui aurait amené son lot de longs trajets et autres hébergements sous tente avec un voisinage fort imbibé rassurant les parents. En tout cas, ce n'est pas avec Nobody's Straight que tout ce beau monde se prendra l'ambiance festive rock'n roll des familles puisque le combo officie dans le punk d'influence assez hardcore. Le son se révèle plus maîtrisé que la veille et cela se vérifiera d'ailleurs sur l'intégralité de ce jour dominical. Un truc bien péchu fort bienvenue afin de réveiller tout ce beau monde. Bien classique dans son style mais qui passe bien pour une mise en jambes. Certes, le public montre pleinement que ce n'est pas sa tasse de thé car peut-être trop violent par rapport à la suite de l'affiche, il n'en demeure pas moins curieux, poli et tout plein de bonne volonté dans son accueil. Malheureusement, avoir vu Crusher la veille ne va pas forcément trop dans l'avantage de Nobody's Straight, plus jeune et se lâchant bien moins , restant trop statiques, que les vieux briscards, ce qui impacte énormément à la dynamique de la prestation manquant de « sautillant ». Heureusement, une petite poignée de jeunes adolescents sur les abords de la scène rectifient le tir en y allant de petits pogos et autres circle pits sans se faire spécialement prier.

 

Octane prend le relais, ouvrant le bal du côté plus calme et festif, puisque officiant dans un registre hard rock. Visiblement attendu des quelques vétérans plus ouverts déjà là la veille, Octane arrive sur les planches en terrain conquis. Et pour ceux ne les connaissant pas, il ne suffit guère que d'une ou deux chansons pour rendre tout le monde totalement enthousiaste. Rock à tendance hard, voire parfois poppisant à cause de la dualité vocale masculine hard et féminine pop, le registre s'avère aussi simple qu'efficace. Peut-être trop classique sur galette, tout le potentiel se révèle en ambiance live. Le groupe s'avère loquace, heureux d'être ici et sait donner de leur personne, toute en sympathie et simplicité. Et efficacité au vu de l'ambiance en fosse plus que chaleureuse à son égard.

 

Les organisateurs ayant revu la règle de « toute sortie est définitive » par rapport à la veille, je m'octroie une petite pause parking durant la presque-intégralité des Caennais de Winfield. Non pas parce qu'ils ne m'intéressaient pas, bien au contraire, surtout parce que je savais que j'allais les revoir le vendredi suivant en tête d'affiche dans un bar à domicile, ce qui fera l'objet d'un prochain live report. On passe donc directement à Désillusion qui ne nous vient pas de très loin (Lisieux), chaudement attendu des vétérans. En même temps, le quatuor officie dans un heavy traditionnel chanté intégralement en français, dans la même veine que des ADX ou des Sortilège pour ne citer qu'eux. Bon, je l'avoue, c'est un mouvement qui n'est vraiment pas ma tasse de thé, le chant dans la langue de Molière me titillant péjorativement pas mal dans les registres heavy et hard rock quand bien même j'apprécie pourtant son utilisation dans d'autres styles (punk et black metal notamment). Pourtant, le moment n'a nullement été pénible. Certes la musique ne me parle pas plus que cela mais s'adapte très bien à l'ambiance live. Elle est même très bien jouée, interprétée et mise en scène et Désillusion s'avère fort pro dans sa présence scénique. Le public est encore une fois hyper réceptif, ce qui ajoute une plus-value non négligeable au fait que j'ai passé, malgré mon appréhension négative du registre, un très bon moment. Mention spéciale à l'hurluberlu à la blouse blanche – le retour d'un foufou de Deibler peut-être ? – ayant assuré l'animation en haranguant le public avant de faire monter une jeune pousse sur scène, le poussant à partir dans le délire air guitar, les étoiles plein les yeux. Avant de le rendre à la fosse tout en douceur dans ce qui semblait être le tout premier slam de sa vie. Très joli tableau familial des plus touchants.

 

On aurait dû poursuivre sur Lonewolf mais celui-ci ayant été contraint d'annuler sa venue au dernier moment, les Parisiens de Frantic Machine les remplacent au pied levé. Pas prévu au programme initial mais ayant déjà été présent dans l'édition de l'année dernière, le quatuor est chaudement applaudi par toute la frange de l'assistance étant déjà venue en 2016, visiblement nombreuse d'ailleurs aujourd'hui et surtout, heureuse de les revoir. Car à n'en point douter, tout ce pan a bien digéré la leçon de l'année dernière et semblait même avoir bien potassé le sujet tant le répertoire de Frantic Machine était suivi, chanté et maîtrisé. Excellente ambiance de ce côté-là encore une fois donc. Du côté de la scène, les Parisiens semblent heureux d'être de retour sur les planches qu'ils avaient foulé l'année dernière et revoir des têtes connues. Nullement troublé par le côté un chouïa improvisé de sa venue, Frantic Machine nous envoie son show délicieusement rock'n roll avec application et une très forte convivialité.

 

Toujours à la cool niveau ambiance, on passe à Bloody Rosie, tribute-band d'AC/DC qui a la particularité de se centrer uniquement sur les débuts des Australiens, durant l'ère Bon Scott. En même temps, à en voir le chanteur, ce choix s'avère plutôt justifié vis-à-vis de son timbre de voix loin d'être déconnant et son look hippie. Un excellent concert pop-corn, tout en simplicité, même si le public ne s'avère pas si réceptif qu'on aurait pu le penser, une bonne partie n'étant peut-être pas forcément très connaisseuse de cette tranche de carrière d'AC/DC. A moins que ce ne soit le côté timide et réservé du frontman, bien que sympathique dans le peu de communication qu'il daigne bien donner, qui joue à ce petit refroidissement d'ambiance. Qui se réchauffe nettement dès lors qu'un gros hit pointe le bout de son nez, même s'il en manquait beaucoup, donnant une petite impression de setlist avant tout réservée aux connaisseurs. A moins également qu'ils aient eu l'occasion de voir un autre tribute-band du coin nommé Riff Raff, au jeu et mise en scène bien plus extravertie. Bien que l'on reconnaîtra que le pas de canard typique d'Angus Young du présent gratteux est plus que maîtrisé et convaincant.

 

Le festival touche à sa fin et c'est à Tagada Jones que revient l'honneur de clore le bal. Avec encore une fois du retard accumulé sur toute la journée, même si il était moins important que la veille. Mais ça, Tagada Jones n'en a que faire et déboule sur scène. Toujours autant au taquet et toujours aussi sympathique, c'est que les vieux keupons auront beau se plaindre que « ce groupe, c'est plus ce que c'était, c'est bien devenu de la merde », il y a des choses qui restent constantes. A savoir, la scène. Et même ces grincheux – dont ces paroles ont été directement citées d'une personne de l'assistance plus tôt en journée – n'ont rien à redire tant ils semblent prendre leur pied au même titre que tout le monde. A moins que l'alcool y soit pour beaucoup... En parlant de bouteille, on sent les papas de famille un chouïa plus joyeux maintenant, devant le regard mi-amusé, mi-sévère de leurs compagnes de se montrer ainsi devant les petits. Des mouflets nullement embêtés de la situation et qui n'hésitent pas à profiter de cet état de fait pour s'adonner à l'art du pogo modèle gentillet avec papa et ses potes, rassurant du même coup maman qui semble se rappeler dans ce même moment que c'était elles qui possédaient les clés de voiture. Bonne ambiance donc où la foule se donne à fond et se lâche entre moshpits, circle pits, exhibition de torse et d'abdos kro. Bref, Tagada sait mener sa danse et ce, sans vraiment se fouler plus que ça puisqu'il ne fait que distribuer sympathie, bonne humeur communicative – et communicante – et, surtout, générosité puisque son temps de jeu frôle les 1h30. Un beau temps de prestation pour une date en festival, entièrement focalisée sur le registre de ces dix dernières années où la majorité mise en avant est sans surprise son dernier album, La Peste Et Le Choléra, sorti en mars dernier. Le show se clôture sur un petit hommage à Parabellum (sans surprise, « Cayenne »), fort en émotion, d'autant plus lorsqu'on sait – et ayant éventuellement vu, comme j'en avais eu la chance – que les chanteurs des deux groupes ont partagé les mêmes planches dans les débuts du Bal Des Enragés il y a presque une décennie avant que le regretté Schultz ne passe la guitare à gauche. Minuit est à peine passé que tel Cendrillon, l'Espace Coisel ferme ses portes. Une très bonne fin pour le Conquérant Metal Fest qui n'a peut-être pas été parfait de tout son long mais regorgeait de moments forts : une affiche aussi inédite qu'elle restera rarissime le samedi, et un dimanche époussetant tous les défauts techniques avec une ambiance plus familiale/festive en bonus, étrangement plus agréable que celle, plus conservatrice, fermée et jusqu'au-boutiste présente la veille.

photo de Margoth
le 04/12/2017

Commentaires

cglaume

cglaume le 04/12/2017 à 11:50:09

Haha, le non-sensique: ça fait pas rêver des masses :D
Je te laisse la primeur des chros de ce sous-genre en devenir :)

Sinon ton report de Crusher m'épatate: tu n'as pas senti la moindre trace de Death dans leur musique ?
Et Crass ne s'est pas infligé une séance de j'menfonce-des-trucs-pas-clairs-dans-la-couenne ?
Le show devait être bien différent de ce que j'avais pu voir à Clisson l'année dernière...

En tous cas le final du samedi devait être génial bordel !

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 04/12/2017 à 19:20:52

Ben ouais Crusher c'est du Death frenchouille crachouille à la base !

Margoth

Margoth le 04/12/2017 à 19:58:45

J'ai été un peu étonnée aussi et j'ai constaté que je n'étais pas la seule dans ce cas dans la salle. A priori, Crusher, depuis son retour aux affaires prend un virage bien plus hardcore que death, il a dû décider de se radicaliser encore plus dans cette tendance en un an. Parce qu'il demeure qu'il y a des riffs typique death, voire grind, les mecs les ont vraiment restitués avec cette vibe/groove hardcore.

Pour Crass, non, il est resté sage sur ce point-là... Je ne pense pas que l'ambiance en salle s'y prêtait et je soupçonne que le fait qu'ils aient été accueillis par les organisateurs avec ses autres enfants ont dû donner quelques scrupules pour faire ce genre d'excentricités ;)

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