Dog Fashion Disco + Polkadot Cadaver - Interview du 23/03/2021

Dog Fashion Disco + Polkadot Cadaver (interview)
 

Ouverture de la session Zoom. Jasan est déjà présent. Todd, par contre, est en retard. Jasan tente de l'appeler, mais tombe sur un répondeur à voix de femme...
 

Tiens, je crois reconnaître sa voix ! (Rire)
Jasan : Il avait prévu d’être là pourtant...
C'est peut-être le problème classique: il est enfermé à l'intérieur de ses toilettes, sans téléphone. Appelons la police ! (Rire)
Écoute, tant pis: on n’a qu’à commencer. S’il se pointe, tant mieux, sinon on fera sans.

 

Nous évoquons alors l'actualité des deux musiciens: les nombreux réenregistrements, la sortie en vinyle de Purgatory Dance Party, la sortie imminente du premier album de son nouveau groupe (In The Blind)... Jasan en profite pour balancer deux infos exclusives: Todd et lui bossent sur un nouveau projet, Beyond Paranoid, dans la veine des premiers Suicidal Tendencies, ainsi que sur le prochain album de Dog Fashion Disco, qu'ils espèrent sortir pour Noël (tous les détails sont à retrouver dans l'interview parue dans New Noise)...

 

Certaines informations concernant In The Blind ont déjà filtré sur le Net. Tu as notamment filmé des vidéos lors desquelles je me rappelle avoir entendu des riffs de deux des morceaux qui figureront sur le premier album.
En effet, c’est le projet qui est le plus avancé parmi tout ce dont je viens de te parler. Il me tient vraiment à cœur! J’y suis entouré de John Ensminger (Dog Fashion Disco) à la batterie, Bill Gaal de Nothingface à la basse… D’ailleurs, Nothingface : tu vois de quel groupe il s’agit ?
Oui: vous avez déjà collaboré avec des membres de ce groupe au sein de Knives Out! par le passé.
C’est ça oui. Et au chant nous avons Josh, du groupe Megosh, qui est incroyablement bon. Je suis très fier de l’album qui va sortir! Alors c’est vrai que ça va être un peu différent de ce que je fais d’habitude, mais ça devrait te plaire...
Je crois avoir compris que ce groupe est plus « purement » metal, quelque-part entre Mastodon, Iron Maiden, Coheed and Cambria
Exactement. Tu peux également ajouter Refused à cette équation. Et malgré la différence de registre avec Dog Fashion Disco, si tu as aimé ce qu’on a fait par le passé, je suis à peu près sûr que cet album devrait te botter.

 

La discussion oblique ensuite sur les nombreux réenregistrements effectués par le groupe, les raisons motivant celles-ci, ainsi que leurs déboires avec le label Rotten Records. Jasan parle également de comment ils voient l'avenir de leur label, Razor To Wrist Records, ainsi que des groupes avec lesquels ils aimeraient bosser dans ce cadre (tous les détails dans l'interview parue dans New Noise)... C'est à ce moment, un peu plus de 20 minutes après que l'interview ait commencé, que Todd se connecte enfin. Il attrape la discussion en vol, alors que Jasan est en train d'évoquer le fait qu'il est entré en contact avec le groupe Melted Bodies dans le but - contrarié - de les signer.

 

Jasan : Todd, tu as reçu leur CD ?
Todd : Je ne l'ai pas écouté en entier, seulement 2 ou 3 titres. Mais j'ai trouvé ça cool, un peu à la System of a Down.
Jasan : En effet, oui. Mais en plus moderne, plus éclectique, et plus proche de ce qu'on recherche pour le label je trouve.

Hormis ces quelques rendez-vous manqués, avez-vous réussi à mettre le grappin sur des groupes intéressants ? 
Pas encore, on continue de chercher. Mais pour être franc on ne se met pas non plus la pression. On va peut-être faire quelque-chose avec nos potes de Beneath The Hollow. On a déjà tourné avec eux, on les apprécie et... Rappelle-moi Todd: ce n'est pas toi qui a produit leur premier album ?
Todd : Ce serait exagéré de dire ça. On va dire que je les ai un peu épaulés. Mais ils sont tout à fait capables de se débrouiller tout seuls pour être honnête. C'est juste que Jesse (DeGroot, leur guitariste) a très bien compris qu'en m'offrant d'énormes quantités d'alcool il réussirait à me traîner dans son studio et à me faire chanter sur un titre.
Jasan : (Rire) Voilà donc ce qui est arrivé !
Todd : Mission accomplie ! (Rire
Jasan : Bref, signer un groupe comme celui-ci pourrait tout à fait être notre prochaine étape dans ce projet de faire petit à petit grandir la famille. Après, soyons francs : notre label n'est pas en mesure d'apporter un gros soutien financier à des groupes. Sa valeur ajoutée est plus à trouver au niveau de la communauté que l'on a réussi à fédérer autour de nous, de ces fans qui s'avèrent très loyaux vis-à-vis de tous nos projets. Je pense sincèrement que c'est un vrai plus. Car même s'il ne s'agit pas de l'immense armée de fans que possèdent certains gros groupes, ceux qui nous suivent sont vraiment très impliqués. Par ailleurs, depuis nos débuts très DIY, on s'est vraiment amélioré jusqu'à devenir une structure à la fois active et très pro, réactive sur les réseaux sociaux et proposant de plus en plus de produits en streaming. Je n'ai pas regardé tout dernièrement mais on en est à neuf ou dix millions d'écoutes sur Spotify, et on voit que le mouvement continue de s'amplifier années après années. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il est important pour nous de reconquérir les copyrights sur nos albums. Car c'est en ligne, à présent, que se trouvent les auditeurs : il faut donc y être présents et ne pas rester enfermés dans de vieux schémas dépassés, tel Rotten Records. Cette bataille a été perdue, et il ne sert à rien d'être le dernier irréductible à tenter d'imposer la vente de CDs contre vents et marées. D'autant que de moins en moins de gens possèdent un lecteur CD !

Dans la voiture, parfois, encore...
Exactement. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle ma femme ne veut pas changer de voiture, car on ne trouve plus de lecteur CD dans les nouvelles (Rire

 

Dernière question à propos des réenregistrements : autant pour Purgatory Dance Party vous êtes restés très proches de la pochette initiale, autant pour les albums de Dog Fashion Disco vous avez complètement repensé l'artwork. Pourquoi cette approche différente selon le groupe ? Des problèmes de copyrights là encore ?
C'est surtout que ces albums sont tellement vieux que je n'ai même pas réussi à retrouver l'artiste qui en avait réalisé les pochettes, afin de les récupérer dans un format exploitable. Mais, Todd: je crois que de toutes façons tu n'étais pas un grand fan de la pochette de Committed to a Bright Future, pas vrai ?
Todd : Il faut savoir qu'à l'époque – en 2002 – le projet était de montrer une salle de bain remplie de cachets, de sang et de vomi, afin que le titre de l'album tranche de manière sarcastique avec ce qui était censé être une scène d'overdose. Sauf que l'on s'est fait méchamment retoquer par le label qui nous a dit que peu de magasins accepteraient de mettre en rayon un CD avec ce genre de pochette. Du coup il nous a fallu repartir de zéro, avec une deadline qui approchait à grands pas. J'ai donc dit au mec qui s'était chargé de la photo d'essayer de garder l'esprit initial, mais de supprimer tout ce qui était « fluides corporels ». Et voilà comment on s'est retrouvé avec cette stupide photo d'une salle de bain dans laquelle ma bouche remplaçant la bonde de l'évier. C'était tellement nul... Alors évidemment, quand l'heure a été venue de réenregistrer cet album, j'ai préféré qu'on corrige cette faute de goût. Et j'aime beaucoup cette nouvelle pochette. C'est un trip complètement différent...
Jasan : Quant à la nouvelle pochette d’Anarchists, c’est une photo prise pendant les émeutes de Baltimore (qui ont eu lieu en 2015). Ce qui est relativement cohérent avec le thème et notre localisation…

En effet, le lien est évident, et l’adéquation thématique totale. Par contre pour Committed to a Bright Future, la nouvelle pochette perd complètement l’aspect sarcastique de l’originale. Je comprends la frustration engendrée par les modifications expliquées par Todd, mais vous ne teniez pas à conserver cette touche caustique très DFDienne qui faisait le sel de l'originale ? 
Todd : Pour être tout à fait honnête, on n’a pas passé des jours et des jours à réfléchir au sens profond que devait ou ne devait pas avoir la nouvelle pochette. Notre état d’esprit c'était plutôt : « Allez, réenregistrons l’album sur notre label. Tiens au fait, pour la pochette on fait quoi ? Fais voir : ah ouais, il est cool cet artwork, ça va carrément le faire. Tope-là ! ». On s’investit plus sur ce genre de détail pour les nouveaux albums, les nouveaux projets. Mais en l’occurrence, pour ce réenregistrement, cette question était pour nous relativement secondaire.

 

Puisqu’on évoque des albums sortis à cette époque, restons aux alentours de 2003 : c'est l'année où Greg (Combs) et John (Ensminger) quittent Dog Fashion Disco. On sait qu’aujourd’hui vous êtes restés relativement proches, et donc qu’a priori si brouille il y a eu, celle-ci ne devait pas être trop grave. Quelle a été la raison de leur départ ? 
À l’époque le groupe tirait vraiment le diable par la queue. Si on reste une formation relativement underground aujourd’hui, c’était encore bien plus vrai alors… Ainsi, après des mois, voire des années à tourner inlassablement, sans jamais vraiment gagner d’argent et en ne se nourrissant que de Mc Do et de packs de bière, je pense qu’ils ont fait une sorte de crise précoce de la quarantaine. Il faut reconnaître qu’en plus de conditions de tournée assez rudimentaires, et en dehors de quelques salles où l’on réussissait à rameuter pas mal de monde, nos concerts se déroulaient parfois devant des publics vraiment restreints. Ce qui joue sur le moral. Par ailleurs le boss de Spitfire Records – chez qui nous étions signés – s’est barré, ce qui a pas mal changé la donne pour nous… Au final le titre de l’album Committed to a Bright Future s'est avéré d’autant plus ironique que notre situation était vraiment devenue très incertaine à tous les niveaux. A titre personnel, pour moi cela allait : j’étais jeune et insouciant, la vingtaine fringante, sans responsabilités, désargenté mais heureux d’être sur la route, et encore plein d’espoir... Bref, pas de quoi déprimer ! Mais pour Greg et John, ça ne suffisait plus. Comme je voulais continuer mais que nous n’étions plus sur la même longueur d’onde, l’idée de chercher des remplaçants s’est vite imposée, ce qui nous a permis de continuer sur notre lancée… Il aura fallu attendre quatre ans– en 2007 – pour que je ressente finalement la même chose qu’eux, après une tournée de six semaines de laquelle je ne ramenais rien d’autre que quelques souvenirs et et de belles tranches de rire. Alors évidemment, je ne les blâme pas... Mais des gens comme Jasan et moi avons dans le sang quelque-chose qui nous interdit d’arrêter définitivement la musique, ou de ne plus être dans un groupe. C’est plus fort que nous. Il ne s’agit pas juste d’un hobby: on vit et respire musique. On est constamment en contact pour évoquer le prochain projet, le prochain album, les prochains concerts, la prochaine tournée. Tant que je ne serai pas six pieds sous terre, je continuerai à sortir des albums et jouer de la musique live, c'est une certitude. 
Jasan : je crois en effet que la seule chose qui pourrait me pousser à m’arrêter, ce serait si l’inspiration n’était plus là, si la page restait blanche. Mais honnêtement je n’ai pas l’impression que ce soit pour bientôt. Je ne dirai pas que les idées nous viennent sans aucun effort – ce serait mentir – mais composer reste pour nous une chose relativement facile, naturelle et rapide. De plus je crois pouvoir dire que malgré tout la qualité reste au rendez-vous.

Votre créativité est en effet une inépuisable source de plaisir et d’endettement pour les fans (Rire)
Todd : L’inspiration ça va, ça vient. En ce qui me concerne c’est un paysage où alternent pics et vallées. Quand l’épidémie est arrivée et qu’il a fallu arrêter de bosser pour rester chez nous, il aura suffi que j’attrape une guitare pour que tout cet ennui se transforme en de nouvelles compos et de nouveaux textes. Il ne se passait pas deux jours sans que des idées me viennent spontanément et que je doive les enregistrer sur mon téléphone, à l'endroit eu au moment où elles arrivaient. Par contre si l’on remonte un peu avant 2020, j’ai traversé une sorte de mini-burnout pendant lequel ça ne venait plus du tout. De ce point de vue Jasan est plus constant, plus prolifique.
Si j’en crois le timing c’est donc la Covid qui t’a extrait de cette période de sécheresse créative ?
Écoute, demain cela va faire un an que j’ai dit à mon boss que je préférais arrêter de travailler pour ne pas tomber malade. Parce qu'en parallèle de la musique, il faut savoir que je travaille à mi-temps : j’assure la navette entre l’aéroport et l’endroit où je bosse et vit, en Floride, dans un lieu de vacances très agréable en bord de mer. L’hiver tout un tas de touristes viennent ici parce qu’il fait chaud et que le paysage est magnifique. Par la force des choses, les personnes que je cherche à l’aéroport sont fraîchement sorties d'une cabine d'avion dans laquelle elles ont passé plusieurs heures enfermées en compagnie de centaines d’autres passager. Il y a un an les gens ne portaient pas encore de masques, et les malades commençaient à se compter par milliers. Honnêtement je ne me voyais pas continuer comme ça... J’ai donc demandé à être mis en congés jusqu’à ce qu’on ait enfin trouvé comment stopper ce virus. Et je me suis finalement retrouvé à tourner en rond chez moi. En peu de jours mon emploi du temps est devenu à ce point bordélique que j’allais me coucher à 10:00 du mat' pour me réveiller vers 18:00. C’était n’importe quoi!
Jasan : (Rire)
Todd : Je restais éveillé toute la nuit à boire du vin, à regarder tout et n’importe quoi sur Youtube histoire de passer le temps, à gratouiller ma guitare et à travailler sur de nouveaux textes. De son côté Jasan m'envoyait régulièrement les nouvelles idées qu'il avait eues pour le prochain Dog Fashion Disco. Du coup, en effet, l’intégralité du nouvel album a été écrite pendant cette immense pause imposée par la Covid. Comme quoi il y a du bon en toute chose...

 

La discussion bifurque ensuite sur Beyond Paranoid et le rapport que Todd entretient avec les vieux Suicidal Tendencies. Puis celui-ci nous donne son opinion (assez peu tendre) sur les derniers albums sortis par Mike Patton, pour enfin nous avouer que ces derniers temps il écoute beaucoup un best-of de Grateful Dead

 

Jasan : Tu m'intrigues Todd: je vais jeter une oreille à ce best-of je crois... C'est vrai que Grateful Dead est un groupe semblable aux Rolling Stones en cela qu'il a écrit une tonne de titres dont beaucoup sont dispensables, mais parmi lesquels on peut également en trouver une bonne vingtaine de complètement géniaux. 
Todd : Je pense que les Stones ont quand même composé plus de tubes que Grateful Dead... En fait avec ce groupe il n'y a pas de demie-mesure : tu rentres dedans ou tu détestes. Et je suis bien d'accord avec toi là-dessus: ils ont une bonne vingtaine de très bons titres. 

 

Nous évoquons ensuite les collaborations passées avec Serj Tankian (System of a Down) et Neil Fallon (Clutch), et notamment l'énorme influence que ce dernier a eu sur Todd. Pour celui-ci, Clutch est véritablement unique, notamment du fait de la voix de Neil...

 

Puisque l’on parle de ce qui fait la spécificité de certains groupes, en ce qui concerne Dog Fashion Disco, en dehors du chant très spécifique de Todd ce qui vous caractérise c'est cette utilisation récurrente des cuivres. Or quand on remonte à The Embryo’s in Bloom – votre troisième album – on n'en trouve aucun. Vous êtes par contre revenus sur ce choix artistique quand vous en avez revisité les morceaux dans le cadre de Experiments in Embryos. Pouvez-vous nous dire pourquoi, à l’époque, vous avez momentanément tiré un trait sur cet aspect de votre personnalité ?
Todd : Écoute, si à l’époque on n’en a pas mis je suppose que c’est parce qu’on pensait que ce n’était pas nécessaire. C’était il y a vingt-trois ans tu sais, et j’avoue ne pas me souvenir précisément de ce qui a motivé ce choix. En tous cas lorsqu’on a retravaillé ces titres récemment, il nous a en effet semblé que l’ajout de ce type d’arrangement leur était vraiment bénéfique. 
Jasan : D’autant que Matt (Rippetoe) fait ça incroyablement bien !
Todd : Tu sais, autant pour ces réenregistrements la plupart du temps on essaie de rester le plus fidèle possible aux titres originaux, autant quand on sent que quelques améliorations pourraient permettre une réactualisation pertinente, on ne se prive pas de prendre cette liberté !

 

Une autre de vos caractéristiques, plus « thématique » celle-là, est l’utilisation répétée de clins d’œil à certains personnages célèbres. Côté Polkadot Cadaver par exemple, il y a cette récurrence des références au pape du pop art – je pense notamment à la pochette de Last Call in Jonestown, ainsi qu’au titre « Bring me the Head of Andy Warhol ». Il y a aussi cette légère fixation sur John Travolta – je pense bien évidemment à la pochette de Purgatory Dance Party, mais également à la reprise de « Grease ». D’autres V.I.P. – que j’aurais zappés par manque de références culturelles ou à cause d’un Anglais limité – figurent-ils dans votre « bestiaire » ?
Todd : Le truc c'est qu'on adore truffer nos artworks de références à la « Pop Culture » – que l'on s'amuse à détourner, au passage, parce que c'est quand même plus drôle ainsi. D'ailleurs le nom "Polkadot Cadaver" lui-même se prête tout particulièrement à l'exercice : à chaque fois qu'une célébrité ou qu'une figure de la culture populaire meurt, elle finit recouverte de pois (NDLR: « polka dot » signifie « à pois ») sur notre page Facebook, sur un nouveau T-shirt, un poster, un autocollant ou un patch créé spécialement pour l'occasion. L'idée ici n'est pas tant de rendre un hommage posthume à ces personnages (Oussama Ben Laden a en effet lui aussi eu droit à ce traitement spécial !), mais plutôt de prendre acte que quelqu'un qui a marqué notre époque nous a quittés. D'ailleurs qui sait : peut-être que le jour où ce sera nous qui tirerons notre révérence, quelqu'un sortira un T-shirt affichant nos trognes recouvertes de pois (Rire). En tous cas c'est notre façon d'incorporer un peu de l'époque dans laquelle on vit, un peu des icônes contemporaines au sein de notre propre univers. Par contre, non, je ne dirai pas que j'ai un attrait particulier pour Andy Warhol. En ce qui concerne John Travolta par contre, il s'avère que le film préféré de mon père est Grease, ce qui fait qu'enfant je l'ai vu un nombre incalculable de fois. Et puis « Saturday Night Fever » est définitivement entré dans la légende populaire : on a tous en tête cette piste de danse, ce costume, cette chorégraphie le doigt pointé vers le ciel. C'était un choix presque naturel pour la pochette du premier album. 
Et en dehors de ces deux références évidentes, pas d'autre clin d’œil ciblé qui serait plus subtile ?
Voyons voir... Jasan, tu vois quelqu'un d'autre ?
Jasan : Pas vraiment. En fait c'est plus comme Todd le disait : on ne cible pas forcément telle ou telle célébrité en particulier. On n'a pas d'obsession pour telle ou telle personne. On essaie juste de capturer l'époque par petites touches, en s'inspirant de ce qui nous a marqués. Je sais que pour ce faire Todd garde une liste d'idées, de thèmes pour plus tard, dans un coin de son smartphone, au sein de laquelle il va piocher de temps en temps. Par exemple – allez, encore un petit scoop – l'une des chansons sur l'album à venir de Beyond Paranoid s'appelle « Night crawler ». Je parie que ce titre et ses textes sont venus à Todd après qu'il ait vu le film (NDLR: « Night Call » en France) sur Netflix.
Todd : Bingo !
Jasan : Pour moi c'est pareil : je suis constamment en train de noter des idées de mélodies, de riffs, dans lesquelles je vais parfois me servir, quelquefois très longtemps après, en ayant oublié d'où cela m'était venu. Et de l'assemblage de tous ces fragments épars naît parfois un nouveau morceau. Je crois que c'est la même chose avec les thèmes abordés par Todd : il n'y a pas forcément de volonté claire de développer tel ou tel sujet, de s'attarder sur tel ou tel personnage : on est plus du genre à composer au petit bonheur, en fonction des ingrédients que l'on retrouve dans nos tiroirs. Mais tiens, puisque tu demandes plus de noms, on va essayer de t'en donner...

 

Il sort une boîte métallique remplie à ras bord de patches

 

Ce sont plein d'invendus que je garde. Tiens, regarde tous ces personnages revisités à notre sauce.

 

Il les présente un à un

 

Jim Jones… 
Todd : On n’en est pas super fan. Mais comme je te le disais c'est quelqu'un qui a marqué son époque pour le coup.
Jasan : … David Bowie. John Wayne Gacy… 
Todd : Jasan, tu as l’autocollant Andy Warthog ?
Jasan : Le voici

 

Jasan montre un sticker dans la plus pure tradition « Crados » présentant un Andy Warhol à tête de phacochère (NDLR: « warthog » en Anglais)

 

D’un point de vue marketing – je le dis avec des guillemets – ce filon est inépuisable. On peut décliner à l’infini ce genre de clins d’œil culturels "à la mode Polkadot Cadaver", en faire des T-shirts, les inclure dans nos titres. C’est assez génial en fait !
Todd : C’est ce qui est bien dans le fait de faire partie d'un groupe qui ne suit pas vraiment de règles : on peut partir dans n’importe quel délire et le mener jusqu’au bout. Des groupes comme Slayer, Metallica ou Bon Jovi ne pourraient pas se permettre de telles fantaisies. 

Et vous n’avez jamais eu de problème de copyright avec tous ces détournements ?
Jasan : On est un si petit groupe… Je pense que les gens qui pourraient avoir quelque-chose à y redire s’en fichent. En tous cas on n’a jamais été inquiétés. Regarde : on a mis des personnages des Looney Tunes sur le T-shirt de « Cartoon Autopsy ». Normalement c’est le genre de pratique qui a le potentiel pour provoquer de gros remous…
Todd : Sur ce T-shirt c’était Mickey Mouse plutôt, non ?
Jasan : Oui, tu as raison ! 
Todd : Et pourtant les avocats de Disney ne nous ont toujours pas contactés. Cela aurait sans doute été le cas si on avait été un gros groupe… En fait je dois dire que c’est le genre de problème que j’adorerais avoir. Cela voudrait dire que les choses vont plutôt bien pour nous (Rire).
Jasan : Et puis il faut dire que ce sont souvent des gens morts que l’on « honore » ainsi. En général ils sont moins prompts à nous demander de l’argent. (Rire) Et dans le pire des cas je ne pense pas que cela entraînerait quelque-chose de plus grave que le retrait du merchandising concerné de la vente. Du coup cela ne nous stresse pas vraiment.

 

Retour sur un sujet que nous avons abordé précédemment : le streaming. Vous êtes présents sur les grosses plateformes – Deezer, Spotify, iTunes – au bémol près de quelques albums absents du fait de la politique de Rotten Records… Par contre je ne comprends pas trop la logique de votre présence sur Bandcamp, celle-ci étant extrêmement fragmentaire : pour Dog Fashion Disco on n’y trouve qu’Erotic Massage, et c’est à peine mieux pour Polkadot Cadaver
Oui, en effet, et je plaide coupable. Tous les albums dont nous possédons les droits devraient y être disponibles. Mais honnêtement, avant que tu ne le mentionnes, je n’y avais même pas pensé. Je le ferai.
Todd : J’avoue ne même pas savoir ce qu’est Bandcamp …
Jasan : C’est juste un autre site à travers lequel tu peux rendre disponible et vendre ta musique. Par contre, maintenant que j’y pense, la bonne chose à faire serait peut-être plutôt de retirer les quelques albums qui y figurent. Parce qu’après tout on vend déjà nos albums au format digital à travers le site web de Razor To Wrist. Et ça reste quand même le plus naturel au fond… 

Oui mais l’un n’empêche pas l’autre : l’avantage de ce genre de site est qu’il permet à des auditeurs qui n’ont jamais entendu parler de vos groupes de vous découvrir, que ce soit par le biais de tags ciblés ou en suivant d’autres auditeurs aux goûts proches des leurs. Personnellement je suis un gros utilisateur de ce genre de fonctionnalités.  
Oui, c’est vrai, tu as raison. Allez, c’est décidé : j’y ajouterai nos albums sous peu. D’ailleurs je le note de ce pas...

 

Et c'est ainsi que les albums manquants sont apparus sur Bandcamp (et ) quelques jours plus tard...

 

A propos de la tournée que vous prévoyiez, le Gender Fluid Tour, où les choses en sont-elles ? Elle est purement et simplement annulée ou juste reportée à plus tard ?
Todd : Elle est finalement annulée. Initialement nous avions prévu de la repousser de 6 mois, mais cette pandémie ayant décidé de s’installer pour de bon, on a préféré ne pas perdre notre énergie à la reporter inutilement ad vitam… Ce qui reste prévu pour le moment ce sont quatre dates, les 3 et 4 septembre à Cleveland, puis les 10 et 11 décembre dans le New Jersey. On s’est dit que programmer une paire de week-ends en fin d’année serait sans doute plus raisonnable en attendant d’y voir plus clair. En espérant que l’année prochaine nous puissions enfin envisager de consacrer deux mois à une vrai tournée américaine. C'est que l'on n'a pas donné un seul concert depuis – combien déjà ? – un an et demi…
Jasan : Oui, c’est ça : c’est dingue !
Todd : Ça fera vraiment du bien de reprendre la route, faire la Côte est, le Midwest, la Côte ouest... On n’a plus fait ce circuit depuis plusieurs années maintenant ! Je suppose qu'avec le manque créé par cette longue période de restriction, les fans devraient être plus enclins à se bouger pour venir nous voir... On verra !

Si je ne me trompe pas, vous n’avez toujours pas donné de concert en ligne ? C’est un exercice auquel de plus en pus de groupes se prêtent…
Jasan : On va tenter d’en faire un en juin. On ne sait pas encore si cela va pouvoir se concrétiser, mais on va commencer à y travailler.
Ce serait une bonne nouvelle pour les fans vivant en dehors des Etats-Unis. Parce qu’en dehors de quelques dates au Royaume-Uni, je ne crois pas que vous soyez jamais venus en Europe.
Todd : En effet, c’est l’un des aspects positifs de ces « shows virtuels ». Bon, c’est vrai que techniquement les gens peuvent déjà voir à quoi nos concerts ressemblent en farfouillant un peu sur Youtube. Mais en procédant ainsi, ils sont encore moins « là », avec nous... Donc oui, en effet : je pense que cela intéressera forcément certains fans. Le seul problème, pour tout dire, c'est que deux d’entre nous habitent en Floride, un troisième est à Chicago, et les deux derniers se situent dans le Maryland… Mais on va se débrouiller pour être tous vaccinés avant de se rencontrer à nouveau, et je ne vois pas pour quelle raison on n’arriverait pas à goupiller tout ça en juin. En ce qui me concerne je me ferai vacciner dès demain, Jasan aura sa deuxième injection samedi. Pour les autres je ne suis pas sûr, mais je suppose qu’ils seront vaccinés d’ici là.
Je n’avais pas réalisé que le groupe était à ce point dispatché à travers les Etats-Unis. Evidemment, ça n’aide pas à mettre en place un tel web événement… 
Jasan : Le pire c’est que la situation va encore empirer de ce point de vue car je vais déménager dans le Maine, l’année prochaine si tout va bien. Ce qui fait que Todd et moi nous retrouverons dans les deux états les plus éloignés de la Côte est !
Pas facile de se retrouver tous dans la même pièce !
Oui, mais au final ce n’est pas un vrai problème tant que l’on arrive à se retrouver régulièrement pour tourner – ce genre de période nous donnant également l’occasion de répéter ensemble.
Todd : Et puis même quand Jasan aura déménagé dans le Maine, on restera tous à deux heures d’avion de Baltimore. Ce qui, dans tous les cas, nous permet de nous retrouver rapidement pour peu que cela ait été planifié un minimum à l’avance. Par contre, en effet, pour organiser un show virtuel pendant une période où tout le monde évite de voyager afin de ne pas se chopper un méchant virus, ça complique un peu les choses !

 

Je suis conscient que c’est la pire époque pour vous poser la question, étant donné que vous n’êtes même pas encore sûrs de cette tournée américaine à venir, mais avez-vous dans un coin de tête le projet de venir nous voir en Europe ? Peut-être un été, quand la période des festivals battra son plein ?
Jasan : Depuis que j’ai commencé à jouer dans un groupe, l’un de mes plus grands rêves est de faire une tournée en Europe. On adorerait ça, ainsi que tourner au Japon et en Australie. Ce serait incroyable ! Malheureusement nous n’en avons pas encore eu l’opportunité. La vérité c’est que si l’on peut faire beaucoup de choses par nous-mêmes, sans le support d'un label, il reste des domaines dans lesquels il est bien plus pratique d’avoir une grosse structure derrière soi : et typiquement l’organisation de ce type d’événement nécessite une grosse agence de booking, des gens qui s’occupent de toute la logistique, ainsi que de la promotion de l’événement. Todd, je suppose que ça te dirait toi aussi ?
Todd : Oui, bien sûr. Notamment parce que j’adorerais visiter tous ces pays gratuitement. 
Jasan : (Rire)
Todd : … Alors si en plus on peut se faire un peu d’argent, voire beaucoup (Rire) ! Personnellement je ne suis pas sûr que ce serait si difficile de s’y rendre si on le faisait en tant que première partie d’un groupe capable de rameuter cent ou deux cents personnes dans de petites salles. Je pense que ça devrait pouvoir s’arranger en passant les bons coups de fil. Mais pour cela il faut auparavant attendre que le feu repasse au vert pour les voyages internationaux et les concerts. Je pense que si on avait tenté de se lancer dans ce genre d’aventure par le passé – en y mettant de notre poche – ça aurait risqué de se terminer en catastrophe financière. À présent par contre, je crois que l'on serait en mesure de réussir à équilibrer les comptes. C’est pourquoi je pense que la chose se fera dans un futur pas trop lointain. Peut-être ne suis-je qu’un doux rêveur bien trop optimiste, mais je crois sincèrement que cela va forcément arriver. On a tout un tas de fans là-bas ! 

Et même si une tournée reste quelque-chose d’assez compliqué, voire de risqué à organiser, j’ai l’impression que l’invitation d’un gros festival reste un scénario tout à fait réaliste pour vous.
Todd : Pour être honnête avec toi, jouer dans un festival face à une foule immense serait bien entendu génial, mais je serais tout autant heureux de jouer devant des publics de cent cinquante personnes suffisamment ouvertes d’esprit pour pouvoir devenir de nouveaux fans. Je préfère ces petits concerts plus intimistes, dans de petits clubs où un véritable cercle d’énergie peut se former entre les gens présents. Je pense vraiment que cela pourrait se faire en support de – par exemple – un groupe anglais bénéficiant de suffisamment de renom. 
Jasan : L’idéal ce serait de profiter d’une ou deux dates de festival pour organiser ça.... Affaire à suivre !


 

photo de Cglaume
le 19/07/2021

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