Melvins - The Bride Screamed Murder

Chronique CD album (45:38)

chronique Melvins - The Bride Screamed Murder

CANADA BUZZ HAS A WAY TO SEE THROUGH MY EYES

Pour une vraie-fausse discographie des MELVINS. - Chapitre 34 -

Pour comprendre le pourquoi de la démarche boiteuse, se référer à l'introduction du chapitre 1...

 

J'avais déjà écrit (ailleurs) une chronique de The Bride Screamed Murder lors de sa sortie en juin 2010 si j'n'm'abuse. Un texte fanfaronnant, enthousiaste, rigolard. J'étais content. J'avais écouté un paquet de fois le nouvel album – à l'époque, mais z'ont pas sorti d'album studio depuis, juste plein de trucs limités et un live sur Ipecac, Sugar Daddy – de mes chouchous et hormis un titre qui me gonflait déjà – « Electric Flower » qui commence bien, pourtant – j'étais pas loin d'être aux anges.

Eh bien, un album ça se vit aussi sur la durée. Ça se vit, oui. Et celui-ci a moins bien vieilli que d'autres.

 

Ça, ça veut dire que je ne suis plus si enthousiaste aujourd'hui. Béh non. Nude With Boots m'avait déçu et désorienté au début, mais il a grandi en moi (miaou) et c'est en fait devenu l'un de mes préférés, tout le contraire de celui-là. Je peux même rajouter un deuxième titre qui me hérisserait presque le poil, « Inhumanity And Death », indigne du groupe. Du moins, bien peu inspiré en regard de leur potentiel créatif. Eh oui mon cher Edouard, les Arts, ça  me connaît, surtout depuis que j'ai repris la galerie de Papa.

 

Je serais presque d'accord avec ce qu'avait dit une copine, après l'avoir entendu pour la première fois : « le dernier album des Melvins, il a pas l'air terrible, par moments, on dirait du System Of A Down. » Ouch ! Dur, implacable, mais je crois comprendre. « Inhumanity And Death » développe des riffs Metal-Rock trop standards, avec un côté fusionnant pas des plus heureux. Le tout est un peu décousu, dans le sens pas forcément super bien composé.

C'est Dale Crover qui le chante, au fait. Et ? Bah, rien, c'est tout.

 

Oh mais bien-sûr, il y a du bon, du très bon et toujours de la fantaisie (innée, inévitable, chez nos loustics). Il y a du faux free-jazz de gogol à la fin de « Hospital Up » :  piano, rires de jouet, contrebasse mimée à la bouche, batterie aux balais et solo de ballon de baudruche par Dale Crover, encore. Un interlude enfantin plutôt bien vu. Il y a aussi cette blague à base de My Sharonation et de bontempi, qui m'a fait m'esclaffer quelques fois (vous pouvez pas comprendre, écoutez le disque, bordel!).

 

Et puis il y a le morceau d'ouverture. Cet improbable premier titre : « The Water Glass ». Après un tir de barrage préventif déclenchant la guerre, le commandant en chef KING B. des Marines (ou leur équivalent canadien) prend en charge ses troupes déguisées en pom-pom girls de luxe. C'est les choristes militaires gays qui, fiers et forts, le corps huilé, entonnent un air de joie soldate, comme dans une comédie musicale tournée sous extasy. Au beau milieu du grand délire, il y a aussi une excursion en plein carnaval de Rio, avant que les soldats travelos ne se pointent au pas cadencé sur la base aérienne. Porte-avions et porte-jarretelles, cotillons et cornichons géants, artillerie lourde et caleçons blindés, les bombes crachent des fumées roses et jaunes, c'est la fin de tout, et le grand Recommencement.

Rien ne laissait présager ce développement absurde, aussi comique que déplacé, surtout pas après l'excellente introduction brutale et sauvage, ornée de guitares razorback.

Mais avec les Melvins, tout est possible. TOUT.

Cela dit, « The Water Glass » perd un peu de son effet, une fois la surprise passée, mais on ne peut leur enlever qu'il s'agit d'un grand moment de fusion musicale inédite. Ainsi, le groupe peut encore étonner, même après 357 albums, même dans ses moments mi-mous.

 

« Evil New War God » est bien dur, lui, phallus conquérant qui crève les cieux, une fusée oblongue qui crashe l'astéroïde sans se tordre, droit dans son cratère antédiluvien. Métaphore de merde, merde y'a plus d'vinaigre dans l'amphore, la piquette a eu raison de la cornée de mes pensées, je prends des autruches pour des cruches.

Bref, il rappellera pas mal de morceaux plus anciens, mais bon, on leur en voudra pas trop, c'est le genre de truc qui arrive à tout le monde.

Et la fin sonne très Fantômas !

 

Joie de vivre, fantaisie et fête avec le Hard-Rock asymétrique de « Pig House » (final à la Tomahawk, cette fois, Mike Patton ne sert plus à rien). Sur les guitares, un effet stéréo des plus idiots accentue le côté « je marche en plan incliné, ça vous pose un problème ? ». Joli morceau biaisé, mais pas spécialement transcendant pour qui a ses habitudes chez la bande à Buzzo.

 

Heureusement que le psychédélisme épique et nostalgique secoue la routine : les très Big Business « I'll Finish You Off » et « Hospital Up » sont peut-être les meilleurs titres de l'album. Surtout « I'll Finish You Off ». Mais on dirait vraiment un morceau de l'autre groupe à Jared Warren et Coady willis, c'en est presque perturbant. Quoiqu'il en soit, ce dernier est sombre, torturé, mélancolique mais glorieux, au buste musculeux et fier, au torse bombé vers les étoiles, même si une larme s'accroche au coin de l’œil (gauche). Orné de superbes mélodies entremêlées et de chœurs éthérés, un orgue d'église supporte ensuite une voix d'adulte jouant l'enfant pour masquer ses reproches et ses déceptions.

Non, cet album n'est pas qu'une vaste blague, on peut avoir de l'humour et garder un gros cœur battant la charade de l'amour et de la mort dans son épaisse cage thoracique.

Certains trouvent que Jared Warren chante comme une chèvre, on ne pourra pas sauver ces pisse-froids de la damnation. Ici Jared fait des miracles, mais pas celui d'enchanter ses vils détracteurs sans âme.

 

Et j'aime bien, contrairement à beaucoup, leur reprise de « My Generation » des Who. On entend le vent en plein milieu. Comme quand on parle de génération Y. C'est Dale qui chante ici aussi, et il ne dissimule pas le sarcasme qui domine tout cela. Solo de guitare nauséeuse sur basse lancinante, savantes successions et savant enchaînement sur le morceau terminal.

 

Car cette fin est faussement candide. Faussement amusante. Ils reprennent trois fois à la suite, sous des arrangements différents - melodica, chant a capella, guitare héroïque saturée - un thème traditionnel ressorti du placard par Nick Cave et Warren Ellis, pour la musique du film The Proposition (excellent western fataliste, scénarisé par le pépère Cave). Dans le film, le thème surgissait à différents moments (à trois reprises ? Je ne sais plus...). Notamment pendant un viol. Ça pourrait permettre une multitude d'interprétations quant au sens de la triple intervention de cette mélodie à la fin du disque des Melvins.

Je chante face à l'immensité du désert, sa magnificence. Je chante pour me donner du courage. Je chante pendant que j'essaie de forcer l'entrée de cette pauvre femme. Je chante sous la douche. Je chante en me grattant les couilles. Je chante à ton enterrement. Je chante toujours la même chanson. Parce que chanter n'a pas de sens, chanter ne fait pas de moi un homme meilleur, la musique ne me sert à rien, la musique passe juste le temps. La musique, c'est le temps qui tombe sur lui-même, c'est les grains dans le sablier.

La musique c'est le vide. Aussi belle soit-elle.

La beauté n'a aucune signification. La beauté est désincarnée. La beauté est froide, la beauté est vanité. La beauté est un concept creux. La beauté ne change pas les hommes, la beauté est un monstre.

Quelle amertume...

 

Tiens j'ai envie de mettre une sale note à ce disque. Mais je vais me retenir. Justice ! Justice ! La bonne parole ! Le sens et la mesure ! Raison triomphante, évaluation dosée ! Notation de l'arbitre, sentence magnanime !

Qu'est-ce qui m'arrive ?

photo de El Gep
le 11/03/2012

2 COMMENTAIRES

José

José le 03/12/2015 à 02:18:54

Faut que je me le remette dans le nez celui-ci, mais c'est à ce jour le seul album des Melvins qui m'a réellement déçu.

el gep

el gep le 06/12/2015 à 21:15:30

Salut José!
Carrément pas leur meilleur, c'est sûr!
Un bon EP bien épais et spychédélique à récupérer et le reste... barf!

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