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Melvins - "The Bootlicker"

Melvins - "The Bootlicker"
chronique Melvins - The Bootlicker
8,8/10 0
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CD album CD album (39:58)

 

Style musical : 

Pop psychédélique fiévreuse – Conte des Mille et Une Nuits – Disque de Noël

 

Année : 

1999

 

Tracklist :

1 Toy
2 Let It All Be
3 Black Santa
4 We We
5 Up The Dumper
6 Mary Lady Bobby Kins
7 Jew Boy Flower Head
8 Lone Rose Holding Now
9 Prig

 

Label : 

Ipecac

groupe Melvins
Melvins

Chroniques :

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Your Choice Live Series (1991)
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The Bootlicker (1999)
The maggot (1999)
The Crybaby (2000)
Colossus of destiny (2001)
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The Bulls And The Bees (2012)
1983 (2012)
Freak Puke (2012)
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Tres Cabrones (2013)
Melvins 1983 - Gaylord (2013)
Live At Third Man Records (2013)
Everybody Loves Sausages (2013)
Hold It In (2014)
Basses Loaded (2016)
Three Men And A Baby (2016)
Dans le même style :
La Dispute - Rooms of the house

CANADA BUZZ HAS A WAY TO SEE THROUGH MY EYES


Pour une vraie-fausse discographie des MELVINS. - Chapitre 16 -

Pour comprendre le pourquoi de la démarche boiteuse, se référer à l'introduction du chapitre 1...

 

Ce « Bootlicker », c'est un peu leur disque de Noël, aux Melvins. C'est aussi le deuxième volet d'une trilogie aventureuse, large comme la caverne d'Ali Baba. Je ne dis pas ça complètement par hasard : le charme oriental qui suinte de plusieurs titres s'associe bizarrement à des atmosphères nocturnes, carillons de rennes et restes de mélopées perses. Bienvenue dans le nouveau monde des Melvins. Parfum de contes doux-amers, sensualité trouble sous une apparente frigidité, ce disque est un vrai cadeau (c'est Noël à Jérusalem, j'vous dis!), un vrai bonheur.
En quelque sorte, c'est l'album calme et Pop des Snivlem, fans des premiers Pink Floyd et de Black Heart Procession. Buzzo joue tout en son clair, caressant les cordes, Crover tapotte doucement sa batterie, s'amusant avec les sons de ses cymbales et de ses petites percussions, Kevin Rutmanis adopte un son de basse clair et rond. Tout du long, les voix et leur traitement participent énormément au tapis de ouate psychédélique et rêveuse.

(J'ai appris il y a peu, au hasard du net, pourquoi ce disque avait un son si particulier : simple, ils ont tout enregistré direct dans la console. Grattes et basses sans ampli. Les Melvins sont de fieffés hérétiques.)

Mais oui, on erre bien ici en plein délire, drogué à l'opium, dans la pénombre, entre les tentures qui découpent les rares lueurs orangées et les font danser, clapoter et ondoyer, se jouant, imprévisibles, de notre perception.
Ainsi,  « Mary Lady Bobby Kins »  commence dans la dépression et l'éther avant de déraper sur un air Pop sixties assez enjoué dans sa deuxième moitié. Superbe morceau qui distille son poison triste sans en faire des tonnes, en passant d'une ambiance à une autre comme par magie, des sanglots au sourire pas encore très sûr de lui, pas sûr de comprendre pourquoi il sourit. Comme l'ambigu « Lone Rose Holding Now », il ne penche pas d'un côté ou de l'autre, il est tiraillé par des sentiments contraires, complexes. Ici, l'enfant ébahi fait face à la menace d'une tragédie probable, sans en connaître la nature.
Morgiane danse la danse du ventre et plante son couteau en plein cœur du chef des voleurs.
Elle t'avait reconnu. Pauvre hère, que croyais-tu?

Cela dit, la mélancolie opiacée et les tourments intérieurs non identifiés ne sont pas les seules qualités du lécheur de bottes. L'humour étrange est aussi au rendez-vous: Buzzo fait sa salope sur « Up The Dumper », chant maniéré et mélodies presque bubblegum Pop, après un interlude synth-pop absurde et débile, le bien-nommé « We We » (clairement ce truc de Bisounours camés version adulte n'est pas très utile). Touches de légèreté (gnnn?) dans ce disque troublant.
Et, bon, selon moi, leur musique en est bourrée, mais ça y'est, ils l'ont enfin fait! « Jew Boy Flower Head » est un vrai Blues! Épuré, répétitif, minimaliste, joué la bouche ouverte avec un filet de bave qui en coule, sans jamais s'énerver, mais sans jamais se relâcher non plus. La drogue explose, défonce, mais ne détend pas pour autant. Maintenant, arrêtez de regarder cette poignée de porte aussi fixement, elle ne vous a rien fait.

Mais je ne vous ai pas encore dit le meilleur. Car cette histoire fantasmatique commence par deux titres absolument hallucinants : « Toy » et « Let It All Be ».
Le premier, authentique sortilège, est l'incarnation de ce que je tentais d'expliquer dans mon introduction. Quelque chose d'hindou - ou d'arabe, je suis pas raciste, j'ai même des amis qui... - dans les sonorités, un chant typé comptine, un refrain incantatoire, des percussions dignes d'un étrange Santa-Claus Noir... et tu roules sous le sapin, à demi-conscient, une boule à l'estomac et les pensées qui fuient vers une petite étoile posée sur la corde raide, en danger. Peur de la chute. C'est la fièvre, mec. La fièvre.
Le second, « Let It All Be », est constitué d'une partie Rock retenue et moite, au groove chaud-froid serpenté. King Buzzo y murmure ses paroles bizarres et désenchantées. C'est ce passage-là qu'ils jouent fréquemment en concert, en une version plus rude, gros son et voix déployées, mais groove identique. Immanquablement, ça te donne envie de te trémousser doucement, un joint ou un verre dans une main et un cul collé contre ton bas-ventre, alors que tu lui susurres des trucs pas catholiques dans le creux de l'oreille. Ça, c'est déjà énorme, mais une césure se saigne soudaine dans les grognements de basse, genre bande ralentie, les grésillements électriques, et encore des murmures qui se démultiplient, touchant au pire plan schizo. Vient alors la deuxième partie du titre (près de onze minutes en tout), que je n'ai jamais entendue jouée en concert. « Looking for the day when I can be an indian. After all this time I'll get my revenge. But I... I am no Indian. », voix de monstres faux-calmes sur un air arabisant et mystérieux, avant que Buzz ne répète sans cesse une phrase de sa plus belle voix douce. Une deuxième guitare mélodique commence alors à égrener ses notes tristes au second plan.
La beauté, mec. La fièvre et la beauté. La beauté de la fièvre.

Après qu'on ne vienne pas me demander pourquoi Noël me fait peur, me rappelant les têtes des ennemis rapportées à la caverne, afin de rassurer la progéniture.
Si vous ne me comprenez pas, nos amis félins, eux, savent.

Le passage le plus violent (si on veut) sera finalement ce machin electro « Prig » qui rappelle un peu dans sa stupidité le précédemment cité « We we ». Ça tranche, ça réveille, c'est la danse des gros porcs et electro-clash pour trisomiques. Mouais... Surtout que la fin du disque est ensuite un peu frustrante: sons indus et ronflements, puis morceau bonus, chanson gratte acoustique-piano (me rappelle « Pigs On The Wigs » ou des trucs dans le genre), pas désagréable mais presque parodique (suis pas fou de musique parodique: on a mieux à foutre que de se foutre de la gueule des autres).
Comme si le groupe n'avait pu assumer jusqu'au bout la beauté de ce qu'ils venaient de créer.
Et Satan sait qu'il est beau ce disque !

photo de El Gep
le 31/07/2011

Note des commentateurs : 8/10 (sur 1 votes)

Commentaires

frolll

Sa note : 8/10

frolll le 02/08/2011 à 12:42:55

IP : 217.136.102.114

Ah, des chros des Melvins - ça fait plaisir ! Celui-ci, c'est un peu l'album de la schizophrénie consumée, acceptée... Il est flippant !

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