Melvins - Everybody Loves Sausages

Chronique CD album (54:12)

chronique Melvins - Everybody Loves Sausages

CANADA BUZZ HAS A WAY TO SEE THROUGH MY EYES

 

Pour une vraie-fausse discographie des MELVINS - Chapitre 52 -

 

Pour connaître l'illumination mystique à l'origine de toutes ces chroniques Melvinsiennes, se référer à l'introduction limpide du chapitre 1...

 

Les Melvins sont des gens très occupés. Les Melvins sont bosseurs. Quand ils ne tournent pas pendant 51 jours non-stop dans les 51 états unis d'Amérique, ils tournent partout ailleurs dans le monde et sortent des disques tous les 6 mois minimum. Un album plus un EP de morceaux originaux l'année dernière, des singles et des EP limités à foison... Les Melvins sont généreux.

Mais j'imagine que les Melvins se foutent de la générosité. Pour eux, c'est juste normal. C'est leur taff, ils font ce qu'ils doivent faire. Et ils font exactement ce qu'ils veulent faire.

Une belle leçon pour nous les zikos.

D'ailleurs, je ne comprends pas que ce groupe ne soit pas plus influent. Je veux dire, quelques-uns les citent en tant que source d'inspiration, mais ça ne s'entend pas toujours, loin de là. Et surtout, rares sont les formations à être aussi libres, aussi riches et aussi productives.

Enfin, OK, je sais, tout le monde n'a pas forcément la chance de ne faire que ça, de la musique, tout le temps (et de gagner un tout petit peu de sous avec).

 

Bref. Début mai (le six, par ici), les Melvins sortiront donc un album de reprises, qui était déjà trouvable sur le net un mois avant sa parution.

Un album de reprises. Je n'ai pas spécialement sauté au plafond quand j'ai appris ça : moi les reprises, c'est pas l'exercice qui me plaît le plus. Pourquoi refaire ce qui a déjà été fait ? Pourquoi se casser le cul à jouer les notes des autres quand on en a tant sous les doigts ?

Bah, pour s'amuser, je suppose. L'amusement, en musique comme partout ailleurs, c'est important. C'est essentiel. C'est la base de tout, mec, on va tous crever. Et pis ça fait causer les cons.

 

Donc ils s'amusent. Une fois de plus. Et ça peut intriguer car beaucoup se souviendront toute leur vie des merveilleuses reprises du Alice Cooper Band et de Flipper (voir Lysol et autres). On pourra aussi se remémorer le dernier volet de leur trilogie fin de siècle, The Crybaby. Surtout que le délire est proche (ah cette version horriblement sarcastique et scolaire du "Smells Like Teen Spirit"... avec Leiff Garett au chant ! Quel humour dégueulasse!), puisque ici aussi les invités sont légion, quasiment sur chaque morceau. Par contre, pas de création originale cette fois, du tout, du tout, rien qu'un pur album de reprises...

 

Certaines déjà connues depuis peu, notamment "Female Trouble" (Diviiiiiine!) et "Carpe Diem", parues sur le split vinyle avec Red Kross et "Black Betty" sur le split avec The Jon Spencer Blues Explosion. J'avais été un peu trop dur avec cette dernière, car au fil du temps, j'ai fini par me dire qu'il s'agissait d'un phénomène d'appropriation assez remarquable, les Melvins faisant sonner la vieille scie usée comme une de leurs propres compositions, comme si c'était super facile. Comme si c'était facile ! « Comme si », tout tient à cette nuance près...

 

Et mes premières impressions aux écoutes préliminaires n'étaient pas des plus enthousiastes.

Mais mais mais ! Les Melvins sont fortiches !

Tiens, "Warhead" en première piste, reprise de Venom. Ah bordel, Scott Kelly et sa voix caricaturale en invité spécial ! Il devient ainsi ce qu'il n'a jamais cessé d'être : un hardos un peu beauf. Oui ! Mais le tout sonne méchamment lourd et investi, les riffs font saigner les oreilles avec une application maniaque et Kelly dans son rôle à contre-emploi (??? oui, car quasiment auto-parodique!) sonne presque comique, comme affublé malgré lui d'un second degré que son groupe tristounet ne portera définitivement jamais (chez Neurosis, on n'est pas des rigolos). Excellente entrée virulente, qui fait chaud au cœur, sans jamais nous donner de pistes sur ce que pourrait contenir la suite.

 

Faut dire qu'ils s'amusent à trancher direct après. "You're My Best Friend" de Queen, chantée par un adolescent glabre de Tweak Bird. Voix claire innocente presque féminine et arrangements de bontempi complètement débiles, pour une gay pride qui n'est même pas vraiment moqueuse (les Melvins adorent Queen... Come on man ! EVERYBODY LOVES QUEEN!!!). Aussi touchantes que drôles, les harmonies vocales sont soignées, et malgré tout respectueuses... Pfffiou, avec eux, tout est possible, faudrait surtout pas l'oublier.

 

Tout est possible, même renouer avec de vieilles connaissances comme Mark Arm de Mudhoney, pour un "Set It On Fire" qui pourrait tout aussi bien être chantée par Dale Crover ou James Thirlwell. Ça sonne effectivement comme si Fœtus s'était mis à faire du... Grunge, ah-ha ! Petit côté seventies en prime. Très bon titre qui s'énerve juste ce qu'il faut, c'est à dire juste assez pour faire sentir que la surface de l'eau trouble est faussement calme, cachant de placides alligators.

Un morceau en parfaite corrélation avec la piste suivante et ses deux minutes de drones froids introductifs : "From Station To Station" de Bowie, chantée par... JG Thirlwell de Fœtus ! Basse éléphantesque de Jared Warren, comme un air de Van Der Graaf Generator (soyons fous!) qui traîne, Thirlwell qui croone-déjante dans les couplets et... un refrain final interminable qui donne le tournis. Belle perf, les gars, mais c'était un poil long et harassant, non ?

 

Remettons les choses en place avec un peu de Punk Rock, qu'on retrouvera en fil rouge tout le long de ce disque, avec "Attitude" chantée par Buzzo, complètement dynamitée, "Timothy Leary Lives" déguisée en Punk Californien trompeusement candide et "Art School" de The Jam avec le boss Hazelmeyer de Amphetamine Reptile en invité, pour un boogie Punk justement sous amphèt', bien sale et teigneux.

Ils reprennent même "Romance" de Tales Of Terror sous Melvins Lite (Buzzo au micro ? Ou Trevor Dunn ???), contrebassée, donc, et ressemblant étonnamment à leur reprise de "Sweet Young Thing Ain't Sweet No More" (1989) des sus-mentionnés Mudhoney. Ils la chantent avec une suavité perfide et la font sonner complètement glauque.

 

Glauque aussi, leur reprise de cette soupe "In Every Dreamhouse A Heartache" - Roxy Music, putain ! - avec le bon Jello Biafra, qui a dû être enregistrée au temps de leurs précédentes collaborations, puisqu'on y retrouve également leur bassiste de l'époque, le complet déglingué Kevin Rutmanis (ex-Cows et Tomahawk parti chez Hepa Titus)...

Jello y bêle comme un castré chimique totalement dévasté par ses névroses, et tout se termine dans un phasing général désastreux, comme on n'ose plus en faire depuis 1971, ahahah ! Ça sent le vomi dans la cagoule SM à braguette fermée.

 

Donc ils tapent partout, dans tous les sens et ça se ressent... finalement très peu pour un album de reprises, tant le disque est bien construit, notamment dans ses enchaînements (tir croisé de niaiseries sardoniques avec le duo "Carpe Diem" - aaaah ces voix claires, c'est Noël ! - et "Timothy Leary Lives" débouchant sur le viol de Roxy Music, puis les douces horreurs de "Romance"...). Un plaisir d'écoute démultiplié grâce aussi à ces titres Rock'n'Roll et Punk qui relancent le bilboquet à chaque coin de disque.

 

Donc au moment de noter ce disque (je déteste ça, je vous jure) je me suis dit que, tout bêtement, il s'agit vraiment de bonne musique. Une musique pleine de finesse et de détails qui permettent plusieurs niveaux d'écoute, voire même différentes interprétations farfelues quant aux intentions supposées du groupe. Eux-mêmes disent simplement qu'il s'agit d'une collection de morceaux de groupes les ayant fortement marqués et influencés.

Je rajouterais qu'il doit y en avoir beaucoup, beaucoup d'autres, des verts, des pas mûrs, des moelleux et des bien juteux.

 

Bien joué, bande d'abrutis !

photo de El Gep
le 06/05/2013

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